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Le Conseil national des barreaux a affiché le portrait de Nasrin Sotoudeh sur la façade de son siège au 180 boulevard Haussmann, à Paris. - ©CNB

Par Aurélien Gares
Le 26 avril 2019

Nasrin Sotoudeh, 55 ans, est emprisonnée depuis juin 2018 à la prison d’Evin à Téhéran (Iran). Condamnée à toute une série de peines pour avoir exercé sa profession d’avocate et défendu en particulier les droits de l’Homme et des femmes, elle a été condamnée à 38 ans de prison ainsi que 148 coups de fouet. Le barreau de l’Aveyron a fait de Nasrin Sotoudeh un membre d’honneur.

C’est une première pour le barreau de l’Aveyron. Réunis en conseil de l’ordre, il y a tout juste une semaine, les avocats aveyronnais ont élu, à l’unanimité, Nasrin Sotoudeh comme membre d’honneur. Cette avocate iranienne, a récemment été condamnée à 38 ans de prison et 148 coups de fouet pour avoir, dans son pays, plaidé en faveur des droits de l’Homme et notamment la défense de femmes emprisonnées pour ne pas avoir porté le voile dans l’espace public. 

La profession d’avocat, dont le barreau de l’Aveyron, s’est donc mobilisée pour dénoncer cette condamnation et apporter son soutien à leur consoeur iranienne. Pour cela, une pétition a été lancée. Elle recueille aujourd’hui près de 330 000 signatures. Le Conseil national des barreaux (CNB) a également déployé, sur son siège à Paris, une grande banderole affichant le portrait de Nasrin Sotoudeh (photo).

Des peines injustes

Un soutien auquel a répondu l’avocate iranienne par l’intermédiaire de son époux, Reza Khandan et à travers une lettre adressée au CNB, le 10 avril. On peut y lire : « La bonne nouvelle de vos efforts marqués d’amour et de bienveillance me remplit de joie et de surprise. Ma surprise vient du fait que je ne fais que mon devoir et ma joie vient du fait d’être soutenue par des confrères dans le cadre de l’exercice de mon devoir, par des collègues aussi chers que vous […] Un certain nombre d’avocats et confrères en Iran, acceptant les dangers résultant de l’accomplissement de leurs devoirs, ont été envoyés en prison avec des peines qu’ils ont dû exécuter en grande partie. Ce sont des peines injustes. » 

Développement des droits des femmes

Avant de se pencher sur un sujet qui lui tient à coeur, « la défense des droits des jeunes femmes de l’avenue Enghelab qui contestaient le port obligatoire du voile et qui ont manifesté leur contestation par des moyens pacifiques et ouverts. Après mon arrestation, mon mari et un ami ont aussi été arrêtés pour avoir distribué des badges indiquant « Je conteste le voile obligatoire » et chacun d’eux a été condamné à six ans de prison. De mon côté, j’ai été condamnée à 148 coups de fouet et 38 ans et demi d’emprisonnement, dont douze ans pour la défense des jeunes femmes de l’avenue Enghelab […] La liberté de se vêtir pour les femmes fait partie des libertés fondamentales et le développement de la démocratie dans la société est conditionné au développement des droits des femmes. Tant que ce droit de se vêtir librement n’est pas assuré, les autres droits ne seront pas respectés […] L’histoire n’oubliera jamais que les femmes iraniennes, avec toutes les difficultés qu’elles affrontent, avaient comme soutien des personnes sages, courageuses et sincères telles que vous pour leur donner des forces. »

Pour Me Annabel Montels-Estève, bâtonnier du barreau de l’Aveyron, il y a « une atteinte aux droits de l’Homme et à la liberté d’expression. Deux professions sont attaquées par cette liberté d’expression dans les pays totalitaires, les avocats et les journalistes. » Et d’ajouter : «  On mesure le degré de démocratie d’un pays par rapport aux droits qui sont accordés pour se défendre. Dans un État totalitaire, vous serez privé d’avocat, d’accès au dossier et bénéficierez de conditions de détention déplorables pour que vous soyez fatigué physiquement. Des pressions s’exercent. » Pour Me Montels-Estève, il est important « de continuer à parler d’elle. Tant qu’on le fera, il ne lui arrivera rien. Elle est incarcérée mais il ne lui arrivera pas plus. »

Invitée par Emmanuel Macron

Pour rappel, le président de la République Emmanuel Macron avait invité, en février, Nasrin Sotoudeh à intégrer un conseil consultatif du G7 sur l’égalité des genres. En 2012, durant une détention, le Parlement européen lui avait décerné le prix Sakharov pour la liberté de l’esprit.



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