sam. Fév 24th, 2024

Les agriculteurs italiens ne feront pas la révolution.  Les points de leur programme sont sans surprise mais politiquement faibles. Ils appellent à la « reprogrammation des Nouvelle donne verte « c’est-à-dire la « refonte complète de la politique agricole européenne dans le cadre de l’extrémisme environnemental et au détriment de la production agricole et des consommateurs ».

C’est si vrai que l’UE elle-même, après avoir interdit des produits agrochimiques tels que le tricyclazole, a dû admettre qu’elle n’avait aucune preuve que ce fongicide causait le cancer. Toutefois, l’interdiction demeure, en hommage à l’ancien principe de précaution, qui était davantage un slogan politique qu’un principe scientifique. Exactement comme la durabilité. La seule chose mesurable est le nombre de tonnes de céréales que nous importons de pays non membres de l’UE qui utilisent du tricyclazole. En premier lieu, les géants asiatiques, un marché indispensable pour nos produits industriels et financiers. Stopper ce flux, qui enrichit la logistique et la distribution, est le deuxième point de la plateforme. Ils n’y parviendront pas, car les importations extracommunautaires garantissent des prix bas pour les consommateurs et des marges élevées pour les supermarchés. Elles restent et resteront une précieuse monnaie d’échange dans les négociations commerciales de Bruxelles. Le problème pour les agriculteurs est que les mêmes consommateurs qui s’extasient devant l’augmentation du prix des courgettes se réjouissent à la simple évocation de la « durabilité ».

C’est le mantra de la politique de l’UE et il a permis à la Commission de concevoir une stratégie qui envisage, même à une époque où le changement climatique imposerait le contraire, de réduire de moitié les produits chimiques utilisés dans les champs pour produire à des coûts (et à des prix) compétitifs.  Les tracteurs qui paralysent la circulation autour des villes – les manifestants ont adopté une ligne de respect absolu de la légalité, mais ont accessoirement causé la mort d’un homme à Catanzaro, coincé dans sa voiture – voudraient perturber un marketing global qui divise les secteurs et les chaînes d’approvisionnement en amis et en ennemis.

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Malheureusement pour eux, ils font partie de ces derniers et, à ce titre, sont jugés sans appel par ceux qui voudraient que l’Union européenne se dote d’un système de contrôle de la qualité. L’accord vert s’est déroulée sans heurts.  Même au prix du reniement de deux siècles de luttes syndicales : « Les barricades dans les rues et les insultes aux bureaucrates de Bruxelles ne sont pas un outil acceptable », écrivait un grand journal national, refusant aux travailleurs de la terre le droit de protester. De plus, « ce secteur doit jouer son rôle dans la transition vers une économie durable », car « la durabilité est un bien collectif essentiel, sur lequel il ne peut y avoir de compromis ». Cela ressemble à la défense d’un grand idéal moderne contre les régurgitations d’un monde ancien, mais les tons sont ceux du Marquis Del Grillo.

Les partisans de la « rédemption » initiée par les Comitati Riuniti Agricoli (Comités agricoles unis) et alimentée par l’adhésion de groupes spontanés ont tenté de briser l’encerclement en convoquant les syndicats, à commencer par la Coldiretti.   Le sixième point de la plate-forme – non aux aliments de synthèse – semble être un hommage à Bonomiana, qui mène une campagne importante sur ce thème. Cependant, lorsque l’organisation agricole a pris ses distances, la colère est montée, allant jusqu’à brûler des cartes, à la manière de Fahreneit 451. Pour l’instant, seul Copagri est solidaire du mouvement. Un autre point du programme porte sur l’abolition des contraintes et des incitations qui poussent les agriculteurs à ne pas cultiver leurs terres et sur la revendication de la liberté d’entreprise. On pourrait croire à un combat anti-européen – et d’ailleurs les gauchistes accusent les « émeutiers » d’être instrumentalisés par la droite populiste – alors qu’il s’agit d’une réaction à la trahison d’un pacte ancien et sans alternative.

La souveraineté d’un système politique réside aussi dans l’autosuffisance alimentaire, et y renoncer pour embrasser une logique transnationale est dans l’intérêt du monde financier mais pas de la population résidente et des deux premiers secteurs de l’économie : la PAC existe parce que l’Europe d’après-guerre voulait garantir la possibilité de nourrir les Européens en cas de nouvelle guerre. Cela vaut pour l’alimentation comme pour l’énergie. Aujourd’hui, les agriculteurs descendent dans la rue pour revendiquer ce rôle de producteurs « nationaux », que l’on veuille comprendre ce concept en termes italiens ou européens, et non pas transnationaux. Venons-en aux seuls points qui pourraient avoir une réponse et à celui sur lequel il serait le plus important d’avoir une réponse : le point 10 dit « redéveloppement de la figure de l’agriculteur ». Dès l’école, reformer la figure de l’agriculteur et de l’éleveur, en les valorisant et en ne les désignant pas comme responsables de la pollution de l’environnement.  L’agriculteur est une figure fondamentale de la société en tant que gardien de l’environnement et producteur d’aliments et de vie !

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Voilà pour la fierté agricole. Mais il est clair que l’establishment culturel européen n’a aucunement l’intention de valoriser la campagne. Les revendications des agriculteurs italiens qui pourraient avoir une réponse sont uniquement celles « du portefeuille », à commencer par la remise de l’Irpef. À condition, bien sûr, de ramener immédiatement les tracteurs à la ferme. Pour l’instant, il est difficile d’évaluer leur nombre. Certainement moins que dans les pays du Nord, car le poids politique de l’agriculture italienne est plus faible. Mais il y a aussi une raison socio-économique. Nos exploitations sont souvent axées sur des productions à haute valeur ajoutée, développées sur de petites surfaces, et opèrent dans des secteurs qui leur confèrent un avantage concurrentiel. prix élevé. Ces conditions de marché, que l’on retrouve surtout dans les zones rurales plus développées, rendent l’agriculture italienne moins dépendante de la contribution à l’hectare de la PAC et la révolte italienne moins véhémente.

By Nermond

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