ven. Avr 19th, 2024

Non à la viande synthétique. Au moins en Italie  qui pourrait même adopter dans les prochains jours une loi interdisant spécifiquement sa production et son importation. Il ne s’agit pas seulement d’une question de traditions gastronomiques, mais aussi de sécurité sanitaire.

La viande synthétique ou cultivée est un sujet dont on parle depuis une dizaine d’années.  Les premières expériences remontent à 2013, lorsque l’université de Maastricht a fabriqué la première « boulette de viande cultivée ». La viande synthétique provient de cellules souches prélevées sur un animal vivant, ou du moins sur de la « vraie » viande, et développées dans de grands récipients (bioréacteurs) qui reproduisent les conditions dans lesquelles ces cellules se trouveraient dans le corps de l’animal. À partir d’une cellule, il semble qu’en quelques semaines, on puisse obtenir environ 10 000 kilos de produits à partir desquels on peut fabriquer des steaks ou des hamburgers. Beaucoup, pour les partisans, les avantages : pas d’antibiotiques, moindre impact sur l’environnement, pas de consommation d’eau et de sol pour élever les animaux, moins d’animaux tués . D’autres, pour les détracteurs, les doutes : l’absence d’études approfondies sur la sécurité nutritionnelle de ce type de viande, la possibilité que des cellules cancéreuses soient déclenchées par des cellules souches, la forte production de dioxyde de carbone et le coût énergétique élevé du procédé .

Doutes contre certitudes, donc. Ce qui, en Italie, ne semble pas faire beaucoup de prosélytes pour l’instant. « Sur de la vraie viande recréée en laboratoire, les soi-disant viande propreParmi les Italiens, producteurs et consommateurs, la méfiance prévaut pour le moment », écrivait il y a quelques mois « La cucina italiana », magazine de référence de la bonne chère nationale, rappelant que, selon Coldiretti, trois Italiens sur quatre sont opposés à sa commercialisation.

Cette opposition au sein du gouvernement s’est concrétisée par un projet de loi déjà approuvé par le Sénat et qui arrive à la Chambre ce lundi dont l’approbation est attendue pour le milieu du mois. « Il est interdit d’utiliser, dans la préparation de denrées alimentaires ou de boissons, de vendre, de détenir en vue de la vente, d’importer, de produire en vue de l’exportation, d’administrer ou, en tout état de cause, de distribuer en vue de la consommation alimentaire, des denrées alimentaires ou des aliments pour animaux constitués, isolés ou produits à partir de cultures de cellules ou de tissus provenant d’animaux vertébrés », explique le gouvernement. Les contrevenants s’exposent à une amende pouvant aller jusqu’à 150 000 euros. « Si la production d’aliments synthétiques était imposée sur les marchés, il y aurait plus de chômage et plus de risques pour la biodiversité.  et des produits qui, à notre avis, ne garantiraient pas le bien-être. Il n’y a pas d’attitude persécutrice mais une forte volonté de protection », a déclaré Francesco Lollobrigida, ministre de l’agriculture.

Ettore Prandini, président de Coldiretti, parlant de la Ddl à l’occasion de la Foire agricole et zootechnique de Montichiari (Brescia), l’une des plus importantes au niveau international, l’a qualifiée de « réponse à la grande mobilisation qui a conduit à la collecte de plus de 2 millions de signatures en faveur de la mesure ». En effet, outre les agriculteurs et les éleveurs, pour « exiger la défense de la culture de l’alimentation de qualité et s’opposer à l’alimentation artificielle et de synthèse », il existe en effet un ensemble vaste et composite de représentants et d’associations d’Acli à Adusbef, d’AssoBio à Cia-Agricoltori Italiani, de Cna à Codacons, en passant par Federbio, Federparchi, Fipe, Fondazione Qualivita, Italia Nostra, Lega Consumatori, Naturasì et Slow food Italia. « Une mobilisation, a souligné M. Prandini, qui a le mérite d’avoir braqué les projecteurs sur une entreprise aux mains de quelques personnes riches et influentes dans le monde. En bref, la « viande martienne » pour l’instant en Italie semble avoir une vie vraiment difficile. 

Il n’est cependant pas acquis que la loi puisse être compatible avec les règles européennes : le traité sur le fonctionnement de l’Union européenne interdit aux États membres les restrictions quantitatives à l’importation ou à l’exportation de marchandises, mais il existe des exceptions pour ce qui concerne d’éventuels problèmes de protection de la santé. C’est sur ces derniers que le gouvernement pourrait se concentrer. Or, le 27 octobre, il a retiré la notification de la mesure à l’UE, nécessaire justement pour vérifier la compatibilité de la loi avec les règles européennes. Il devrait la soumettre à nouveau une fois la mesure approuvée, ce qui permettra de connaître l’orientation de l’UE en la matière.

By Nermond

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