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Sarah Singla produit des semences sur la ferme familiale, dont les terres ne sont plus labourées depuis 40 ans. - ©ADN12

Par Audrey Barat
Le 18 avril 2019

Samedi 6 avril, près de 120 personnes ont assisté à la diffusion du film « Bienvenue les vers de terre », un documentaire qui fait la promotion de l’agriculture « de conservation et de régénération des sols ». Le principe est simple : abandon total du labour, couverture permanente du sol, semis directs et rotation des cultures, dans le but premier de limiter l’érosion en favorisant l’éco-système naturel des sols… et utilisation du glyphosate, un élément qui a nourri les débats.

Une Aveyronnaise, Sarah Singla, consultante en agronomie et productrice de semences à Canet-de-Salars, est l’une des ambassadrices de cette méthode qui gagne du terrain. Elle était présente à cette soirée organisée par l’entreprise Socopa, tout comme le réalisateur François Stuck.

« Le ver de terre, c’est le meilleur ingénieur des sols », résume fièrement l’un des agriculteurs présents dans le film. Le documentaire Bienvenue les vers de terre, présente le parcours de plusieurs agriculteurs ayant fait le choix d’abandonner le labour. A l’image de Sarah Singla, qui a repris la ferme familiale « qui n’a pas été labourée depuis quarante ans », tous insistent sur un changement d’état d’esprit : « Avant, je considérais la terre comme un support, aujourd’hui je le considère comme un organisme vivant », déclare l’un des protagonistes du film.

A travers plusieurs associations qui essaiment sur le territoire, dont Clé de Sol fondée par Sarah Singla, les promoteurs de ce nouveau mode d’agriculture, égrènent les bénéfices de l’agriculture de conservation : amélioration de la fertilité, régénération des sols, infiltration de l’eau qui évite le phénomène de ravinement, retour à de la polyculture-élevage, et réduction des énergies fossiles. « Ce changement de pratiques est un enjeu crucial pour l’avenir », déclare le chercheur de l’Inra, Jean-Pierre Sarthou, qui témoigne dans le film.

« L’intrant numéro 1, c’est la connaissance »

Si certains agriculteurs admettent qu’au départ, c’est la question économique qui les a incités à changer de modèle, à cause de l’augmentation du prix des intrants, les témoignages livrés dans le film insistent sur la dimension humaine. « On remplace le temps passé sur le tracteur à échanger, partager, se former », apprécie l’un d’eux. « L’intrant numéro un sur une exploitation, c’est la connaissance », insiste Sarah Singla, qui se passionne pour la transmission, et accompagne les personnes en transition, pour les aider à dépasser les barrières psychologiques, « peur du regard des voisins, peur de l’inconnu et de l’échec », explique la jeune agricultrice et consultante.

Le réalisateur François Stuck était présent lors de la projection du film « Bienvenue les vers de terre » samedi 6 avril à Saint-Affrique.Le réalisateur François Stuck était présent lors de la projection du film « Bienvenue les vers de terre » samedi 6 avril à Saint-Affrique.

Pour ceux qui ont réussi à « changer d’état d’esprit, à faire une rupture avec le passé, avec ce que l’on apprend à l’école », la satisfaction est de mise : « Avant, nous étions dans un système d’exploitation, aujourd’hui, on retrouve l’envie et la fierté de travailler différemment, pour le bien commun », résume un agriculteur converti.  

« L’enjeu de demain, c’est la désertification »

Le documentaire présente donc une évolution, « un changement de paradigme » par rapport aux pratiques agricoles de soixante dernières années, qui a favorisé la monoculture dans des parcelles de plus en plus grandes, et l’engouement pour un matériel agricole de plus en plus performant… mais destructeur du sol. « Si on nous met une rangée de tracteurs devant les yeux, on saura tous reconnaître les marques. Mais si on se met devant un couvert végétal, pas sûr que tout le monde puisse reconnaître les espèces présentes », s’amuse Sarah Singla.

