dim. Jan 29th, 2023

Dans de nombreux domaines, comme nous le savons, la France s’est historiquement inspirée de l’Italie, souvent considérée au fil des siècles comme une forge présageant du nouveau, du bon et du beau. Au-delà de l’aspect strictement artistique, les « cousins » ont tenté avec peu de succès au XIXe siècle de copier même le parmesan, comme le rappelle aujourd’hui ce petit livre savoureux Fabrication du fromage parmesan (Menu Fretin). Ainsi, sur fond des dernières bisbilles diplomatiques entre les deux chancelleries, une réflexion semble s’imposer. Tout en respectant évidemment la propriété intellectuelle et les différentes marques, il ne serait pas inutile de retrouver ce sain esprit d’émulation bilatérale positive qui a été si bénéfique à la croissance des deux nations.

En ce qui concerne l’Italie, en ces temps où il est urgent de trouver de nouvelles idées pour relancer l’offre touristique – comme le souligne le dernier rapport de l’OCDE sur le sujet, fraîchement sorti de presse – il serait sans doute utile de regarder de plus près ce que font les Français dans ce secteur où ils semblent avoir tout appris eux-mêmes, ou presque. En effet, avec environ 90 millions d’arrivées internationales par an, la France surpasse des géants comme les États-Unis et la Chine, ainsi que des voisins comme le Royaume-Uni et l’Allemagne, qui comptent tous deux moins de 40 millions d’arrivées. Quant à l’Italie, elle tourne autour de 65 millions, bien que le Bel Paese soit en tête pour le nombre de sites inscrits au patrimoine mondial de l’Unesco. Mais comment les « cousins » s’y prennent-ils ?

Tout d’abord, comme on le sait, ils disposent d’une infrastructure de transport avancée, comprenant des aéroports internationaux et des réseaux de trains rapides. De plus, il est vrai, ils bénéficient de l’avantage géographique d’être en plein milieu des grands pays riches d’Europe occidentale. Mais il y a bien plus, à commencer par leur capacité marquée à tirer le meilleur parti de leur patrimoine, en lançant des sites touristiques même là où d’autres pays n’oseraient pas. Ou en inventant des « saisons » touristiques supplémentaires avec une telle créativité. Dans la banlieue Est de Paris, le pôle d’attraction touristique par définition est bien sûr Disneyland Paris, qui fête ses 30 ans du haut des 375 millions de visites déjà enregistrées. Mais le méga-parc financé par des capitaux yankees n’a pas fait table rase de tout, comme cela aurait peut-être été le cas dans d’autres pays moins compétents en matière de gestion du tourisme. À propos, dans les environs, cette année 2022 marque également le 20e anniversaire de l’inscription sur la liste de l’Unesco du joli village médiéval de Provins, qui ne compte que 12 000 habitants.

Eh bien, fin juin, quelque 110 000 visiteurs ont afflué en un seul week-end au festival Médiévales, dans le cadre d’une année qui battra tous les records d’arrivées à Provins, bien au-delà des niveaux déjà élevés de 2019, dernière année pré-pandémique. En termes de comptes finaux nets purs, le village affiche des chiffres capables de faire pâlir dans le rouge même le géant voisin des loisirs, englué dans des coûts d’exploitation cyclopéens. Et il suffit de passer une journée à Provins pour comprendre comment elle est devenue une poule aux œufs d’or pour les touristes : une valorisation impeccable des remparts, des visites guidées instructives et ludiques (également pour les familles et les écoles) jusque dans les donjons, deux spectacles quotidiens à fort impact scénique autour des thèmes captivants de la fauconnerie et des tournois chevaleresques, un vaste office du tourisme efficace et riche en souvenirs appropriés pour petits et grands. En fin de compte, il faut dire chapeau !

