mer. Juil 24th, 2024

Dans une économie mondiale qui s’est avérée plus résistante que prévu, parvenant à éviter la récession en 2023, les perspectives de croissance pour les deux prochaines années restent faibles, à des niveaux pré-pandémiques, tandis que plusieurs facteurs, tels que la persistance des conflits et le changement climatique, menacent les progrès vers le développement durable et la vie de millions de personnes. C’est ce qui ressort du rapport de l’ONU sur les perspectives de la situation économique mondiale (Wesp), un document qui révèle toutes les difficultés de cette période de « polycrise », où les inégalités pourraient s’accroître et où les banques centrales doivent trouver un équilibre compliqué entre l’inflation, la croissance et la stabilité financière. En 2022, plus de 50 économies fragiles ont consacré plus de 10 % de leurs recettes publiques au paiement des intérêts de la dette et 25 d’entre elles ont dépassé les 20 %. Les pays à faible revenu, souligne l’ONU, auront besoin de mesures de restructuration et d’annulation de la dette pour éviter des crises et des récessions dévastatrices.

D’un côté toutes les inconnues liées à la crise de la dette et aux effets dévastateurs du changement climatique, de l’autre les perspectives liées à la révision des contrats avec les compagnies minières et les partenariats internationaux, ainsi qu’une plus grande mise en œuvre du marché de libre-échange intra-africain. Pour l’Afrique, l’année 2024 aura, selon les analystes, une trajectoire qui n’est pas acquise. Le Fonds monétaire international souligne que c’est précisément le continent noir qui sera, après l’Asie, la deuxième région du monde en termes de croissance économique, avec un taux d’environ 4 %, tandis que les experts de l’ONU placent la barre à 3,5 %, ce qui représente tout de même une amélioration par rapport aux 3,3 % de 2023. Le problème, selon beaucoup, est de comprendre si ces seuils sont réellement suffisants pour favoriser le développement ou s’ils restent trop bas, surtout face au risque de nouveaux chocs économiques mondiaux, qui voient l’Afrique subir des conséquences dramatiques comme ce fut le cas avec la crise du blé ukrainien.

Au moins neuf pays africains ont des dettes irrécouvrables, tandis que 15 autres présentent un risque élevé et 14 un risque modéré. La Zambie et le Ghana sont des mauvais payeurs confirmés : ils ont été récemment rejoints par l’Éthiopie. En 2024 et 2025, de nombreux euro-obligations arriveront à échéance, une inconnue pour les caisses de nombreux États du continent. Le Kenya a déjà renégocié et prévoit d’utiliser les fonds reçus du programme du FMI et de la Banque mondiale pour rembourser ses obligations, tandis que la Tunisie et l’Égypte font partie des pays sur lesquels les projecteurs de la finance mondiale sont braqués. D’une manière générale, l’économie de la région orientale du continent devrait enregistrer de meilleurs résultats que les autres, en partie grâce à un avantage infrastructurel, tandis que l’Afrique du Sud devrait dépasser le Nigeria et l’Égypte et se réaffirmer comme la plus grande économie du continent.

Selon les experts, la richesse potentielle des ressources souterraines, des minéraux qui sont essentiels pour la transition énergétique mondiale et pour lesquels la demande est très forte, reste cruciale. Le lithium, le graphite, le manganèse, la bauxite et le cobalt font partie des atouts indispensables à la croissance africaine, avec des prix en hausse sur les marchés mondiaux. C’est aussi pour cette raison que plusieurs gouvernements du continent continueront à revoir les accords commerciaux avec les compagnies minières. Un processus de renégociation qui est déjà en cours, par exemple, en République démocratique du Congo et au Botswana. L’environnement économique régional connaît toutefois une inconnue de taille : l’instabilité politique, illustrée par les neuf coups d’État successifs depuis 2020, comme ceux qui ont eu lieu récemment au Gabon et au Niger. Entre autres, la région du Sahel reste l’épicentre du terrorisme, l’Afrique subsaharienne représentant 48 % des victimes mondiales en 2023.

En 2024, les sommets internationaux auxquels les dirigeants africains seront appelés à participer sont nombreux, des sommets où les perspectives économiques et les accords commerciaux occuperont une place centrale. Du neuvième forum sur la coopération sino-africaine au deuxième sommet des investissements anglo-africains à Londres, prévu en mai, en passant par le sommet du Forum Inde-Afrique (sans oublier la conférence Italie-Afrique prévue à Rome fin janvier), les rendez-vous ne manqueront pas pour nouer des alliances et tenter de remodeler d’anciens partenariats.

Sur le plan intérieur, le système de paiement panafricain – qui vise à permettre aux pays africains d’accroître les échanges intracontinentaux tout en continuant à utiliser leurs propres monnaies et en réduisant ainsi leur dépendance à l’égard du dollar américain et d’autres devises fortes – prend de l’ampleur. Toutes les banques centrales, suivies par les institutions bancaires commerciales, devraient rejoindre le système panafricain de paiement et de règlement, développé par Afreximbank, d’ici la fin de l’année. Bien entendu, les coûts de financement élevés restent un défi majeur pour les économies africaines : les coûts d’emprunt restent quatre fois plus élevés dans les pays du continent que dans les pays plus développés. L’impact du changement climatique reste également une grande inconnue pour l’Afrique, alors que le déficit de financement vert dans la région s’élève à 120 milliards de dollars par an. Le continent ne reçoit que 2 % des flux financiers mondiaux destinés aux énergies propres, alors qu’il est la région la plus touchée par le réchauffement climatique. Une distorsion qui pourrait être partiellement corrigée par le Fonds pour les pertes et dommages, officiellement adopté récemment lors du sommet de Dubaï sur le climat.

By Nermond

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