photos/5535.jpg

L'affaire a été jugée, mardi 14 mai, au tribunal de Rodez. - ©ADN12

Par Aurélien Gares
Le 14 mai 2019

Au lendemain du drame qui a frappé la famille de Pascal Filoé et plus largement la ville de Rodez et l’Aveyron, un homme de 72 ans a profité de l’émoi de la famille pour harceler l’épouse de l’ancien directeur de la sécurité publique. Jusqu’à s’insérer dans le carré familial lors des obsèques nationales. Et il n’en est pas à son coup d’essai.

Le tribunal de Rodez devait juger, mardi 14 mai, un homme de 72 ans accusé de harcèlement auprès de plusieurs personnes dont la veuve de Pascal Filoé, assassiné le 27 septembre 2018 à Rodez. Le prévenu a déjà été condamné au mois de février 2019 à six mois de prison ferme et en juin 2018 pour des faits similaires.

« Un grand ami de Pascal Filoé »

En état de récidive légale, il a donc adressé plusieurs courriers avant de venir à l’improviste au domicile de sa victime. Cela, dès le lendemain du 27 septembre 2018, date à laquelle le directeur général adjoint des services à la mairie de Rodez, en charge de la sécurité, a été poignardé mortellement. Un premier courrier dans lequel il invite la veuve de Pascal Filoé et ses trois enfants à venir jouer de l’accordéon au bord du lac. Le lendemain, 29 septembre, il se présente tôt le matin au domicile de sa victime et confie être « un grand ami de Pascal Filoé ». Avant de lui indiquer qu’il peut « soulager sa douleur » à l’aide d’aimants. Sauf que du côté de la famille et des amis, personne ne le connait.

Une attitude intrusive très gênante pour les proches de Madame Filoé. Mais le septuagénaire ne s’arrête pas là. Le jeudi 4 octobre, lors de la journée d’hommage national rendu au directeur général adjoint de service de la Ville, le prévenu est allé jusqu’à s’incruster parmi les membres de la famille et à faire la bise à l’épouse de la victime. Mais également à serrer la main du Premier ministre en faisant tomber son téléphone portable. « Vous ne reculez devant rien », lui assène Hervé Olivier, président de la cour.

« Vous n’avez pas le moindre respect. C’est honteux. »

Les venues et les courriers continuent jusqu’à ce que la mère de famille lui demande « de ne plus s’approcher ». Dans sa déposition, à la suite de sa plainte déposée le 16 novembre, elle explique que le prévenu ne la lâchait pas : « Je n’arrive pas à m’en dépêtrer. » Elle remet les lettres, dont une de vingt pages, aux gendarmes et précise « avoir peur de cette personne. Il se nourrit de notre malheur et essaie de profiter de notre faiblesse ».

À la barre, le septuagénaire, inconnu des services de justice jusqu’à ses premières affaires de harcèlement en 2016, a une attitude pour le moins étonnante. Il dénonce « un tissu de mensonges » qui provoque la colère du président : « Vous n’avez pas le moindre respect. C’est honteux. »

Un mégalomane

Il rejette la faute sur ses victimes et vante ses qualités et son sens du partage. Lui, qui a été témoin de Jéhovah et qui semble avoir, comme en fait état le substitut du procureur de la République Frédéric Coulomb, « une aisance dans pas mal de domaines ». Avant de qualifier sa psychologie de « mégalomane » et de le décrire comme « un pervers narcissique ». Le septuagénaire répond être un « homme d’honneur » et se défend d’avoir voulu « partir d’une bonne intention. J’ai cru bon de lui présenter mes condoléances. » Le président rétorque : « Vous n’arrivez pas à vous stopper. C’est extrêmement inquiétant. »

Me Gaudy, représentant la veuve de Pascal Filoé, s’est ensuite lancé dans une plaidoirie poignante. Saluant, en premier lieu, la présence « courageuse » de cette dernière, il s’est ensuite penché sur la première lettre qu’elle a reçue et dans laquelle le prévenu écrit : « Je suis consterné par la folie de certains individus dans la société aujourd’hui. » L’avocat s’est tourné vers l’auteur de cette phrase et la lui a adressé à son tour. Pour lui, ce qu’a vécu sa cliente sur le plan moral « ne peut pas être qualifié. Ce qu’a fait cet homme est inadmissible. » Et de rappeler les faits antérieurs qui auraient dû lui servir de leçon : « Je ne suis pas certain qu’il soit capable de comprendre. » La partie civile demande au titre « non pas des, mais un dommage et intérêt, d'un euro symbolique. « Car il faut qu’il y ait du sens, un symbole, que Françoise* ne soit pas courageuse pour rien. »

Deux ans de prison ferme

Des faits qui feront dire à Frédéric Coulomb que cette personne est « importune », telle une « sangsue qui profite de sentir la faiblesse de quelqu’un, physique ou morale, pour venir l’agripper, l’accaparer et avoir un sentiment de domination ». Si le prévenu est déjà incarcéré dans le cadre d’une autre affaire similaire, le substitut du procureur de la République a requis une peine de deux ans d’emprisonnement, dont un an assorti d’une mise à l’épreuve durant trois ans, et d’un mandat de dépôt. Ainsi qu’une interdiction de séjour en Aveyron.

La défense plaide en expliquant « qu’il pensait agir avec humanité et qu’il ne se rend pas compte que les gens ne veulent pas de son aide ».

Le tribunal suivra, en partie, les réquisitions du procureur et prononce, à l’encontre du septuagénaire, une peine de deux ans de prison dont un an assorti d’une mise à l’épreuve durant trois ans et d’un mandat de dépôt avec l’interdiction d’entrée en contact avec les victimes. S’agissant de la constitution de partie civile, le tribunal a reçu la demande et alloue l’euro symbolique.

* Le prénom a été modifié.



Recevoir notre Newsletter
S'abonner
News letter

Recevez l'info quotidiennement et gratuitement !

Se connecter



Pas encore de compte ? Cliquez-ici !