mer. Mai 22nd, 2024

Le temps de travail est de nouveau à l’ordre du jour, et cette fois-ci à partir d’éléments nouveaux pour le marché du travail italien. En effet, les accords syndicaux récemment signés chez Luxottica et Lamborghini et ces derniers mois chez Intesa Sanpaolo ont fait grand bruit.

Des accords qui, avec des modalités et des coûts différents, ont réduit et remodelé la semaine de travail en la raccourcissant. Par conséquent, si au cours des derniers mois on a beaucoup parlé, en commençant par l’expérimentation, certes très limitée, qui a lieu depuis un certain temps dans certains pays (l’Angleterre en particulier) d’une semaine de travail de quatre jours seulement, certaines entreprises essaient maintenant d’expérimenter en Italie également, et pour un nombre considérable de travailleurs, une réduction significative des heures de travail qui frappe l’imagination collective.

Si l’on replace ce phénomène dans la longue histoire du travail dans le système capitaliste, ce n’est toutefois pas la première fois que cela se produit, s’il est vrai que dans la seconde moitié du XIXe siècle, les ouvriers anglais travaillaient entre 12 et 15 heures par jour, sans pause hebdomadaire ni vacances, et qu’au début du siècle, la France a introduit, bien qu’avec des modifications ultérieures, la semaine de travail de 35 heures.

Il s’agit donc d’une revendication qui a toujours accompagné le travail au cours des deux derniers siècles et, en ce sens, une certaine rhétorique répandue aujourd’hui, selon laquelle le simple fait de discuter de la réduction du temps de travail doit nécessairement être lié à la croissance d’une culture anti-travail, est frappante. De nombreuses innovations introduites par la technologie pourraient avoir un impact sur les modèles organisationnels de gestion du temps de travail si nous décidions d’aller dans cette direction. Et la seule focalisation du débat sur la réduction quantitative du temps de travail et non sur une réflexion globale sur le rôle du temps dans le travail et sur la mesure de sa valeur d’échange économique nous montre à quel point nous sommes encore ancrés dans un modèle tayloriste d’organisation du travail.

En ce sens, nous sommes encore loin d’imaginer un travail libéré des contraintes temporelles, qui conditionnent d’ailleurs (comme nous pouvons tous le constater avec l’expérience du travail agile) même les contraintes spatiales qui se dissolvent peu à peu.

Le fait que nous soyons encore figés dans ce paradigme hérité de l’usine du XXème siècle entraîne le doute que seules les grandes entreprises à fortes marges de productivité et de rentabilité peuvent intervenir à temps et que ces interventions ont toujours et dans tous les cas un coût. Au contraire, repenser le temps de travail tout court, réduire son rôle de gouverneur ultime des processus de travail, augmenter les niveaux d’autonomie et de responsabilité des travailleurs, ouvrirait des perspectives inédites aujourd’hui.

Mais il y a un autre thème qui émerge fortement de ces événements récents et qui est une conséquence directe de cette vision ancrée dans le passé. Il s’agit de la polarisation croissante entre des emplois qui permettent des améliorations qualitatives concrètes, grâce aux ressources qui peuvent être investies dans ce sens, et d’autres qui ont plutôt tendance à se détériorer. Dans un monde du travail où la rareté des ressources oblige les entreprises à être plus attractives pour les profils les plus recherchés, le risque est de creuser un fossé toujours plus grand entre ces profils et les autres.

Ainsi, la qualité du travail et la rémunération augmentent pour les quelques profils incontournables, qui sont embauchés immédiatement avec protection et avantages, et ces coûts sont répercutés en réduisant la qualité du travail de ceux qui ne sont pas considérés comme indispensables. Il est donc surprenant que, pour les gourous de la modernité, les syndicats italiens ne s’occupent (que) des quelques îles heureuses, si elles existent vraiment, et non de ceux qui sont victimes d’abus, de punitions et d’exploitation sur leur lieu de travail. Nous nous trouvons face aux deux faces d’une même pièce qui, bien qu’elles ne soient pas faciles à rassembler dans un cadre unitaire, ne permettent pas de raconter des histoires dans une seule direction.

By Nermond

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