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La salle principale du tribunal de Rodez accueillera les débats jusqu'à vendredi. - ©ADN12

Par Aurélien Gares
Le 05 novembre 2018

Le premier jour d’audience de la cour d’assises de Rodez a débuté, ce lundi 5 novembre. Les débats ont porté sur le vécu de l’accusée, tout en revenant en partie sur le déroulement des faits. Jusqu’à vendredi, des témoins et experts seront entendus avant la délibération des jurés.

Le tribunal de Rodez a ouvert sa nouvelle session d’assises, ce lundi 5 novembre, à l’occasion du procès de S. R., 31 ans, accusée d’enlèvement, de séquestration ou détention arbitraire, torture ou acte de barbarie, à Ayssènes, entre le 25 janvier et le 28 janvier 2016. Elle risque jusqu’à vingt ans de réclusion criminelle.

Dans un premier temps, le tribunal a prononcé, à l’encontre de C. B., mère de S. R., elle aussi accusée de torture ou acte de barbarie, arrestation, enlèvement, séquestration ou détention arbitraire, l’extinction de l’action publique du fait de son décès en détention, le 28 août 2018.

Lorsque la seule accusée pénètre dans la salle d’audience, c’est une jeune femme frêle qui se présente, intimidée. Difficile d’imaginer qu’elle puisse commettre des actes de torture. Et pourtant, lorsque la présidente lit les accusations de l’instruction, cela fait froid dans le dos.

Une déferlante de violence

Tout a commencé, avant les fêtes de fin d’année, en 2015. L’accusée perd la garde de ses enfants. Alors, fin janvier, elle se rend en Aveyron, dans un gîte d’Ayssènes, pour se rapprocher de la famille d’accueil qui a hérité de ses deux garçons. Sa mère et le compagnon de l’époque de cette dernière, L. A., sont présents. Le 27 janvier 2016, les trois protagonistes consomment alcool et médicaments. Déjà séquestré depuis le 25 janvier, tout dégénère ce soir-là, L. A. est torturé.

S. R. appelle alors les secours : « Le copain de ma mère a pris des médicaments et s’est automutilé. Il a une plaie ouverte dans le dos. » Les pompiers arrivent. Ils trouvent alors la victime debout, vaseux, qui a du mal à parler, pendant que la mère et la fille se roulent des cigarettes.

Lorsque le médecin établit le diagnostic, il indique que la victime n’a pas pu s’automutiler. Les juges passent alors en détails les violences commises sur l’homme d’une trentaine d’années : coups de casserole, de poêle, prise forcée de médicaments, jet de spray dans la bouche, de shampoing, coup de couteau, brûlure de cigarettes...

« J’y pense tous les jours »

Alors que l’avocat général lui demande ce que lui évoque la victime, l’accusée souligne que L. A. ne lui « inspirait pas confiance. Il était trop fragile, trop dans l’alcool et la drogue. Je n’aimais pas non plus la différence d’âge entre eux. »

Lors de son expertise, S.R. précise « que sa mère l’a forcée à prendre le couteau. Elle était derrière moi. » C’est après avoir donné ce coup, qu’elle contacte les secours. « Je m’en veux. C’est affreux. J’y pense tous les jours. »

Puis, le tribunal s’attarde sur la personnalité de S. R. La présidente indique :

Ce qui ressort de l’instruction c’est que S. R. reconnait les faits alors que [sa mère] cherchait plutôt à les minimiser.

Selon l’instruction, S. R. a des conduites addictives. Elle a également passé plusieurs séjours en hôpital psychiatrique liés à des problèmes graves de personnalisation type borderline. Il est souligné une possible tentative de déresponsabilisation.

« Une vie sentimentale perturbée

Décrite comme une « personnalité influençable », la jeune femme, les larmes aux yeux pendant la lecture des faits par la présidente, a ensuite pris la parole : « C’est dommage [que la victime] ne soit pas là  car j’aurais voulu lui demander pardon. »

Elle raconte ensuite son enfance, perturbée notamment par l’addiction à l’alcool de sa mère. Plusieurs événements viendront entacher son adolescence. Elle évoque un viol, commis au collège, ou encore le décès de son père qu’elle a retrouvé mort d’un infarctus. Par la suite, elle est hospitalisée après plusieurs tentatives de suicides.

Un psychiatre, en visioconférence, qui a diagnostiqué l’accusée, insiste sur le « mauvais climat » dans lequel elle a grandi durant son enfance avec une mère « qui préfère son frère aîné. Son enfance a ébranlé sa personnalité. L’alcool et l’addiction aux jeux (d’argent) a influencé sa vie d’adulte. » Ses constatations font état « d’une personne très immature avec de fortes addictions ». Il a également souligné « une vie sentimentale perturbée » avant de mettre l’accent sur les tentatives de suicide :

Ses bouffées d’angoisse l’ont conduite à des passages à l’acte qui étaient plus des appels au secours qu’un désir de mort.

« Une possible forme de manipulation »

Concernant les faits qui lui sont reprochés, le médecin indique qu’« elle n’était peut-être pas dans un état aussi pseudo-comateux qu’elle le laisse penser » et évoque « une possible forme de manipulation ».

Toujours en visioconférence, une enquêtrice de personnalité a présenté l’analyse du frère de l’accusée. Il décrit sa sœur comme une femme qui a du mal à s’intégrer, marginale et influençable. En revanche, il présente sa mère comme manipulatrice.

L’audience reprendra, ce mardi 6 novembre, à 9 h, au tribunal de Rodez.



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