sam. Avr 13th, 2024

Tous les magasins du quartier ont leurs portes baissées. Les étals de fruits sont des structures inertes sur les pavés et les boulangeries aux balcons crachent encore des larmes et des pétales qui semblent avoir été brodés sur le tissu. Les néons des magasins nouvellement arrivés sont éteints et derrière leurs vitres translucides, il n’y a pas de téléphone qui sonne, pas d’empressement et pas de bousculade pour s’occuper et faire son travail. Aujourd’hui, il n’y a pas de travail. Aujourd’hui, il s’agit de vivre. Dans ma maison, seule l’odeur suspendue du miel des torrijas et moi, sur le jonc, avec le temps qui se repose et creuse ses griffes dans mes épaules. Et l’église paroissiale, fermée, avec la porte grise d’un cimetière qui en garde les portes. Ce jour maudit tombe à nouveau et enfin, au loin, les tambours qui battent sur les murs secs du cœur. Et, grâce à leurs tambours, ils retrouvent le pouls et redonnent vie aux artères. Comme lorsque le tramway est passé par Héroes de Toledo et que tout le quartier a tremblé.

La Croix. Encore la croix. Le velours revient terni, teinté du sang de l’exploit et les corps de la bougie et du voisin reviennent, uniformes, traînant les ravages du soleil, de ce midi fugitif. Les mèches allumées reflètent leur minuscule lumière dans les pupilles perdues des premières sections et les enfants jettent leurs doigts couverts de cire dans leurs chambres, dans leurs maisons, escaladant la façade du regard et cherchant un refuge contre leur fatigue. Ce sont les mêmes enfants de ce premier mardi, d’une folle aventure qui nous a conduits, moi et mon peuple, à traverser ces avenues inhospitalières et sauvages.soit avec nos manteaux flottant au gré de nos promenades d’adolescents, soit avec nos yeux traçant l’échiquier doré du manteau de la Vierge, comme quelqu’un qui défait les années pour tisser un refuge dans la mémoire.

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Mais aujourd’hui, ils sont la réalité. Une réalité qui a trois mots, qui sont ceux que je connais. Et ceux que je sais comment prier. Le drapeau de mon quartier est votre nom. Vos lettres, votre première fois, votre effort, notre effort. Notre joie, notre vérité. L’humilité. L’humilité dans la croix, dans les yeux, dans les mains.dans le silence qui fait de toi un homme, dans le demain qui ne sera qu’un autre jour. Humilité dans les citrons verts de la maison, dans le pain qui fermente à l’aube, dans la cuillère hagarde qui se noie dans le bouillon de la soupe, dans ma robe de chambre « guatinée » délavée, Humilité dans les couleurs et dans les voix du marché, Humilité de rentrer chez soi.

Et dans l’humilité Silence de la croix, le menton cloué sur la poitrine. Il coupe l’air avec sa mâchoire, ouvre les volets des malades, l’eau jaillit de son côté. Une eau bue par l’incroyant qui croit maintenant plus que jamais. Derrière vous, les yeux embués de celui qui regarde la fin, qui est la fin de tout, y compris la mienne. Ma fin. La croix, le paradis que tu m’as promis ici sur la colline.

Parce que je suis la dernière âme, la dernière âme qui, inévitablement, écarte de son calendrier particulier celle qui peut être le dernier mardi saint de sa vie.

By Nermond

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