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Olivier Savignac veut créer des groupes de parole en Aveyron. - ©ADN12

Par Aurélien Gares
Le 07 novembre 2018

Originaire de Montbazens, Olivier Savignac, 38 ans, musicien et intervenant scolaire dans les écoles aveyronnaises pour la création de spectacles, a été victime d’une agression sexuelle, en 1993, lorsqu’il avait 13 ans par l’abbé Pierre de Castelet lors d’un camp de jeunesse chrétienne à Arthez-d'Asson (Pyrénées-Atlantique).

Il est actuellement présent dans de nombreux médias nationaux, à la suite de la conférence des évêques de France, qui a eu lieu, le week-end dernier, à Lourdes (Hautes-Pyrénées). Sept victimes d’agression sexuelle de la part d’hommes d’Église étaient invitées, par les 183 évêques de France, à venir s’exprimer. Olivier Savignac en faisait donc partie. Nous l’avons rencontré, ce mardi 6 novembre.

Il y a tout juste une semaine, l’Aveyronnais de 38 ans était à Orléans (Centre-Val de Loire) pour le procès de son agresseur,  l’abbé Pierre de Castelet, et l’ex-évêque d’Orléans, Mgr André Fort, poursuivi pour non-dénonciation. Le procureur d’Orléans a requis trois ans de prison ferme à l’encontre du premier et un an de prison ferme pour le second. « C’est la première fois dans l’histoire qu’on requiert autant contre un évêque », précise Olivier Savignac. « C’est un soulagement. Mais c’est surtout un signal envoyé à l’église qui, par rapport à ces questions-là, est encore à la traîne et doit aujourd’hui réagir sous peine de naufrage. »

Il garde foi en l’Église

Les faits remontent à 1993, il y a 25 ans. Olivier, tout comme neuf autres enfants, alors dans un camp de jeunesse chrétienne, dans les Pyrénées-Atlantiques, sont agressés par le prêtre et directeur du camp, Pierre de Castelet.

Alors, au procès, lors de sa prise de parole, Olivier Savignac s’est directement adressé à son agresseur qu’il n’avait plus revu depuis ce traumatisme :

Monsieur de Castelet, vous avez devant vous un homme. Et vous n’avez plus cet enfant que vous avez agressé et qui a perdu son enfance sur votre lit. 

L’actuel musicien et intervenant scolaire dans les classes aveyronnaises raconte : « Ça a été symbolique car on a été réellement reconnus victimes de ce qu’on avait subi. »

Si aujourd’hui, Olivier Savignac garde foi en l’Église, il n’a plus foi en les hommes d’Église. Lors de cette affaire, « on nous a menti. Il devait (Pierre de Castelet) être mis hors de portée des enfants. Et, en fait, je me rends compte, quinze ans après, qu’il n’en est rien. Il a continué à faire ce qu’il voulait comme il le voulait. Je l’ai retrouvé dans une conférence où il était expert sur les questions de pédophilies. »

Retrouver un certain équilibre

Olivier Savignac regrette la volonté des hommes d’Église de protéger l’institution. En 2005, à Rodez, il travaille au foyer internat du diocèse. Alors qu’il garde enfoui, au fond de lui, l’agression qu’il a subi, il va désormais être témoin de ce qu’il a vécu :

Des jeunes du foyer sont venus me voir pour me dire « le père Bruno, (directeur du foyer), nous a agressé. Il a tenté de nous embrasser, de nous toucher, de nous forcer. » À partir de là, j’ai dénoncé les faits en les accompagnants devant une assistante sociale qui a fait un signalement.

Une enquête préliminaire est ouverte et le prêtre est mis en examen. « Mais le diocèse ne l’entendait pas de cette oreille, à l’époque, parce que le père Bruno était quelqu’un de très estimé, très intelligent et dont le diocèse avait grandement besoin. C’était même mon ami, mon père spirituel », raconte Olivier. « Ils se sont ligués contre une animatrice et moi-même car il ne savait pas qui avait fait le signalement. Ils ont voulu nous faire démissionner. L’évêque ne voulait plus qu’on soit à l’intérieur de ce foyer. J’ai été ébranlé. »

Vivant un mal-être, Olivier rompt son contrat et part pendant presque dix ans en Rhône-Alpes « pour retrouver un certain équilibre et surtout fuir cette situation qui était insoutenable ».

Pour lui, l’Église est aujourd’hui « gangrenée. Il est temps qu’elle prenne conscience que pour stopper l’hémorragie, elle doit passer par des actes. L’Église doit se structurer professionnellement pour répondre à ce séisme. Les évêques sont seuls, accompagnés par une équipe diocésaine mais qui n’a pas les compétences pour gérer de tels cas. La bonne volonté ne suffit pas. »

« Dans nos campagnes aveyronnaises, il y a énormément de non-dits »

De retour en 2015, en Aveyron, Olivier Savignac est désormais devenu un leader dans la prise de parole médiatique. «  Je suis content de pouvoir incarner, parmi d’autres, cette représentation des victimes. On en a énormément besoin. Et je crois, que ce qu’il faudrait arriver à faire, c’est créer une fédération des victimes d’abus sexuels. »

Il a notamment envie de s’investir en Aveyron, en créant des groupes de paroles. « Il est temps de faire bouger les choses. À Rodez, il y a 30 ans de retard. Aujourd’hui, on a mis plusieurs millions d’euros dans un évêché tout neuf en plein centre-ville. Mais face à ces questions d’ampleur, moi je me demande quels moyens vont être mis sur la table. Ce qui est nécessaire, ici en Aveyron, c’est de mettre en place des lieux d’écoute, des soirées qui réunissent toutes les communautés chrétiennes, catholiques ou même publiques pour aborder ce sujet-là. Parce que je crois, que dans nos campagnes aveyronnaises, il y a énormément de non-dits, de gens qui sont au courant de faits, y compris très anciens, et qui souhaiteraient parler. »

Et Olivier Savignac a une idée bien précise de la manière dont pourrait s’organiser ces événements. « Il faut qu’une instance puisse accueillir ces paroles. C’est-à-dire des gens qui sont spécialisés dans l’accompagnement de ce type de soirées pour recueillir des témoignages, recouper des informations, retrouver des victimes. »

L’Aveyron n’est pas épargné

En Aveyron, deux affaires ont marqué les esprits. Celle de l’abbé Maurel, ancien directeur du collège privé Saint-Pierre de Mur-de-Barrez. Il avait été condamné, en février 2000, par la cour d'assises de l'Aveyron à dix ans de réclusion criminelle pour viols et agressions sexuelles sur trois mineurs de 10 à 13 ans, entre 1994 et 1996.

Le procès d’un ancien membre des Béatitudes, pour attouchements sexuels sur mineurs, a aussi fait beaucoup de bruit. Dans les années 2000, Pierre-Étienne Albert a en effet été poursuivi pour agressions sexuelles aggravées. Il en a reconnu 57 sur mineurs et a été condamné a cinq ans de prison.

Pour que cela ne se reproduise plus, et que les victimes se reconstruisent, Olivier Savignac veut « faire bouger les choses. Je crois qu’on pourra y arriver que diocèse par diocèse. Mais pour cela, il faut éteindre l’incendie. »



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