mar. Avr 23rd, 2024

En 2022, le nombre de transactions suspectes reçues par la CRF – Cellule de renseignement financier de la Banque d’Italie a atteint le record historique de 155 426 déclarations.  Une sur quatre était d’ailleurs considérée comme à haut risque, 99,8% du flux total était imputable à l’hypothèse du blanchiment d’argent et dans environ 90% des cas, les déclarations provenaient des banques, de la Poste et des intermédiaires financiers. C’est ce qu’affirme leBureau d’études Cgia  qui tire la sonnette d’alarme : le risque de voir la criminalité économique s’immiscer dans notre monde productif s’accroît. Et ce n’est pas tout. Si la combinaison de la hausse des taux d’intérêt et de la baisse des prêts bancaires aux PME observée depuis un an se poursuit, il n’est pas exclu que le nombre d’entreprises exposées au risque d’infiltration mafieuse s’accroisse encore. Il convient également de noter que parmi les principales formes techniques de transactions signalées à la CRF, se distinguent les opérations de virements domestiques (31,3 % du total), de cartes de paiement et de monnaie électronique (28,5 %) et de transferts d’argent (21,3 %). Les transactions signalées à la suite d’une opération suspecte effectuée en espèces ne représentent que 5 % du total. Outre les banques, les bureaux de poste et les intermédiaires financiers, la loi oblige également les professions libérales (notaires, comptables, avocats, auditeurs, etc.), les opérateurs non financiers, les prestataires de services de jeux (maisons de jeu, opérateurs de jeux en ligne et sur site fixe, etc.) et l’administration publique à déclarer à la CRF les soupçons de blanchiment de capitaux ou de financement du terrorisme. Une fois évaluées, les déclarations sont transmises à l’unité spéciale de police des devises de la Guardia di Finanza et à la direction des enquêtes antimafia pour complément d’enquête. Elles sont également transmises aux autorités judiciaires en cas d’émergence d’informations criminelles.

I e chiffre d’affaires de la criminalité est d’au moins 40 milliards d’euros 
Selon une estimation prudente de la Banque d’Italie, le chiffre d’affaires de la criminalité organisée en Italie s’élève à environ 40 milliards d’euros par an (pratiquement deux points de PIB). Il convient de rappeler, sur la base des définitions établies au niveau international, que ce montant n’inclut pas les produits économiques attribuables à des crimes violents – tels que le vol, le brigandage, l’usure et l’extorsion – mais seulement ceux provenant de transactions illicites caractérisées par un accord entre un vendeur et un acheteur. Il s’agit, par exemple, de la contrebande, du trafic d’armes, des paris illégaux, de l’élimination illégale des déchets, des jeux d’argent, du recel, de la prostitution et de la vente de drogues.

Moins d’intimidation, plus d’acquisition 
Au cours des dix dernières années, les signalements à la CRF ont augmenté de plus de 130 %. En 2012, il y en avait un peu plus de 67 000. En résumé, cette explosion des signalements indique que les groupes criminels ressentent de plus en plus le besoin de réinvestir le produit de leurs activités dans l’économie légale, notamment pour consolider leur consensus social. De plus, à la suite de la crise pandémique, les mafias ont changé leur façon d’aborder le monde des affaires. Elles sont moins enclines à utiliser des méthodes violentes, telles que l’intimidation ou l’extorsion, et privilégient plutôt une approche plus « commerciale », en finançant et/ou en acquérant la propriété d’entreprises, en exploitant leur vulnérabilité économique et financière. En d’autres termes, les mafias se proposent de plus en plus comme de véritables agences de services aux entreprises (fournitures matérielles, conseils administratifs/fiscaux, main-d’œuvre, etc.) ; ce faisant, elles commencent à infiltrer l’économie légale et ont surtout la possibilité de réinvestir le produit de la richesse accumulée illégalement.

Les situations les plus à risque à Milan, Rome, Prato, Naples et Crotone 
Au niveau régional, le Latium (336,9 signalements pour 100 000 habitants), la Campanie (325,5) et la Lombardie (278,1) sont les réalités qui ont reçu le plus grand nombre de signalements en 2022. Au niveau provincial, en revanche, les situations les plus à risque se sont produites à Milan (472,9 signalements pour 100 000 habitants), Rome (404,8), Prato (388,2), Naples (386,9), Crotone (371,7), Sienne (366), Imperia (335,5), Trieste (328,6), Caserta (303,4) et Bolzano (298,7). D’une manière générale, on peut affirmer que les réalités les plus à risque au niveau national sont les grandes zones métropolitaines (Milan, Rome, Naples et Florence), auxquelles s’ajoutent les provinces frontalières (Imperia, Trieste, Bolzano, Aoste) et les territoires présentant des niveaux de criminalité organisée très préoccupants (Crotone, Caserta et Reggio Calabria). A ces tendances s’ajoutent les spécificités de Prato (forte présence de la communauté chinoise), Rimini (cœur du tourisme balnéaire) et Venise (ville portuaire à forte vocation touristique et dotée d’un casino municipal).

Près de 3 000 entreprises confisquées à la mafia 
Le 25 juin dernier, l’Agence nationale pour l’administration et la destruction des biens saisis et confisqués à la criminalité organisée a indiqué qu’en Italie, conformément à l’article 48, paragraphe 8, du code antimafia, les entreprises définitivement confisquées aux associations criminelles s’élevaient à près de 3 000. Plus de deux sur trois avaient leur siège légal dans le sud de l’Italie. Les régions les plus touchées par cette mesure sont la Sicile (888 cas), la Campanie (521), le Latium (439), la Calabre (359) et la Lombardie (248). 40,4 % des entreprises confisquées étaient actives, 26,3 % en cessation d’activité, 23,2 % avec des procédures de faillite en cours et 9,9 % inactives. Les secteurs les plus touchés sont la construction (22,6 % du total), le commerce (20,7 %), l’hébergement et la restauration (9,7 %) et l’immobilier (7,9 %).

By Nermond

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