sam. Avr 13th, 2024

En empruntant la route 129 qui mène de Tossilo, la zone industrielle de Macomer, à Ottana, le regard glisse sur une immense plaine. Mais cette brume n’est pas du smog. Nous sommes en pleine zone bleue, l’une des cinq zones les moins polluées de la planète. . Dès que le brouillard se lève, un immense réseau de murs en pierres sèches apparaît. Ils délimitent des champs qui n’ont pas vu de blé depuis plusieurs lustra. Bref, nous entrons dans le néant. A perte de vue. La région de l’ancien contrat de zone chimique est aujourd’hui un désert industriel. Au centre, Ottana, le trou noir du rêve industriel qui a commencé à la fin des années 70 avec le flop Rovelli et s’est poursuivi avec les polymères, est passé de main en main, jusqu’à la fermeture des usines. C’était comme feuilleter une marguerite noire, autour de la centrale électrique du groupe Clivati, qui a tout fait pour maintenir la production dans le « bassin ». En commençant en 2011 à investir dans l’énergie solaire, la seule matière première qui arrive sur l’île sans ferry. Selon les données de la Commission européenne, c’est l’une des zones du sud de l’Italie où il est le plus rentable d’investir dans le photovoltaïque.  Il n’est pas surprenant que le partenaire d’Indorama soit au centre du réseau qui recouvre le plateau de silicium. Graziella Green Power a créé le plus grand parc photovoltaïque, juste derrière celui qui sera installé l’année prochaine par Acea Solar. Un eldorado, en somme. Pourtant, certains craignent que le nouveau rêve industriel sarde n’appartienne pas aux Sardes.

Giovanni Bitti dirige Sigma, l’une des usines de la zone industrielle de Tossilo. Il est le président de Confindustria Nuoro. Le noyau dur de l’organisation est constitué de petites et moyennes entreprises. Ceux qui l’ont élu vivent donc de petites commandes et doivent affronter chaque jour le coût des matières premières, les factures et les connexions avec le continent. Inexistant. Ce n’est pas un hasard si les chiffres de l’industrie à Nuoro sont des chiffres funèbres. Au cours des 15 dernières années, le secteur manufacturier a chuté de 40 %, passant de 800 millions d’euros en 2005 à 340 millions d’euros. Le PIB (3,5 milliards) en fait l’une des provinces les plus pauvres du pays. Le revenu par habitant est de 13 700 euros, le plus bas de la Sardaigne. Devant les membres de la confédération, M. Bitti a parlé d’une Sardaigne centrale « hors du radar de la région et de la politique ».

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L’isolement logistique et la désertification industrielle de la Sardaigne centrale sont des phénomènes tellement évidents qu’un renversement de tendance est inconcevable. Le tissu productif est faible : sur plus de 27 000 entreprises locales (15,8 % des entreprises sardes), 83,3 % sont des micro-entreprises de moins de dix employés (seulement 10,9 % sont des sociétés anonymes), concentrées dans l’agriculture et avec une très faible propension à travailler en réseau. Près d’une personne sur deux ne travaille pas et ne cherche pas d’emploi : le taux d’inactivité (41 %) est le plus élevé de l’île. Il y a 92 000 retraités et 20 000 actifs de moins : une économie moribonde.

Bitti trinque au danger échappé de la première Zes, qui excluait plusieurs zones de la région de Nuoro. « Rien n’aurait été fait pour le marbre d’Orosei ». Le président se félicite de la création d’une Zes unique pour le sud de l’Italie, mais souligne qu’en l’absence de récompenses spécifiques, « les investissements se concentreront sur la côte ». En vingt ans, les résidents de l’île âgés de 18 à 34 ans ont diminué de 166 000. Moins d’habitants, c’est moins d’électeurs et moins d’élus, c’est moins de poids dans les choix régionaux et nationaux. Preuve flagrante de l’oubli de la région de Nuoro, le chemin de fer à voie étroite. Il traverse encore la Barbagia et seulement ici. Pour rejoindre Cagliari, une fois arrivé à Macomer, il faut descendre du train et monter dans les wagons de Trenitalia : « Le gouverneur Solinas doit nous expliquer pourquoi il nous faut encore six heures pour aller de Nuoro à Cagliari », s’emporte le président. La province se situe au 97e rang en Italie pour la dotation en infrastructures et le train Pnrr a lui aussi disparu. Il en va de même pour les fonds de programmation régionale, que la Confindustria a qualifiés de « grand canular des juntes Cappellacci, Pigliaru et Solinas ».

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Tout compte fait, la seule industrie qui se développe dans cette zone est celle des énergies alternatives . Elle génère beaucoup de profits mais peu d’emplois. La question de l’énergie est au cœur du dossier « Quale industria » de la Cisl sarde. Le syndicat demande que « l’abandon progressif du charbon se traduise par un avantage pour les citoyens ». Il souhaite discuter des redevances de concession, des actions au profit du territoire et des compensations diverses… Pendant ce temps, les panneaux se multiplient. L’année prochaine, le parc d’Acea Solar entrera en service. Avec ses 85MW, il sera le plus grand site de Sardaigne et l’un des plus grands d’Italie : 140 hectares. Il se distinguera par un système de stockage de 10 MWh qui fournira de l’énergie pendant les phases de la journée où il n’y a pas de rayonnement solaire. Tout cela est très vert, mais pas très sarde. Le curé d’Ottana, Don Pietro Borrotzu, envisage l’avenir avec une concrétion toute nuragique : « Combien d’emplois tout ce silicium va-t-il créer là où il y avait du blé et des troupeaux ? L’électricité coûtera-t-elle moins cher en Sardaigne ? Quels travaux compensatoires seront réalisés ? »

By Nermond

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