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Sabrina Tounsi, 30 ans, est déjà passée par le Cada Adoma, à Perpignan, puis par celui de Fuilla, dans les Pyrénées-Orientales. - © Le Progrès

Par Camille André
Le 15 juillet 2019

Le 1er juillet 2018, le Cada lançait ses activités à Saint-Affrique. Après une année de travail en équipe à aider, écouter, accompagner l’insertion et simplifier des procédures administratives sans fin, la responsable de l’établissement, Sabrina Tounsi, fait le point.

Le Centre d’accueil de demandeurs d’asile (Cada) de Saint-Affrique a soufflé sa première bougie, lundi 1er juillet. Cette structure d’insertion, d’une capacité de 60 places pour quatre encadrants, s’attache à accompagner ses résidents dans toute une série de démarches légales et sociales jusqu’à recevoir, ou non, le titre de réfugié. Rencontre avec la responsable Sabrina Tounsi pour le premier bilan d’une structure où l’humain trône. 

Comment s’est passé le lancement du Cada, il y a un an ?

On a vraiment commencé le 1er juillet. Déjà, on devait réussir à ouvrir dans les temps, à tout finir avant de recevoir les personnes, mi-août. On a équipé les dix logements qu’on avait au départ, avec beaucoup de personnes volontaires pour nous aider. C’est allé crescendo, on est passé de 10 à 60 places pour répondre à la demande de la préfecture. Pour ça, il fallait trouver des lieux adaptés, notamment les grands appartements sociaux sur lesquels il y a peu de demande. Maintenant nous avons 17 logements, dont deux sociaux.

Lorsqu’ils arrivent ici, qu’est-ce qu’il se passe pour ces demandeurs d’asile ?

Il faut ouvrir les droits sociaux, faire les changements d’adresse, on les accompagne à la préfecture, etc. Notre conseiller juridique les prépare à leur entretien avec l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra), quand ils devront convaincre de la véracité de leur « récit de vie ». On les entraîne à être cohérents sur leur version. Difficile, quand on parle d’événements traumatiques… On les prépare à la possibilité du rejet : c’est ce qu’ils entendent le plus. Et aussi à l’hypothèse du oui, car c’est bien d’avoir des papiers, mais la peur de la suite et de l’administration est très présente : ils ont trois mois pour rentrer dans le droit commun, faire leur état civil, se faire attribuer un logement, comprendre les démarches malgré la barrière de la langue encore présente…

Cette demande d’asile est la même pour tous ?

Elle a été grandement modifiée au 1er janvier. Depuis le nouveau texte promulgué en septembre 2018, on fait la différence entre personnes venant de pays d’origine « sûrs », c’est-à-dire pas en guerre, et « non-sûrs ». Avant, la procédure pour tous, c’était d’aller à l’Ofpra, et dans un second temps, en recours devant la Cour nationale du droit d’asile (CNDA) pour défendre son dossier. Ça, c’est terminé pour toutes les personnes qui viennent de pays sûrs. Elles ont 99,9% de chance d’avoir un rejet. Or elles quittent aussi leur pays pour des raisons valables, ce sont souvent des conflits familiaux ou des vendetta.

Que font les résidents pendant le laps de temps passé au Cada, à quoi ont-ils vraiment droit ?

Ils n’ont pas le droit de travailler, donc ils font du bénévolat pour s’occuper, du sport, des cours de français. Beaucoup doivent se remettre sur pied d’un point de vue santé. Pour ce à quoi ils ont droit, c’est très simple. 6,80 € par jour et par personne, soit 204 € par mois. Avec un supplément de 4,20 € par jour pour ceux à qui aucun hébergement n’a été proposé. A savoir qu’un aller-retour Saint-Affrique-Millau, c’est déjà 6 €. On est donc très limités.

Quel bilan dressez-vous pour ce premier anniversaire ?

Le problème des transports ici est très gênant, c’est un vrai problème de territoire. Mais dans l’ensemble, je suis contente, de beaux projets ont vu le jour. Le Noël du Cada avec Poly Sons, les interactions avec Agir, les Restos du cœur, La Croix-Rouge, le jardin partagé à Biocoop, les actions de sensibilisation en milieu scolaire…. On a un résident qui chante, Studio 12 est en train de l’enregistrer. C’est un petit territoire où il y a beaucoup de possibilités de créer, et ça, ça rend les choses intéressantes. Après, j’aimerais beaucoup voir une association comme Saveurs d’Exil, à Toulouse, se créer. C’est un système de traiteur solidaire avec les demandeurs d’asile en cuisine. On a aussi demandé des subventions pour poursuivre avec la dessinatrice Aurélie Calmet une exposition qu’elle a monté avec le Cada de Cahors sur les droits des demandeurs d’asile.

Un projet de centre d’accueil pour mineurs isolés est dans les tiroirs, racontez-nous.

On souhaite se positionner, au titre de la fédération Habitat et humanisme, sur un appel à projet du département, dans le cadre de sa politique enfance famille. L’idée serait de créer à Saint-Affrique un accueil pour les mineurs non-accompagnés. Il y en a beaucoup en Aveyron. On en comptait 660 en septembre 2018, (271 l’année précédente, NDLR), et plus de 800 en 2019. On est fortement intéressés pour monter un projet comme celui-là.



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