mar. Fév 27th, 2024

Les entreprises et les familles subissent le contrecoup de l’inflation et commencent à puiser dans leurs économies pour faire face à la hausse des prix : les « réserves » des Italiens ont diminué, en six mois seulement, de plus de 71 milliards d’euros. La baisse est de 3,4 % en moins de 200 jours, passant de 2 065 milliards en décembre 2022 à 1 994 milliards en juin dernier. 121 milliards d’euros ont « disparu » des comptes courants, mais une partie, environ 50 milliards, a été « déplacée » vers des dépôts et des opérations de pension, c’est-à-dire des formes d’accumulation rémunérées par les banques. C’est ce qui ressort d’un rapport du Centro studi di Unimpresa, selon lequel la réduction du solde des tirelires est encore plus évidente si l’on prend en considération l’intervalle de temps allant de décembre 2021 à juin 2023 : moins 82 milliards.

Tant les entreprises que les citoyens souffrent de l’augmentation du coût de la vie et des prix des matières premières : si les premières ont retiré 25 milliards de leurs comptes courants au cours du dernier trimestre, les seconds ont puisé 50 milliards dans leurs dépôts bancaires. Le solde est négatif pour presque toutes les catégories de clients des banques, à l’exception des fonds d’investissement, dont les liquidités ont augmenté de 8 milliards, et des organisations à but non lucratif (plus 726 millions). Le solde total des réserves est passé sous la barre des 2.000 milliards après presque trois ans : la dernière fois que cela s’est produit, c’était en décembre 2020, lorsque le total s’élevait à 1.956 milliards.

Selon l’analyse du Centro studi di Unimpresa, qui a traité les données de la Banque d’Italie, en décembre 2021, le solde total des comptes courants et des dépôts s’élevait à 2 076,8 milliards, puis il est tombé à 2 062,1 milliards dès juin 2022, pour ensuite se replier légèrement à 2 065,5 milliards en décembre de la même année et s’effondrer à 1 994,3 milliards en juin dernier. Pour les comptes des entreprises, il est de 398,1 milliards, en baisse de 14,7 milliards (-3,6%) en glissement annuel et de 25,8 milliards (-6,1%) entre décembre 2022 et juin dernier. Pour les entreprises familiales, le solde actuel est de 86,1 milliards, en ligne tant avec l’année précédente (-747 millions, -0,9%) qu’avec décembre 2022 (+299 millions, +0,3%).

Dans les tirelires des ménages, il y a 1 124,1 milliards, en baisse de 45,1 milliards sur un an (-3,9 %) et de 50,2 milliards (-4,3 %) sur les six derniers mois. La liquidité des assurances s’élève à 12,2 milliards d’EUR, en baisse de 1,2 milliard d’EUR (-9,2 %) en glissement annuel et de 2,9 milliards d’EUR (-19,2 %) en six mois. En ce qui concerne les instruments, les chiffres de juin dernier révèlent que la plus grande part des liquidités des Italiens est placée sur des comptes courants, avec un montant de 1 336,3 milliards, en baisse de 128,7 milliards (-8,8 %) en glissement annuel et de 121,7 milliards (-8,4 %) par rapport au chiffre de décembre 2022. Les dépôts à terme ont affiché un solde de 230,2 milliards d’euros, en hausse de 53,3 milliards d’euros d’une année sur l’autre (+ 30,2 %) et de 30,7 milliards d’euros (+ 15,4 %) au cours des six mois sous revue ; le solde des dépôts remboursables avec préavis s’établit à 315,2 Md€, en baisse de 2,9 Md€ (-0,9 %) sur un an et de 4,1 Md€ (-1,3 %) dans l’intervalle décembre 2022-juin 2023 ; les opérations de pension s’élèvent à 112,4 Md€, soit 10,6 Md€ de plus qu’en juin 2022 (+10,4 %) et 24,1 Md€ de plus (+27,2 %) qu’en décembre 2022. Les comptes courants représentent 67 % des liquidités, les dépôts à terme 11,5 %, les dépôts remboursables avec préavis 15,8 %, tandis que les opérations de pension représentent 5,66 % des tirelires.

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Selon les analystes d’Unimpresa, « à côté d’une réduction générale des réserves, rendue nécessaire pour faire face aux conséquences de la hausse des prix, on assiste également à un déplacement des liquidités des comptes courants vers les dépôts qui offrent un certain degré de rémunération. Ce choix est dicté par le fait que les banques, malgré la hausse du loyer de l’argent décidée par la Banque centrale européenne, ont jusqu’à présent maintenu pratiquement inchangés les taux d’intérêt appliqués aux dépôts par le biais des comptes courants. C’est pourquoi les clients, en guise de défense contre l’inflation, cherchent à se réfugier dans des dépôts et d’autres produits sur lesquels une rémunération, bien que très faible, est versée ».

Augmentation du recours aux prêts

Les difficultés causées par l’inflation se répercutent également sur l’augmentation du recours des Italiens au crédit à la consommation, et ce malgré la hausse des taux d’intérêt. En effet, les prêts accordés continuent de croître trimestre après trimestre. En 2016, leur montant était d’un peu moins de 107 milliards d’euros, en 2023 on arrive à près de 154 milliards : une augmentation de 44% en seulement sept ans, selon une analyse sur le crédit à la consommation réalisée par la Fondation Fiba de la First Cisl sur les données de Bankitalia.
Les taux appliqués aux crédits à la consommation sont restés sensiblement stables de juin 2016 à juin 2022 et ont commencé à s’orienter à la hausse avec le début du resserrement lancé par la BCE, mais les augmentations décidées par cette dernière à partir de juillet 2022 n’ont été que partiellement intégrées. Selon l’analyse, « cela s’explique probablement par un niveau initial déjà très élevé des taux de crédit à la consommation. Il y a également une forte pénalisation des petits montants et donc des segments les plus faibles de la population ». En effet, la BCE a relevé ses taux de 0 % à 3,5 % en mars 2023, tandis que la Taeg sur les crédits à la consommation est passée de 8,34 % mi-2022 à 10,12 % en mars 2023. « La croissance très importante du crédit à la consommation doit être évaluée avec beaucoup de prudence », souligne Riccardo Colombani, secrétaire général de la First Cisl, « le rapport plus élevé au revenu disponible par rapport à la moyenne européenne laisse supposer que de nombreuses familles financent ainsi leurs dépenses courantes pour maintenir leur train de vie ou faire face à des situations difficiles ». Malgré des taux élevés, la course à l’endettement ne ralentit pas : il est probable que la rapidité d’octroi des crédits finisse par l’emporter sur toute autre considération, y compris la commodité même du financement ».

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Les nouvelles formules de crédit à la consommation, même celles qui se caractérisent par un nombre réduit de versements et un taux d’intérêt nul, comme la formule « buy now, pay later », incitent à consommer, mais risquent de conduire à des situations de surendettement », ajoute M. Colombani, « c’est pourquoi il convient de renforcer les garanties de transparence, en donnant une plus grande publicité aux données et aux informations, et d’investir dans des processus éducatifs structurés pour accroître la prise de conscience individuelle et collective ».

By Nermond

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