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« Un teatre sens nom » sur la scène de l’espace Saint-Exupéry à la Primaube. - ©ADN12

Par Aveyron Digital News
Le 20 mai 2019

Samedi 18 mai à 17h30, à l’espace Saint-Exupéry de La Primaube, la troupe du « Teatre sens nom » a fait salle comble dans le cadre de la « Prima Occitana », organisée jusqu’au 23 mai par l’Institut d’études occitanes de l’Aveyron et Aveyron Culture. L’occasion pour ces comédiens de faire vivre et entendre la langue occitane.

La passion d'enseigner, la passion de l’occitan… Ces deux passions ne quittent pas Christian Andrieu. Occitanophone depuis son enfance, il suit son premier cours d’occitan en Terminale et découvre avec étonnement que ce patois dont tout le monde avait honte était en fait une langue avec un nom, l’occitan.

Rendre vie à cette langue et la transmettre, deux motivations qui le poussent encore. Il devient professeur d’occitan et d’histoire-géographie à 42 ans au collège Albert Camus de Baraqueville. Et pendant 16 ans, il va transmettre la langue à des générations de collégiens de la section bilingue occitan.

Durant cette période, il cumule ses cours avec des ateliers de théâtre en occitan avec ses élèves et l’organisation d’un échange occitan-catalan annuel pour ses classes de troisième. Quand il prend sa retraite en 2016, après un tel investissement, comment abandonner la langue, le théâtre et le contact avec ses élèves ?

La Tustassada.La Tustassada.

Pas d’« Adieu, Monsieur le Professeur »

Continuer l’occitan, le théâtre, ensemble au-delà du collège… Onze élèves ont répondu à l’appel. Presque tous issus de la section bilingue du collège, originaires de La Primaube et Baraqueville, ils sont aujourd’hui lycéens ou étudiants, ou même professeurs d’occitan.

Et pour tous le même plaisir de rejouer l’une des pièces phares de leurs années de collège : « La Tustassada » ou le « Cid occitan » de Marcèu Esquieu. La troupe se réunit ainsi depuis trois ans dans les locaux de l’école Jean Boudou de la Primaube, chaque semaine. Elle jouait donc samedi soir « à domicile. »

Un teatre sens nom

« À une troupe de théâtre, il faut un nom… », constate Christian Andrieu. « Mais cette troupe de théâtre, qui aurait pu ne pas exister, qui vient de nulle part, improbable, de par sa langue et ses membres, quel nom lui trouver ? » s’interroge-t-il encore. Après plusieurs propositions insatisfaisantes, il s’inspire avec ses élèves d’une troupe existante, le Théâtre Garonne Stan. Stan, comme Stop thinking about the name (Arrête de penser au nom). Et « Un teatre sens nom » est né.

En plus, ce nom a l’avantage d’être compréhensible pour les locuteurs français. Car « Un teatre sens nom » s’adresse aussi à ceux-ci et l’ensemble des pièces est sous-titré sur l’écran en français, derrière les comédiens.

De l’atelier théâtre à la scène

L’atelier théâtre est ouvert à tous ceux qui veulent faire du « théâtre en occitan ». Le travail porte d’abord sur des jeux théâtraux, des improvisations et vise à maîtriser la présence, le regard, la voix. La découverte des textes vient ensuite, et le choix des personnages se fait en commun. Chaque comédien doit alors s’approprier son personnage et ses réactions. « Et l’interprétation doit venir du comédien lui-même, de sa compréhension du personnage. C’est le personnage lui-même qui dit ce que l’acteur doit jouer », insiste Christian Andrieu.

« Lo mond tal coma es ? »

« Veses lo mond tal coma es o coma o creses ? » (tu vois le monde comme il est ou comme tu crois qu’il est ?). Une phrase qui fait écho dans les six pièces présentées par la troupe. En « capitol un », la pièce « La tustassada », la pièce commune de leurs années collège. « La pièce qui nous fait exister », selon le professeur.

Sur scène, les répliques cultes du Cid de Pierre Corneille. Et le spectateur s'amuse de les retrouver avec la saveur de l’occitan. Et le spectacle est aussi dans la salle. Le projecteur suit des spectateurs de la pièce : un enfant capricieux et sa mère, un couple qui a gagné les billets au quine, les amoureux du fond de la salle, les critiques de la presse et le Président qui assistent à la représentation. Beaucoup d’humour, des répliques à l’emporte-pièce et ces répliques du quotidien qui se mêlent au tragique de Corneille.

La Tustassada : le théâtre est dans la salle.La Tustassada : le théâtre est dans la salle.

Suivent ensuite cinq pièces d’auteurs contemporains : Roland Dubillard, acteur et auteur, pour « Le compte-gouttes », série de répliques absurdes autour de l’utilisation de l’objet ; Jean-Claude Grumberg nous entraîne dans le monde des rescapés de l’armée après la seconde guerre mondiale avec « Nagasaki ». Puis Abel Neves, auteur portugais, avec trois pièces : « La vocation », histoire d’un adolescent qui veut devenir « flic » au grand dam de ses parents ; « Narvik », où un couple se sépare toujours à cause de l’uniforme, et enfin « Le seau et les trois donzelles », où des jeunes filles se disputent autour de la nécessité ou pas de noyer sept chatons.

« Des textes courts, mais qui parlent aux jeunes, avec des choses connues, mais aussi à découvrir et à comprendre », explique Christian Andrieu.

Sur la route de Narvik.Sur la route de Narvik.

Dans les coulisses

La traduction de ces pièces a été assurée par Christian Andrieu : du gascon au languedocien pour « La tustassada », du français à l’occitan pour les autres pièces. Les montages vidéos en arrière-plan sont aussi son œuvre, avec leurs extraits de film, leurs génériques et leurs sous-titrages en français. Mais la technique est aussi dans la salle. Ce sont les comédiens qui, à tour de rôle, assurent le défilement des images, le déplacement du projecteur dans la salle et la mise en place du matériel. Le matériel et l’appui logistique sont fournis par l’IEO de Rodez.

Un teatre sens nom, IEO Rodez. Tél : 05 65 68 18 75. Répétitions le vendredi à l'école Jean Boudou de La Primaube


UN TEATRE SENS NOM

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