Quant à la capacité de sublimer les sites les plus célèbres même en basse saison, une leçon d’ingéniosité nous vient du Val de Loire. Le projet  » Noël au pays des châteaux « , développé autour de la capitale de Tours, a réussi à fédérer sept sites parmi les plus évocateurs, créant un circuit de Noël qui a révolutionné le tourisme de fin d’année dans la région, faisant sortir du chapeau une saison touristique supplémentaire par rapport au printemps-été. En fin d’année, la principale attraction provinciale transalpine reste l’Alsace, avec ses célèbres marchés de Noël à Strasbourg et dans les villes voisines. Mais les châteaux de la Loire sont venus compléter cette offre, attirant également un nombre croissant de touristes internationaux.


Parmi les nombreuses suggestions astucieuses, Amboise est un exemple de valorisation du génie universel de la Renaissance italienne : le parc qui l’entoure s’appelle « Léonard de Vinci », sans françaiseries gênantes.


Les 7 châteaux de la région de Turenna membres de Noël au Pays des châteaux auraient pu rivaliser dans une compétition acharnée, risquant d’offrir les mêmes attractions. Au contraire, avec la médiation des offices du tourisme provinciaux, ils jouent de concert et développent des « thèmes » complémentaires, encourageant les familles et les couples à s’immerger dans un véritable circuit des merveilles. À Chenonceau, un célèbre château fluvial qui relie des rives opposées, rappelant un peu le Ponte Vecchio de Florence, le thème était « Tables de rêve, tables de fête », avec une décoration intérieure à couper le souffle. À Azay-le Rideau, l’accent a été mis sur les « Délices », avec des reproductions d’une grande finesse. A Loches, ce sont les histoires d’enfants qui dominent. À Chinon, la légende traditionnelle du « château sous-marin » est mise en valeur de manière surprenante.

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Dans les trois autres splendides châteaux d’Amboise, Villandry et Langeais, un espace beaucoup plus important est réservé à la fête de Noël au sens le plus élevé et le plus juste. À Amboise, dans l’imposant complexe fortifié qui abrite également la chapelle où fut enterré Léonard de Vinci, le caractère italien  » dérivé  » du site est également souligné par une splendide crèche monumentale traditionnelle napolitaine réalisée par l’atelier d’artisans napolitains Ferrigno. A Villandry, après avoir visité l’exceptionnelle pinacothèque du château remplie de tableaux d’art sacré, on arrive dans une salle enchantée où la crèche est installée sur le sapin central géant. A Langeais, l’arrivée d’une procession d’anges en présence du Sauveur a été évoquée par un jeu de lumières féerique. Une façon d’établir un dialogue évocateur avec la splendide Nativité de Bernardino Luini, datant de 1522, qui est le véritable trésor de la salle : saint François d’Assise et sainte Elisabeth de Hongrie entourent l’Enfant. De certaines visites, on ressort enchanté, même quand on a déjà visité les mêmes châteaux plusieurs fois dans le passé. En effet, entre évocations symboliques et créations artisanales, la « métamorphose » de Noël de chaque site permet de vivre les lieux d’une manière nouvelle. Une symbiose vertueuse a été trouvée entre la féerie de Noël, chère même aux non-croyants, et le contexte unique de chaque château.

A propos, à Amboise, non loin de la forteresse royale magnifiquement décorée pour Noël, on peut aussi faire une halte au Château du Clos Lucé, qui fut la dernière résidence de Léonard. Entre autres suggestions intelligentes, c’est aussi un lieu où l’on peut observer comment les Français ont mis en valeur le génie universel de la Renaissance italienne. Le parc qui l’entoure s’appelle « Léonard de Vinci », sans les fioritures françaises. Et la sagesse de la valorisation du site, qui n’est pas un hasard, a aussi récemment contribué à convaincre les Musées du Vatican de prêter, à titre exceptionnel, du 10 juin au 20 septembre, le célèbre Saint Jérôme léonardesque. De tels gestes, heureusement, volent bien plus haut que les cycliques et tristes escarmouches politiques bilatérales observées ces derniers mois. Nous rappelant à notre tour, dans l’ancien sillon fertile de l’émulation mutuelle italo-française dans tous les domaines, que l’on peut toujours s’attendre au meilleur lorsque deux grandes nations au centre de la civilisation européenne se regardent l’une l’autre.

By Nermond

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