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Henri Cot, dit "le Géant du Cros", souffrait d’acromégalie, pathologie qui a fait de lui le plus grand géant français de l’époque… - ©Le Progrès

Par Audrey Barat
Le 18 mars 2019

Au début du 19e siècle, le hameau du Cros, sur la commune de Mounès-Prohencoux, est sorti de l’ombre, grâce à la naissance d’un nouvel habitant hors-norme. Henri Cot, né le 30 janvier 1883 a en effet atteint la modeste taille de 2,30 m. Cette particularité morphologique due à une maladie, l’acromégalie, fera de lui un « phénomène », et le conduira en tournée aux quatre coins de l’Europe. A Mounès, une exposition qui retrace sa vie ouvrira au public en juin, et le musée Fenaille lui consacre actuellement une partie de son exposition « Nains, Hercules et Géants ».

Plus d’un siècle après sa mort, la mémoire de Henri Cot, dit le « Géant du Cros » du nom du hameau où il a vu le jour, est encore bien présente dans les esprits des habitants de Mounès-Prohencoux. Il faut dire que l’histoire de ce jeune garçon, issu d’une famille modeste, est plus qu’insolite et à de nombreux égards, mystérieuse…
C’est ce qui a poussé le maire du village, Michel Leblond, à entreprendre des recherches sur son illustre concitoyen du passé, « pour vérifier, rectifier et enrichir les connaissances qui se sont diffusées autour de l’histoire d’Henri Cot », précise-t-il.

Henri Cot a voyagé dans toute l’Europe

Grâce à un fonds documentaire légué par un arrière-petit-neveu du géant, Guy Cot, une exposition ouvrira ses portes au public dès le mois de juin « aux heures d’ouverture de la mairie, ou sur réservation », explique le maire.
« Beaucoup de choses ont été dites, écrites, relayées par la presse ou par une forme de tradition orale », explique Michel Leblond, qui s’est glissé dans la peau d’un enquêteur du passé, pour mieux connaître la formidable histoire de Henri Cot.
De l’examen minutieux des cahiers de tournées organisées par l’impresario du Géant, des correspondances avec sa famille, des articles parus en France et à l’étranger, émergent des anecdotes truculentes, comme sa recherche, infructueuse, d’une épouse. Ou sa rencontre avec des « Peaux-rouges », qu’il relate dans un courrier adressé à un ami. Ou bien encore les 100 francs que le roi d’Angleterre Edouard VII lui a fait remettre dans un portefeuille en cuir, en échange d’une photo.

Beaucoup d’informations ont été déformées ou ne peuvent pas être vérifiées faute de documents. Un article du Cercle généalogique de l’Aveyron affirme notamment qu’il pesait huit kilos à la naissance, des articles ou des affiches de spectacles le faisaient culminer à 2,58 m. « La taille la plus vraisemblable compte-tenu des documents, est qu’il mesurait 2,12 m lors de son passage devant le Conseil de révision de Belmont en 1904, et qu’il a continué à grandir pour atteindre 2,30 m à sa mort, en 1912.


Henri Cot mène une vie quasi normale jusqu’à l’âge de la conscription, qui attire alors l’attention sur son gigantisme. « Avant cela, les gens du coin étaient habitués, et s’amusaient de le voir serrer les mains des personnes installées sur les balcons, ou utilisaient sa force et sa taille pour porter des charges lourdes par exemple », raconte Michel Leblond en montrant une photo du Géant lors d’une foire à Camarès. Mais une fois les officiers ayant mesuré Henri Cot, « réformé pour gigantisme, varices et mauvais pieds », « le plus grand conscrit de France » fait parler de lui dans les journaux du pays. C’est ainsi qu’un photographe parisien le repère, et se présente chez ses parents, pour leur proposer de produire leur fils sur les scènes de France, de Navarre, et plus si le succès est au rendez-vous. En échange de la somme de 5.000 francs, ces derniers acceptent de laisser partir leur « petit dernier »…

Les mystères planent sur la vie et la mort du Géant

Henri Cot vit désormais une vie d’artiste, qui le mènera à Toulouse, Marseille, Paris, en Angleterre, en Allemagne, aux Pays-Bas… La rumeur le fait traverser l’Atlantique, mais Michel Leblond infirme cette hypothèse, preuve documentaire à l’appui. « Des articles font mention de sa présence à Halifax, au Canada. Or, c’est à Halifax en Angleterre qu’il s’est rendu. » Il mourra à Lyon à l’âge de 29 ans, d’une embolie cardiaque selon la thèse officielle. « Mais il est possible qu’il ait été poignardé lors d’une de ses sorties nocturnes, raconte Michel Leblond. Pour en avoir le cœur net, il faudrait pouvoir autopsier le corps de Henri Cot ». Or, le mystère plane toujours sur la dépouille du Géant. Les funérailles ont bien eu lieu à Mounès, comme l’attestent de nombreux documents. Mais certains auraient eu des doutes sur le contenu du lourd cercueil rapatrié ici. 

Des personnes auraient entendu des bruits de pierre, qui auraient remplacé le corps du défunt.

Le corps aurait-il été vendu à la science, comme c’était souvent le cas avec les « phénomènes de foire » ? Le mystère reste entier… et promet encore de belles heures d’enquête pour Michel Leblond.
Pour en savoir plus sur les péripéties du Géant du Cros, le maire de Mounès est invité par le Musée Fenaille à Rodez le 20 mars, pour partager le fruit de ses recherches avec le public. Une partie de l'exposition temporaire du Musée Fenaille est consacrée à Henri Cot, jusqu’au 21 avril. Sinon, il faudra patienter jusqu’au mois de juin pour découvrir l’exposition riche de documents et d’objets ayant appartenu au Géant du Cros, comme ses gigantesques paires de chaussure, son buste en plâtre, ou une photo grandeur nature, qui donnent une idée de l’envergure de ce personnage haut-en-couleurs…

 



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