jeu. Juin 13th, 2024

« L’Italie doit se montrer à la hauteur des grands enjeux mondiaux et faire sa part pour l’Agenda 2030. Les pandémies et les guerres ont ralenti la réalisation des Objectifs de développement durable, il faut maintenant accélérer. L’Assemblée générale des Nations unies de cette année jette également les bases du « Sommet sur l’avenir » que les Nations unies organiseront en septembre 2024, les pays en développement visant à compter davantage, comme nous l’avons également vu avec l’élargissement des Brics, tout en appelant à une révision de la gouvernance de la Banque mondiale et du FMI. L’année prochaine, l’Italie sera à la tête du G7 : nous demanderons un débat au Parlement pour clarifier nos positions ». Tels sont les propos d’Enrico Giovannini, ancien ministre des gouvernements Letta et Draghi, cofondateur et directeur scientifique de l’Alliance italienne pour le développement durable (ASVIS), un réseau de plus de 300 acteurs de la société civile. Depuis New York, où il a suivi de près les travaux de l’Assemblée générale des Nations unies, Enrico Giovannini fait également le point sur le chemin parcouru par l’Italie vers l’Agenda 2030.

Professeur, le retard que nous avons accumulé est-il récupérable ? 

Nous n’avons progressé que sur l’économie circulaire. En ce qui concerne les inégalités, la pauvreté, l’éducation et la santé, les progrès réalisés sont nettement insuffisants, notamment en raison de la pandémie. Sur le front de l’environnement, l’état des écosystèmes marins s’aggrave, tandis que la consommation des terres ne s’arrête pas. Des progrès ont été accomplis en matière d’emploi, mais nous savons que les salaires sont très bas et que les inégalités se creusent, notamment entre les hommes et les femmes. Dans le domaine de la santé, nous avons des limites en matière de personnel infirmier et médical, ainsi qu’une situation très variable dans les territoires. Si le PNR doit nous faire progresser en matière d’investissements d’ici à 2026, nous avons besoin d’anticipation pour la partie actuelle de ces questions, mais je ne pense pas que le débat actuel y accorde suffisamment d’attention.

ASviS appelle au lancement d’une loi nationale sur le climat… 

Une loi sur le climat établirait deux éléments cruciaux : premièrement, elle donnerait une forte autorité à la communauté scientifique, avec la création d’un conseil scientifique qui pourrait fournir des avis autorisés sur les politiques actuelles et futures et qui fonctionnerait au-delà des majorités gouvernementales ; le deuxième élément est d’établir des objectifs, parce que la décarbonisation et les réductions d’émissions se font avec des actes concrets. La décarbonisation nécessite de travailler secteur par secteur le long des chaînes d’approvisionnement, de réunir les scientifiques et la société civile : il faut de la méthode.

Et puis il y a les plans nationaux… 

Le Plan national intégré énergie-climat (Pniec) doit devenir une loi d’ici un an, tandis que pour le Plan national d’adaptation au changement climatique (Pnacc), la phase d’évaluation environnementale et stratégique est également terminée : nous attendons donc son approbation, mais pour l’instant il n’y a pas un euro pour sa mise en œuvre. Il est vrai qu’il y a d’autres fonds qui peuvent aller dans ce sens, mais nous n’avons pas vu de propositions pour le moment. Les événements climatiques extrêmes vont se multiplier, si nous soulignons l’importance de la gouvernance, ce n’est pas pour jeter la balle dans le camp, mais parce que s’il n’y a pas de cohérence politique, il y a un risque de démanteler d’une main ce que l’on fait de l’autre.

Quelle est votre évaluation de la nouvelle stratégie nationale de développement durable approuvée lundi ? 

C’est un grand pas en avant par rapport à 2017, elle a été préparée avec l’accord de tous les ministères avec des objectifs concrets et est déjà passée par la conférence État-Régions. Il y a aussi un chapitre très important sur l’éducation au développement durable et des outils pour mieux coordonner l’agenda avec les politiques. La question est cependant la suivante : lorsque la loi de finances sera préparée, cette logique d’évaluation ex ante des politiques sera-t-elle réellement mise en œuvre ?

Au niveau international, que pouvons-nous faire de plus ?  L’Italie ne consacre toujours que 0,30 % de son revenu national brut à l’aide publique au développement, alors qu’elle s’est engagée à y consacrer 0,7 %. De plus, la plupart de ces fonds ont été utilisés pour l’aide aux migrants et l’aide à l’Ukraine. L’année où l’Italie préside le G7, un effort supplémentaire doit être fait sur ce front pour être vraiment crédible.

By Nermond

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