photos/7183.jpg

Alan Stivell sera sur la scène de l'Estivada, ce jeudi 18 juillet, à 20 h 30. - ©Gilles Pensart

Par Aurélien Gares
Le 16 juillet 2019

L’édition 2019 de l’Estivada met la Bretagne à l’honneur. Qui d’autre qu’Alan Stivell pour représenter cette région. Près de vingt ans après s’y être produit, le chanteur et musicien breton revient à Rodez, ce jeudi 18 juillet. Entretien.

Un festival qui valorise les langues régionales. Ça vous collerait presque à la peau ?

Bien sûr, c’est mon obsession depuis l’enfance pratiquement. On parle beaucoup d’obsession celtique mais à la seconde où je me suis passionné pour la culture celtique à l’âge de 9-10 ans, je me suis également intéressé à toutes les minorités culturelles et linguistiques. Tout ce qui se passe en Occitanie me touche donc de près.

L’identité celte justement, c’est ce qui vous caractérise ?

Il y a un exemple présent avec la sortie de mon dernier album en octobre, Human~Kelt (Humain celte). Ça résume tout. Mettre humain en premier est une évidence pour moi car cela va contre les nationalismes qui peuvent nous enfermer. Car avant toute autre identité, on est un être humain. Et c’est malheureusement nécessaire de le rappeler à chaque instant. Ensuite, on a un être humain qui est fait de plein de choses, y compris des formes de pensée, linguistiques etc. C’est ce qui fait la diversité de l’humanité. On a des choses à s’échanger grâce à l’existence de l’Occitan ou du Breton par exemple. Donc l’un ne va pas sans l’autre. Pourquoi dans l’universalisme, dans l’humanité, il faudrait choisir certains et en éradiquer d’autres.

À des degrés divers, il y a le rejet de l’autre.

Si je vous parle du tildé, de Fañch ou de la Catalogne, qu’est-ce que ça vous évoque ?

Le tildé, c’est un mélange d’agacement et de rigolade. Mais un rire jaune tout de même. On a un Monsieur Nuñez (Laurent Nuñez, secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Intérieur) qui arbore son tildé au gouvernement français et au même instant on a des tribunaux qui condamnent des parents parce qu’ils mettent un tildé. Qui est pourtant la règle utilisée pour l’orthographe que les Bretons ont décidée. Évidemment, on ne va pas demander à Paris ou ailleurs l’autorisation pour savoir comment orthographier le breton. Ce sont des situations ubuesques mais quand même très caractéristiques. Ça a l’air de petites choses mais en réalité c’est très grave. On voit bien qu’à des degrés divers, il y a le rejet de l’autre, le suprématisme. À savoir qu’on est de telle culture, qu’on est supérieur aux autres… ça rejoint le racisme. Cette notion-là est beaucoup plus grave qu’on pourrait le croire au premier abord.

Concernant la Catalogne c’est pareil. Depuis l’âge de 10 ans je me suis senti très européen. Et l’Europe n’a pas un peuple qui domine vraiment les autres. Ni la France et l’Allemagne ne réussissent à dominer et heureusement. On est donc dans une configuration de différents peuples qui se rassemblent. Ça signifie aussi l’unité dans la diversité. La Catalogne a sa place en Europe. Elle ne doit pas être rejetée. Si elle doit seulement exister sous la nomination « espagnole », ce n’est pas l’Europe.

Est-ce que vous retrouvez des similitudes entre la Bretagne et l’Occitanie ?

On dépend de la bonne volonté d’un roi soleil qui se trouve être une majorité mais qui reproduit depuis des générations une attitude mi figue mi raisin. Il n’y a pas une haine absolue des Bretons en France mais pourtant à l’arrivée il y a comme un désir de détruire tout ce qui n’est pas purement français. Et c’est là qu’on retrouve quelque chose en commun entre l’Occitanie et la Bretagne et toutes les minorités nationales. Mais ensuite, on pourrait trouver tout un tas de similitudes.

Au Moyen Âge, il y a eu une période où l’occitan et le breton étaient les deux grands pôles culturels. Une importance énorme sur toute l’Europe. On peut trouver aussi certains mots qui vont se rapprocher de l’occitan. Parce qu’on le parlait autrefois à la frontière sud de la Bretagne. On faisait frontière commune avec l’Occitanie culturelle à l’époque. On peut donc sentir quelques influences jusqu’en Bretagne.

Avez-vous prévu quelque chose de particulier, ce jeudi, lors de votre passage sur scène ?

Je vais avoir le plaisir d’accueillir, spécialement pour Rodez, Claude Sicre et Elisa, chanteuse occitane, pour chanter en Occitan la chanson que j’avais co-écrite, en 1981, Idèas. Et que j’ai repris dans mon dernier album.

"Tri Martolod", un événement inattendu

Vous en êtes à 25 albums depuis le début de votre carrière. En avez-vous encore en projet ?

Maintenant, je m’occupe des choses qui me paraissent incontournables pour moi. J’ai absolument voulu revisiter ma Symphonie Celtique d’il y a 40 ans. Même si elle était celtique, elle était aussi à ambition universelle. C’est-à-dire rassembler symboliquement presque toutes les cultures, notamment minoritaires. Je voulais la reprendre en allant plus loin pour que le projet soit abouti. Ce n’était pas mal mais ce n’était pas à la hauteur de ce que j’espérais. Je voulais plus de temps pour y travailler. Donc j’ai ce projet-là. Mais aussi l’écriture de quelques bouquins.

Durant votre longue carrière, avez-vous un souvenir qui ressort plus que les autres ?

Oui, il y en a un particulièrement marquant. C’est lorsque j’ai enregistré et chanté Tri Martolod à l’Olympia, en 1972. Ça a été un événement inattendu aussi bien pour moi que pour les autres puisque ça a été un concert diffusé en direct sur Europe 1. Une époque où il y avait très peu de choix sur la radio. Le public a accueilli cette chanson d’une manière inespérée et tout ce que j’ai fait par la suite en découle.  

Quelle est votre actualité estivale ?

Je vais à Saugues au festival Celte en Gevaudan, mais aussi en Belgique au festival Dranouter, au Motocultor à Saint-Nolff, en Normandie ou encore en Suisse.

Jeudi 18 juillet, Alan Stivell se produira sur scène à 20 h 30, suivi de Digresk à 22 h et du groupe Les Naufragés à 23 h 30, pour une première soirée dédiée à la Bretagne.

La programmation complète à télécharger ci-dessous.




null



Recevoir notre Newsletter
S'abonner
News letter

Recevez l'info quotidiennement et gratuitement !

Se connecter



Pas encore de compte ? Cliquez-ici !