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L'affaire a été jugée au tribunal correctionnel, ce vendredi 10 mai. - ©ADN12

Par Aurélien Gares
Le 10 mai 2019

Alors qu’ils voulaient organiser une soirée à leur domicile, de jeunes mineurs aveyronnais ont fait appel à leur carnet d’adresses pour acheter 2 000 € de cannabis. Ils n’imaginaient pas, à ce moment-là, vivre le scénario qui les attendait. Ce vendredi 10 mai, trois jeunes originaires de l’Hérault étaient jugés devant le tribunal correctionnel de Rodez.

C’est un scénario digne d’un film d’action. Le 29 septembre 2018, deux jeunes Aveyronnais, mineurs et domiciliés à Laval-Roquecezière, ont dans l’idée d’organiser une soirée. Et ils voient les choses en grand. Pour ce faire, ils cherchent 2 000 € de cannabis. Mais où les trouver ? Quelques jours auparavant, ils ont fait appel à plusieurs de leurs contacts pour trouver un fournisseur. Et c’est dans l’Hérault qu’ils vont trouver leur « bonheur ». Un intermédiaire devait 500 € à un de ses amis de Lunel (Hérault). Dans l’impossibilité de lui rendre cette somme, il lui présente « cette opportunité » de récupérer une somme d’argent conséquente en escroquant les jeunes Aveyronnais. Ni une ni deux, le projet se met en place, sans la tête pensante, et le faux fournisseur construit « son équipe » avec laquelle il va se rendre en Aveyron.

« Un tour dans l'Aveyron pour voir des amis »

Il « loue », selon ses dires, 70 grammes de cannabis qu’il met dans le coffre de sa voiture avant de partir, à cinq, depuis Lunel en direction de Laval-Roquecezière. Trois seulement feront l’objet d’une poursuite pénale. Un est âgé de 19 ans, un autre de 20 ans et le dernier de 22 ans. Le plus jeune explique à la barre n’avoir été mis au courant du projet que lorsqu’il a été dans la voiture : « On m’a expliqué qu’on allait faire un tour dans l’Aveyron pour voir des amis. » Lors de ce trajet, le meneur, qui avait besoin d’argent, montre qu’il possède une arme qui s’avérera être factice, mais qui paraît réelle. Au cours du dossier, on comprendra qu’elle était destinée « à faire peur ».

Percuté par le véhicule

Lors de leur arrivée à Laval-Roquecezière, seulement deux individus sortent de la voiture. Le « cerveau » et le plus âgé. Les Aveyronnais sont également présents et les deux jeunes frères, qui veulent organiser leur soirée, présentent la somme de 2 000 € en cash. Les Héraultais récupèrent l’argent, emmènent un des deux frères au niveau du coffre avant de faire diversion. À ce moment-là, le jeune Aveyronnais se retourne et le meneur du projet sort son arme factice et la pointe en sa direction en assénant : « Ne bouge pas et tais-toi. » Ils montent dans la voiture et le troisième prévenu, au volant, cale alors qu’il devait démarrer à toute vitesse. Il redémarre, un des deux frères se positionne à l’avant du véhicule et manque de se faire écraser. Percuté par l’aile de la voiture, il s’en sort sans blessure. Le drame est évité.

« On s’est cru dans un film »

Choqués de ce qu’ils viennent de vivre, ils appellent la gendarmerie en expliquant s’être fait escroquer lors d’une vente d’un véhicule. L’enquête établira rapidement que le dossier tourne autour d’une histoire de stupéfiants avant d’interpeller, en décembre, les trois Héraultais et d’auditionner l’ensemble des protagonistes.

Le meneur du projet récupère la somme de 1 000 € alors que le plus âgé de la bande héraultaise prend une part de 500 €. L’argent restant ne sera pas retrouvé. À la barre, ce vendredi 10 mai, les trois individus s’excusent chacun leur tour. Si leur casier judiciaire est vierge, le prévenu décrit comme « le cerveau » a des procédures en cours. Ce dernier confie : « Je ne referai jamais cette même bêtise. Je sais que j’ai fait la plus grosse erreur de ma vie. » Alors que son compère explique : « On s’est cru dans un film. »

Me Cordeiro, représentant la partie civile, précise aux magistrats que ses clients (les mineurs) « ne sont pas des acteurs. Ce sont des vrais gens qui ont été braqués. C’est un dossier criminel dans lequel ils (les prévenus) ont créé une terreur. Ils ont trouvé une proie facile. » Et de demander 2 000 € au titre des dommages et intérêts pour celui qui a été visé par l’arme factice ainsi que 500 pour son frère, percuté par le véhicule.

18 mois de prison

Si les prévenus admettent aujourd’hui ne plus se fréquenter, le ministère public, à la lecture du dossier, établit qu’ils étaient « de grands amis auparavant. Ils se retrouvaient pour jouer à la Playstation et peut-être à GTA (jeu vidéo) qui a pu les inspirer. » Devants ces faits, elle a requis, pour chacun d’entre eux, 18 mois d’emprisonnement assorti de 12 mois de sursis. Ainsi qu’une amende de 2 000 € et la confiscation des scellés.

Pour les avocats de la défense, si cette affaire « transpire la stupidité, le manque de recul et de maturité », chacun « n’a peut-être pas la même participation », indique Luc Abratkiewicz, qui représente le conducteur. Et de solliciter une peine entièrement assortie d’un sursis.

Le tribunal, après en avoir délibéré, prononcera pour « le cerveau » une peine de 18 mois de prison assorti de 12 mois de sursis et d’une amende de 2 000 €. Les deux autres sont condamnés à 12 mois de prison avec sursis et à une amende de 1 000 €. Et 500 € de dommages et intérêts à verser en plus pour le conducteur du véhicule. Le tribunal ordonne également la confiscation des scellés.



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