ven. Fév 23rd, 2024

L’art ne paie pas ? Le gouvernement s’en charge. Cela arrive en Irlande  où une initiative (expérimentale) a été lancée, que le Royaume-Uni, l’Australie, la Nouvelle-Zélande et la Belgique regardent également avec curiosité et intérêt. L’exécutif libéral de Leo Varadkar, en somme, a sélectionné deux mille artistes, parmi lesquels des chanteurs, des écrivains, des acteurs, des magiciens, des artistes de cirque et des miniaturistes, pour ne citer que quelques-unes des catégories concernées, qui se verront offrir un salaire de 325 euros par semaine.  L’idée est née pendant la pandémie de Covid, lorsque le lockdown a obligé les propriétaires de cinémas, de discothèques, de théâtres et de musées à baisser les volets de leurs locaux. Le ministère irlandais du tourisme et de la culture s’est alors mis à explorer des solutions pour soutenir les 14 200 artistes qui avaient mis la clé sous la porte.

L’hypothèse d’un revenu de base qui a émergé dans ce contexte est devenue dans les mois suivants une expérimentation de trois ans lancée officiellement en août 2022. L’appel à candidatures a suscité l’intérêt d’environ 9 000 personnes, dont 8 206 étaient éligibles. Seules deux mille personnes ont été sélectionnées pour participer au programme. Un petit nombre par rapport aux objectifs mais proportionnel à l’investissement budgété : 33,8 millions d’euros par an. L’indemnité versée aux heureux élus, environ 16 900 euros par an, ne comporte aucune obligation autre que celle de remplir tous les six mois un questionnaire sur l’évolution de ses finances, de sa carrière et de sa santé personnelle. Des questions telles que : avez-vous pu chauffer convenablement votre logement ? Avez-vous pu vous offrir un repas avec de la viande, du poulet ou du poisson tous les deux jours ? Des questions auxquelles il n’y a évidemment pas de réponses évidentes. Les initiatives de soutien à la créativité sont généralement de nature privée, confiées à des entreprises ou à des fondations qui délivrent des chèques, des prix et des bourses selon les catégories. Ce n’est pourtant pas la première fois que les autorités s’y essaient. Surtout au niveau local. Le plan « New York City Artist Corps », par exemple, a été lancé l’année dernière par l’administration de la « Grosse Pomme » pour relancer l’industrie créative après la pandémie. Il s’agit toutefois d’une contribution unique : 5 000 dollars pour 3 000 artistes.

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Des programmes similaires ont également été lancés en Californie et dans le Minnesota. Le seul État qui, avant l’Irlande, a imaginé et testé l’idée d’un revenu fixe pour les artistes est la Norvège. L’initiative du gouvernement d’Oslo date de 2012, mais elle ne concernait que les professionnels d’un certain niveau qui avaient contribué à enrichir le paysage culturel local pendant des années. Le projet de Dublin est plus large. Il casse les enjeux de l’ancienneté créative car il inscrit le problème dans une perspective de long terme où les indicateurs financiers doivent être assortis d’indicateurs de bien-être. De nombreux doutes devront être levés à la fin de la période d’essai. Par exemple : quelle est sa durabilité réelle ? Quel est son effet sur la productivité ? L’art ne risque-t-il pas de devenir une industrie ne méritant que le revenu minimum ? Peu d’entre eux ont rendu publique leur participation au programme sur les réseaux sociaux. Parmi eux, un caricaturiste employé dans un supermarché et un scénariste employé dans un centre d’appel. Tous deux ont quitté l’emploi sur lequel ils s’étaient rabattus pour joindre les deux bouts afin de vivre de leurs talents. Pendant encore deux ans et demi. Nous verrons ensuite.

By Nermond

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