mer. Mai 22nd, 2024

Si les banques avaient encore des guichets, au lieu de les avoir réduits au minimum parce que « les clients gèrent de toute façon leurs comptes à partir de leur téléphone portable », on verrait aujourd’hui devant certaines agences américaines des files d’attente pour récupérer leur argent avant qu’il ne soit trop tard. Nous assisterions aux vieilles scènes de course aux guichets, à la les ruées sur les banques, mais dans un format trop grand pour être imaginé : la Silicon Valley Bank avait dix-huit succursales en tout et, en une seule journée, vendredi dernier, les clients ont retiré 42 milliards de dollars. Cela fait presque deux milliards et demi par succursale. C’est peut-être une bonne chose que les photos de ces retraits massifs n’existent pas, sinon elles seraient devenues virales sur la toile. réseaux sociaux Pour compliquer encore les choses : le scénario ouvert par la crise de la 16ème banque américaine est très délicat, précisément en raison du risque élevé d’un effet de panique.

Dans un discours devant des journalistes mais sans possibilité de poser des questions, le président américain Joe Biden a appelé au calme. « Le système bancaire américain est sûr, les dépôts seront là quand vous en aurez besoin », a-t-il déclaré, promettant qu’il ferait « tout ce qu’il faut » et rappelant trois messages forts : pas de risque sur les dépôts bancaires ; pas de renflouement des banques avec de l’argent public ; pas d’aide aux investisseurs et aux détenteurs d’obligations des banques en faillite, « parce que quand vous investissez, vous prenez une partie du risque et quand le risque ne paie pas, vous perdez votre argent, c’est comme ça que fonctionne le capitalisme ».

Le président a ensuite promis des enquêtes sur la responsabilité et a annoncé qu’il tenterait de rétablir les réglementations bancaires introduites après la crise des prêts hypothécaires à risque. La loi Dodd-Frank de 2010 prévoyait des contrôles plus stricts pour les établissements de crédit ayant des actifs supérieurs à 200 milliards de dollars, mais en 2018, la majorité républicaine a abaissé le seuil à 50 milliards. La Svb avait des actifs de 212 milliards. Dimanche, la Réserve fédérale, le Trésor et le Fdic (le fonds de protection des dépôts interbancaires) sont intervenus pour enrayer la crise. Ils ont annoncé la création immédiate d’un fonds de 25 milliards de dollars – le « Bank Term Funding Program » – auquel les banques qui ont acheté des bons du Trésor pourront faire appel pour obtenir davantage de liquidités. Le fonds leur prêtera de l’argent pendant un an en prenant en garantie des obligations du Trésor, des obligations d’agences publiques et des obligations hypothécaires. Cela signifie qu’une obligation d’un million de dollars permettra d’obtenir un prêt d’un million de dollars, même si la valeur de l’obligation est inférieure sur le marché aujourd’hui, en raison des faibles rendements qu’elle offre par rapport aux taux offerts par les obligations émises ces derniers mois, après les hausses de taux de la Fed.

Comme deuxième mesure d’intervention, le gouvernement américain et la Fed ont décidé d’intervenir pour que tous les dépôts de la Silicon Valley Bank et de Signature, la banque qui s’était ouverte aux crypto-monnaies contrainte de fermer dimanche, soient disponibles pour les titulaires de comptes, même lorsque ceux-ci dépassent le seuil garanti par le fonds interbancaire, qui est en Amérique de 250 000 dollars. Dans le cas de Svb – dont les clients sont principalement des start-up – 96% des dépôts n’étaient pas couverts par la garantie. La Fed a également annoncé dans la soirée qu’elle avait lancé une enquête interne sur sa supervision de Svb. Les propos de Joe Biden ont donné de l’oxygène à Wall Street, qui a mal commencé, puis est devenue positive pour finalement clôturer en demi-teinte (Dow Jones -0,28% et Nasdaq +0,45%). La peur a en revanche gagné les marchés internationaux. Milan a perdu 4 %, plombé par les valeurs bancaires. Parmi les principales, Intesa Sanpaolo a perdu 6,1 %, Unicredit 9,1 % et Bper 9,5 %. Les bourses européennes ont brûlé un total de 291 milliards d’euros de capitalisation. Les investisseurs se sont précipités sur les obligations d’État et autres valeurs refuges.

La contagion est toutefois limitée, ont répété de nombreuses personnes, dont Paolo Gentiloni, commissaire européen aux affaires économiques. La question qui se pose est celle de la confiance : si les clients retirent leur argent en masse, peu de banques peuvent y résister. Aux États-Unis notamment, les déposants transfèrent leurs économies des petites banques régionales vers les grands groupes, considérés comme plus solides. C’est pourquoi la Signature Bank est également entrée en crise, tout comme deux autres institutions : First Republic et Western Alliance. Entre-temps, Svb – sous le contrôle de Fdic – est en vente et attend des acheteurs, tandis que sa branche britannique a déjà été cédée à Hsbc pour une livre. Il est apparu, entre autres, que Svb a versé des primes à ses employés vendredi dernier, peu avant d’être repris par Fdic, et que le PDG Greg Becker a vendu des actions pour 3,6 millions de dollars à la fin du mois de février.

Il est possible que cette crise imprévue, qui est aussi le résultat d’années de taux très bas devenus très élevés en quelques mois, pousse la Réserve fédérale à ralentir son resserrement et permette ainsi à la BCE de s’arrêter à une seule hausse supplémentaire, celle de 50 points de base prévue jeudi. Les investisseurs l’espèrent et les appels publics à la Fed pour qu’elle prenne en compte ce qui se passe ont déjà commencé. Le gouverneur Jerome Powell a déclaré au début du mois de mars que l’inflation élevée imposait un resserrement des mesures, renforçant ainsi les attentes d’une augmentation de 50 points de base lors de la prochaine réunion des 21 et 22 mars. Les taux d’intérêt aux États-Unis s’élèvent actuellement à 4,75 %, soit le niveau le plus élevé depuis 2007, année du début de la grande crise financière.

By Nermond

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