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Le site de conditionnement de l'entreprise Papillon est basé à Lauras. - ©ADN12

Par Camille André
Le 05 juin 2019

Si son rachat par l’ex-Bongrain se confirme, Papillon serait le troisième des sept industriels de la Confédération de Roquefort à rejoindre un géant de l’agroalimentaire, après Société des caves chez Lactalis et La Pastourelle chez Sodiaal Union.

Et un de plus. Mardi 28 mai, le directeur commercial de Papillon, Walter Muller, a soumis « individuellement aux employés ainsi qu’au comité d’entreprise, le projet de rachat en cours, à l’occasion d’un comité d’entreprise extraordinaire ». Une information confirmée à nos confrères de Midi Libre, mercredi 5 juin, par le groupe Savencia lui-même. Si la vente à l’ex-Bongrain se conclue, Papillon deviendra le troisième des sept industriels fédérés par la Confédération de Roquefort à appartenir à un grand groupe de l’agroalimentaire, après Société des Caves chez Lactalis et La Pastourelle chez Sodiaal Union. Et ce en plein contexte de crise, la filière étant secouée par l’affaire du Bleu de brebis commercialisé par Société. 

L’acquéreur potentiel, Savencia Fromages & Dairy (Bongrain jusqu’en 2015), est le deuxième groupe fromager français derrière Lactalis, et cinquième mondial. Il est le leader des spécialités fromagères à pâte molle, commercialisant notamment le Saint-Agur, bouc-émissaire de la filière de Roquefort qui l’a étiqueté comme concurrent direct et déloyal du « roi des fromages », version lait de vache. Walter Muller reprend : 

Maintenant on attend la décision finale. C’est toujours en discussion. Il n’y aura rien de confirmé avant le courant de l’été, dans le respect des délais sociaux réglementaires imposés par la loi Hamon.

« On n’a aucune idée du projet envisagé » 

Une fois informés les 90 employés que comptent les trois sites de Papillon, côté administration et conditionnement à Lauras, caves d’affinage à Roquefort et laiterie à Villefranche-de-Panat, les questions commencent à émerger, notamment du côté des éleveurs. « Notre position c’est d’attendre de voir, pour l’instant ça se passe bien avec les interlocuteurs que nous avons alors on espère que ça restera sur la même ligne, réagit Nino Fillos, producteur de lait pour papillon à Saint-Izaire et membre du conseil d’administration du Groupement d’intérêt économique (GIE) Les Fleurines de Roquefort. On n’a aucune idée du projet envisagé. »

Aucune information officielle ne leur a, à ce jour, été communiquée. « On sait qu’il y a un projet de cession, recontextualise Olivier Garrigues, président du GIE. Les producteurs n’ont aucune information écrite qui confirme ces dires, car à ce stade, Papillon n’est pas tenu de les informer. » Arborant une position « prudente », il « attend la signature des documents » avant de publiquement poser un regard sur la situation. Et de rappeler que pour l’heure, les éleveurs sont tous « concentrés sur la fête de Roquefort et très pris par le travail sur leurs exploitations ». Le GIE Les Fleurines de Roquefort, reconnu Organisation de producteurs (OP) « représente la quasi-totalité de ceux qui fournissent le lait à Papillon (124, NDLR). Nous l’avons constituée dans le but de massifier l’offre pour négocier le prix du lait de façon équitable respectueuse et sereine, ce qui se passe très bien jusqu’à présent », conclut Olivier Garrigues. 

« On sait ce qu’on a, pas ce qu’on aura » 

C’est Paul Alric qui, en 1906, avait créé l’entreprise Papillon, restée dans la famille jusqu’en 1998 et son rachat par Francis Farines. Un homme d’affaires qui détenait une quarantaine d’hôtels de luxe, un cabinet d’expertise comptable et une importante production d’huile d’olive. Depuis son décès en 2016, Papillon est resté dans la famille. C’est Marie Farines, sa fille, qui gère la société aux 35 M€ de chiffre d’affaires, représentant toujours environ 11 % de la production totale de Roquefort. 

Si au moment du rachat de 98, de nombreuses inquiétudes avaient émergé, il semble que depuis, une relation de confiance s’est instaurée entre l’industriel et les éleveurs lui livrant le lait. Cette fois, l’entreprise part non pas aux mains d’un financier, mais dans celles d’un groupe spécialisé dans le lait et le fromage. « On espère qu’ils laisseront en place les interlocuteurs actuels et notamment Sébastien Leclercq, le directeur de la laiterie Papillon, avec qui les rapports sont bons, souligne Nino Fillos. On sait ce qu’on a, pas ce qu’on aura. »

Papillon est le second producteur de Roquefort sur les sept fédérés par la Confédération de Roquefort.Papillon est le second producteur de Roquefort sur les sept fédérés par la Confédération de Roquefort.



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