mer. Fév 28th, 2024

Nous publions notre traduction du message adressé par le pape François au Forum économique mondial de Davos, en Suisse, du 15 au 19 janvier 2024. Le texte s’adresse en particulier au président exécutif du Forum, Klaus Schwab.  

Au président exécutif du Forum économique mondial

Cette année, la réunion annuelle du Forum économique mondial se déroule dans un climat d’instabilité internationale très préoccupant. Votre Forum, qui vise à guider et à renforcer la volonté politique et la coopération mutuelle, offre une occasion importante d’engagement multipartite pour explorer des moyens novateurs et efficaces de construire un monde meilleur. J’espère que vos discussions tiendront compte de la nécessité urgente de promouvoir la cohésion sociale, la fraternité et la réconciliation entre les groupes, les communautés et les États afin de relever les défis auxquels nous sommes confrontés.

En regardant autour de nous, nous trouvons malheureusement un monde de plus en plus déchiré, dans lequel des millions de personnes – hommes, femmes, pères, mères, enfants – dont les visages nous sont pour la plupart inconnus, continuent de souffrir, y compris des effets de conflits prolongés et de guerres pures et simples. Ces souffrances sont exacerbées par le fait que « les guerres modernes ne se déroulent plus seulement sur des champs de bataille clairement définis et n’impliquent plus seulement des soldats ». Dans un contexte où la distinction entre objectifs militaires et civils ne semble plus respectée, il n’y a pas de conflit qui ne finisse par affecter la population civile de manière indiscriminée » (Discours aux membres du corps diplomatique accrédité auprès du Saint-Siège, 8 janvier 2024).

La paix à laquelle aspirent les peuples de notre monde ne peut être que le fruit de la justice (cf. Is 32, 17). Par conséquent, il ne suffit pas de mettre de côté les instruments de guerre, il faut aussi s’attaquer aux injustices qui sont à l’origine des conflits. Parmi les plus importantes, il y a la faim, qui continue d’affliger des régions entières du monde, alors que d’autres souffrent d’un gaspillage excessif de nourriture. L’exploitation des ressources naturelles continue d’enrichir une minorité tout en laissant des populations entières, qui sont les bénéficiaires naturels de ces ressources, dans un état de dénuement et de pauvreté. Nous ne pouvons pas non plus ignorer l’exploitation généralisée d’hommes, de femmes et d’enfants contraints de travailler pour des salaires de misère et privés de véritables perspectives de développement personnel et professionnel. Comment est-il possible que, dans le monde d’aujourd’hui, des personnes soient encore affamées, exploitées, condamnées à l’analphabétisme, privées de soins médicaux de base et laissées sans abri ?

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Le processus de mondialisation, qui a désormais clairement démontré l’interdépendance des nations et des peuples du monde, a donc une dimension fondamentalement morale, qui doit se faire sentir dans les discussions économiques, culturelles, politiques et religieuses qui visent à façonner l’avenir du monde. de la communauté internationale. Dans un monde de plus en plus menacé par la violence, l’agression et la fragmentation, il est essentiel que les États et les entreprises s’unissent pour promouvoir des modèles de mondialisation tournés vers l’avenir et respectueux de l’éthique, qui, de par leur nature même, doivent subordonner la recherche du pouvoir et du gain individuels, qu’ils soient politiques ou économiques, au bien commun de notre famille humaine, en donnant la priorité aux pauvres, aux nécessiteux et à ceux qui se trouvent dans les situations les plus vulnérables.

Pour sa part, le monde des affaires et de la finance opère aujourd’hui dans des environnements économiques de plus en plus vastes où les États-nations ont une capacité limitée à gouverner les changements rapides dans les relations économiques et financières internationales. Cette situation exige que les entreprises elles-mêmes soient de plus en plus guidées non seulement par la recherche d’un profit équitable, mais aussi par des normes éthiques élevées, en particulier à l’égard des pays moins développés, qui ne devraient pas être à la merci de systèmes financiers abusifs ou usuraires. Une approche prospective de ces questions s’avérera décisive pour atteindre l’objectif d’un développement humain intégral et solidaire. Le véritable développement doit être global, partagé par toutes les nations et dans toutes les parties du monde, sous peine de régresser même dans les domaines qui ont été marqués par des progrès constants jusqu’à présent.

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Dans le même temps, il existe un besoin évident d’action politique internationale qui, par l’adoption de mesures coordonnées, peut poursuivre efficacement les objectifs de paix mondiale et de développement véritable. En particulier, il est important que les structures intergouvernementales puissent exercer efficacement leurs fonctions de contrôle et de direction dans le secteur économique, car la réalisation du bien commun est un objectif qui dépasse la portée des États individuels, même ceux qui sont dominants en termes de puissance, de richesse et de force politique. Les organisations internationales sont également invitées à garantir la réalisation de l’égalité qui sous-tend le droit de tous à participer au processus de développement intégral, dans le respect des différences légitimes.

J’espère donc que les participants au Forum de cette année seront conscients de la responsabilité morale qui incombe à chacun d’entre nous dans la lutte contre la pauvreté, dans la réalisation du développement intégral pour tous nos frères et sœurs et dans la recherche d’une coexistence pacifique entre les peuples. Tel est le grand défi que l’époque actuelle nous lance. Et si, dans la poursuite de ces objectifs, « nos jours semblent montrer des signes d’une certaine régression », il n’en reste pas moins vrai que « chaque nouvelle génération doit s’approprier les luttes et les réalisations des générations passées, tout en visant encore plus haut ». … La bonté, avec l’amour, la justice et la solidarité, n’est pas acquise une fois pour toutes ; elle doit être réalisée chaque jour » (Exhortation apostolique Laudate Deum, 34).

C’est avec ces sentiments que j’adresse mes vœux les plus fervents aux travaux du Forum et que j’invoque avec joie l’abondance des bénédictions divines sur tous les participants.

By Nermond

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