L’agriculture de conservation cherche donc à « remettre la terre au cœur du système, qui offre la garantie de plantes en bonne santé, et donc d’animaux et d’être humains en bonne santé », rappelle Sarah Singla, en citant une phrase attribuée à Hippocrate, « Que ta nourriture soit ton remède et ton remède ta nourriture ».

Au cœur des inquiétudes de ces agriculteurs qui ont renoncé au labour et même au grattage superficiel de la terre, le phénomène de désertification qui s’intensifie.

Dans le Gers, ils sont classés en zone de désertification. Ils sont à 0,8 % de matière organique, vous prenez une bêche, vous tapez sur le sol, c’est comme si vous tapiez sur du métal.

« Interdire le glyphosate est une ânerie »

C’est alors que le glyphosate a fait son apparition à la fin du film. Il a donné lieu à de nombreuses questions. Pour Sarah Singla, la réponse est claire, et sans ambages : « Avec la technique de conservation des sols, on ne peut pas se passer des herbicides, puisqu’on ne désherbe pas mécaniquement, mais on en utilise moins ». Moins que quoi ? La réponse est difficile à déterminer « parce que quelqu’un qui laboure n’aura pas besoin de glyphosate, alors que l’agriculture de conservation oui. Cela dépend aussi du système de culture. Sur une exploitation où il y a beaucoup de prairie, et un champ de céréales, on en utilisera beaucoup moins que quelqu’un qui ne fait que de la grande culture. Donner des chiffres bruts, des moyennes, cela ne veut rien dire. »

Pour Sarah Singla, c’est donc l’impact du labour sur le sol qui est un désastre écologique, plus que l’usage ponctuel d’herbicides comme le glyphosate.

Dénonçant une « hystérie médiatique » autour d’un produit qu’elle estime sans danger « si l’on reste dans des doses raisonnables, et si toutes les procédures sont respectées ». Sarah Singla explique comment elle utilise l’herbicide décrié :

Nous ne pulvérisons jamais sur les plantes, mais juste avant d’implanter une culture s’il y a trop de mauvaises herbes. D’ailleurs, je n’applique pas tous les ans du glyphosate sur mon exploitation. Sur mes terres, j’utilise une dose de 1 L sur un hectare. Elle assure le consommateur qu’il ne retrouvera pas de traces de glyphosate dans son assiette avec des produits issus de l’agriculture de conservation, contrairement aux produits qui vont rentrer en France après les accords TAFTA et CETA.

Pour l’agronome et agricultrice, « tout est question d’équilibre, c’est comme avec le paracétamol, si vous en avalez une boîte entière, cela vous fera du mal. Un comprimé, votre corps est en capacité de le métaboliser. »

Sortir l’agriculture des clivages

Tout au long des échanges avec le public, Sarah Singla et François Stuck, le réalisateur du film, ont insisté sur leur désir de ne pas opposer les uns et les autres. « Ce qui m’intéressait dans ce film, c’est de montrer des processus de transition, des personnes qui font le choix de modifier leurs habitudes, qui se questionnent. Loin de moi l’idée de faire un film comparatif », a précisé le réalisateur.

Près de 120 personnes ont assisté à la diffusion du film « Bienvenue les vers de terre ».Près de 120 personnes ont assisté à la diffusion du film « Bienvenue les vers de terre ».

Même discours de la part de l’agricultrice aveyronnaise, qui a insisté à plusieurs reprises sur la nécessité de « sortir l’agriculture des clivages et de réconcilier les pratiques, parce que  tous ensemble on est plus forts que le meilleur d’entre nous », comme le dit un des agriculteurs du film. Après des échanges riches et constructifs tout le monde s’est retrouvé autour d’un pot de l’amitié, avec « un bon vin blanc non bio et des jus de fruits bio… », a plaisanté le PDG de la Socopa, Jérôme Rouve. C’est peut-être cette cohésion qui fera qu’un jour, peut-être, la recherche scientifique et les agriculteurs trouveront un moyen de réunir agriculture sans labour et agriculture biologique…



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