mer. Mai 22nd, 2024

« La participation est la plus grande réforme institutionnelle vers la pleine démocratie sociale, dont nous avons énormément besoin pour relever les défis d’une économie en transition ». Le leader de la CISL lance ainsi le défi de construire un nouveau modèle économique « par le bas ».

Monsieur le Secrétaire Sbarra, l’exécutif de la Cisl a délibéré hier à Florence sur la proposition d’une loi d’initiative populaire sur la participation. Pourquoi avoir choisi ce thème ? 

Le moment est venu de concrétiser ce qui est présent dans notre Constitution à l’article 46. Nous commencerons bientôt à recueillir des signatures sur un texte complet, solide, durable et immédiatement applicable sur l’implication des travailleurs dans la gestion, les résultats et l’organisation des entreprises. Il s’agit d’une bataille historique pour la CISL, le résultat de notre approche culturelle et basée sur des valeurs qui sont également enracinées dans des références à la doctrine sociale de l’Église. La participation doit devenir un droit fondamental des travailleurs, le moyen de donner une place centrale à l’individu et à sa créativité, le levier d’une nouvelle perspective de démocratie économique.

N’est-ce pas une contradiction pour la CISL, qui a toujours privilégié la voie contractuelle sur la voie législative, de se concentrer sur une norme ? 

Absolument pas. La voie que nous avons choisie n’est pas celle de l’imposition législative, mais celle d’un soutien fort à la négociation avec des leviers promotionnels et des incitants de nature fiscale, avec la conviction que la participation n’est possible que si elle passe par de bonnes relations industrielles. Nous devons étendre une culture industrielle qui a généré tant de bonnes expériences dans tous les secteurs et qui peut apporter une contribution fondamentale au renforcement de la croissance, des salaires et de la productivité, de la formation et de l’innovation des processus et des produits, en partant du protagonisme social du travail. Notre tissu productif est très hétérogène. Il est souhaitable que les syndicats et les associations d’employeurs identifient des formes de participation, en les choisissant parmi la gamme d’opportunités que notre projet de loi cherche à offrir à chaque entreprise. La participation doit naître de la libre négociation et de l’espace contractuel ; la loi peut et doit faciliter cette voie.

Quel type de participation – organisationnelle, économique, financière – cherchez-vous particulièrement à soutenir et à promouvoir ? 

Le premier objectif est de promouvoir l’entrée de représentants des travailleurs dans les conseils d’administration ou de surveillance. Les travailleurs ont le droit de concourir et de collaborer, comme l’indiquent les mandants, à la direction et à la gestion de leurs entreprises, à la relance des investissements en s’opposant aux délocalisations, en exerçant les flexibilités qui, en temps de crise, aident à protéger l’emploi et qui, en temps de croissance, permettent une bonne répartition des richesses. Le deuxième point consiste à réglementer la coparticipation aux résultats de l’entreprise et à réglementer l’actionnariat, de manière à donner aux salariés-actionnaires, même les plus modestes, une représentation adéquate et une voix dans les décisions de l’entreprise. La troisième exigence concerne l’implication dans les décisions organisationnelles, afin d’accroître l’efficacité, l’adaptabilité et l’innovation du système. Nous pensons aux horaires, à la productivité, au travail par objectifs et en équipe. Quatrième point : reconnaître les travailleurs et les syndicats comme des consultants en amont, et non en aval, des décisions les plus importantes pour l’avenir des entreprises.

En 2009, un projet de loi visant à promouvoir la participation a été présenté avec un accord même bipartisan. Mais la tentative a échoué. Ni les forces politiques ni les forces sociales n’ont jamais semblé le vouloir vraiment… La perspective est-elle différente aujourd’hui ? La CGIL et l’UIL sont-elles d’accord avec vous sur ce point ? 

