jeu. Avr 18th, 2024

Sur la rive gauche du Rhin, en France, l’atome marche à plein régime. Sur la rive droite, en Allemagne, marche arrière toute, avec le démantèlement programmé des centrales. En pleine crise énergétique européenne, les deux plus grandes économies du continent s’opposent sur le nucléaire, obligeant le reste de l’Europe à choisir.  D’autant plus que Paris a lancé une campagne diplomatique active sur le sujet, avec la promesse de partenariats industriels renforcés.
Lors de la dernière interview télévisée de l’Elysée sur la nécessaire réindustrialisation de la France, personne n’a manqué une référence encomiastique inhabituelle d’Emmanuel Macron aux « Italiens ». Sur un sujet, l’atome justement, sur lequel Paris est généralement avare de compliments étrangers. Les Italiens en question sont nos 3 compatriotes qui ont fondé la start-up Newcleo, enregistrée en Angleterre mais ayant aussi des bureaux en Italie. Grâce aux brevets qu’ils détiennent, liés aussi à l’excellent niveau de recherche italien en physique nucléaire, ils s’apprêtent à investir jusqu’à 3 milliards d’euros dans la région lyonnaise d’ici 2030. L’objectif ? Mettre au point et tester le mini-réacteur nucléaire SMR du futur, dans le cadre d’une course dans laquelle, paradoxalement, la France ultra-nucléaire traîne des pieds sur le plan technologique depuis un certain temps, après le « virage » pris par les gigantesques réacteurs de base EPR de troisième génération : un fiasco industriel classique, entre défauts et retards, avec un grand gaspillage d’argent public.
Sans surprise, sous la présidence de François Hollande, Paris semblait prêt à freiner. Mais aujourd’hui, compte tenu des nouvelles incertitudes géopolitiques, Macron a décidé de lancer un plan de relance à long terme pour le secteur, suffisamment ambitieux pour rappeler ceux des années 1970 . Les « Italiens » et autres inventeurs et entrepreneurs de tous horizons sont donc les bienvenus pour contribuer à un rêve désormais pas trop voilé de Paris : construire la future « Europe de l’énergie » avec un pilier central planté dans l' »écosystème nucléaire » français.
La semaine dernière, le Parlement français a approuvé le « projet de loi sur l’accélération de la construction nucléaire », qui prévoit 6 nouveaux réacteurs d’ici 2050.  Pour mettre Berlin en colère.
Ainsi, en passant, les anciennes limites que la France s’était imposées, à savoir l’objectif de réduire le nucléaire à moins de 50% du mix énergétique et celui d’une production annuelle maximale de 63 gigawatts, ont été abolies . Les nouveaux investissements pour le projet des nouveaux réacteurs EPR « améliorés » sont maintenant énormes : 48 milliards sur 25 ans, bien que beaucoup craignent des dépassements comme ceux observés jusqu’à présent. A cela s’ajoutent les quelque 50 milliards affectés au renouvellement du parc nucléaire existant, qui est déjà à un stade avancé. En termes d’emploi, environ 100 000 nouveaux postes sont attendus au cours de la prochaine décennie.
Mais Paris est bien conscient que la partie se jouera aussi à l’échelle européenne. La Commission de l’UE a tendance à être antinucléaire, la présidente Ursula von der Leyen jugeant l’atome « non stratégique » pour l’avenir de l’Europe. En arrière-plan, les détracteurs continentaux de l’atome ne digèrent pas le classement du nucléaire jusqu’à présent parmi les « énergies vertes » de l’UE. Personne ne peut donc exclure des conflits prolongés, y compris juridiques, sur cette question. .
C’est également pour cette raison que la France encourage le travail du groupe des 11 pays « nucléaristes » de l’UE à l’origine de la nouvelle Alliance nucléaire européenne, qui s’est réunie à Paris la semaine dernière, avec des mots d’encouragement également pour l’Italie, présente en tant qu' »observateur ». Les points cruciaux à l’ordre du jour étaient très clairs et logiquement liés : la dépendance à l’égard du combustible nucléaire russe et le développement de l’industrie nucléaire européenne. Pour contribuer à résoudre le premier problème, qui concerne les centrales de l’UE à l’Est, le groupe français Orano renforce ses capacités d’enrichissement du combustible des réacteurs. Bref, une France prête à aider tout le monde. Pas vraiment de manière désintéressée.

By Nermond

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