Quinze ans, c’est une éternité : l’Italie n’avait pas encore connu les effets de la Covid, de la guerre en Europe, d’une crise énergétique et d’une inflation à deux chiffres qui érode les salaires et l’épargne des travailleurs et des familles. Aujourd’hui, je pense que nous sommes tous plus conscients que les crises systémiques peuvent être surmontées en coopérant et en tirant tous dans la même direction. Nous devons tous faire notre part pour promouvoir la croissance de la communauté nationale sous la bannière de la coresponsabilité. Cela signifie qu’il faut mettre de côté les antagonismes du 20ème siècle et s’engager sur la voie de relations industrielles responsables et génératives qui donnent aux travailleurs un rôle central dans la dynamique de l’entreprise. Nous espérons que la CGIL et l’UIL, ainsi que les autres acteurs sociaux et institutionnels, s’engageront également dans cette voie pour promouvoir une évolution de notre modèle de développement.

Le thème de la semaine de travail de quatre jours a été lancé à la fois par la Fim métallurgie et par la CGIL, qui le placera parmi les thèmes centraux du prochain congrès national. Est-ce une priorité pour la Cisl ? Et comment y parvenir ? 

Disons d’ores et déjà que la réduction du temps de travail est un cheval de bataille de la Cisl depuis plus de 40 ans. C’est une opportunité fortement liée au thème de la participation qu’il faut saisir sans démagogie et dans le sillage de la négociation. L’objectif doit être de relever et de redistribuer les quotas de productivité en les transformant en heures de travail réduites pour le même salaire. Il faut exploiter les possibilités des nouvelles technologies et d’une organisation du travail plus flexible et participative, en liant également le temps libre à des programmes de formation permanente. Nous avons besoin d’un pacte triangulaire entre les syndicats, les entreprises et le gouvernement qui stimule les investissements dans la technologie et les accords contractuels de deuxième niveau, également par le biais d’un soutien fiscal adéquat. Nous faisons une proposition : commençons par expérimenter en construisant un accord-cadre avec les entreprises pour autoriser, sur une base volontaire, la semaine de quatre jours dans 100 moyennes et grandes entreprises. Au-delà des slogans, mettons-nous tous à l’épreuve sur cette question.

Entre-temps, le dialogue avec le gouvernement semble tourner à vide sur de nombreuses questions : de la fiscalité aux pensions en passant par les politiques actives ? Ou non ? 

Il ne fait aucun doute que la tension est retombée. Le gouvernement a été distrait par d’autres questions ces dernières semaines. Aujourd’hui, les nœuds sont en train de bouillir. L’exécutif doit dire clairement s’il veut ou non stabiliser et concrétiser le dialogue avec les partenaires sociaux. On a l’impression que quelqu’un rame, donne des alibis à ceux qui ne veulent pas construire de bonnes réformes partagées. Dans les prochains jours, nous devons relancer le débat sur les questions de la croissance, de la lutte contre l’inflation, de l’augmentation des salaires et des pensions, de la réforme du système fiscal et des pensions, qui ne peuvent pas être évoquées uniquement dans les journaux.

Cela vaut-il également pour la réforme du revenu de citoyenneté ? 

Bien sûr. C’est également vrai pour la lutte contre la pauvreté, pour laquelle il est nécessaire d’augmenter les ressources et d’ouvrir des discussions avec les partenaires sociaux sur les changements à apporter au revenu de citoyenneté. Une mesure qui doit être sauvegardée à la fois pour soutenir les familles en situation de fragilité et la composante employable, avec des mesures efficaces de politique active pour le travail et la formation.

Une dernière question. Quelle a été votre impression en voyant Landini, Conte et Schlein sur scène à Florence ? 

J’éviterais la provocation de la question. Je dirais plutôt qu’il était juste de se mobiliser contre toutes les formes de violence, pour la qualité des écoles, la défense des valeurs de la Constitution. L’Union confédérale a toujours été un rempart contre les dérives illibérales et néo-fascistes. Nous continuerons à l’être, en défendant des principes qui appartiennent à tous. Des valeurs qui favorisent la participation des représentations sociales autonomes au renforcement de la démocratie et à la construction du bien commun.

Francesco Riccardi 

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By Nermond

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