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Séverine Pioffet, productrice de plantes aromatiques et médicinales, partage ses recettes de cuisine dans "Ma table paysanne". - ©Le Progrès

Par Audrey Barat
Le 14 mars 2019

Séverine Pioffet est productrice de plantes aromatiques et médicinales (Pam) depuis quinze ans. Passionnée par la nature et la cuisine, elle vient de publier un livre de recettes à base de plantes aromatiques, qu’elle est venue dédicacer à l’ Epicerie del pais à Saint-Affrique, samedi 2 mars.

Rien ne laissait présager que Sylvie Pioffet et son compagnon Charles, originaires de la région Centre, construiraient leur vie en Aveyron. Et pourtant, depuis quinze ans, ils sont installés à St-Laurent-de-Lévezou, où ils ont trouvé un terrain idéal pour leur projet de production de plantes aromatiques et médicinales (Pam).

L’Aveyron, c’est un département rêvé pour la production de plantes aromatiques. C’est encore sauvage, avec une emprise humaine assez faible. Il y a une variété de climats et de terres, qui offre une diversité incroyable. Les rivières et les sols ne sont pas pollués. On peut cultiver et récolter une grande palette de plantes.

Ils utilisent ainsi près de 500 espèces pour concocter leurs tisanes, vinaigres, huiles, ainsi que des produits cosmétiques (savons, baumes, hydrolats).

De la ville à la campagne

A vingt ans à peine, Charles et Séverine Pioffet savaient qu’ils voulaient créer leur entreprise, sans trop savoir exactement dans quel domaine. « Nous avons tâtonné, d’abord l’artisanat et la taille de pierre, qui est notre formation initiale ». Mais l’amour des plantes a commencé à semer les graines de leur vie future. « Notre balcon était rempli de plantes, de légumes, de fleurs. C’était l’exubérance ! », se souvient avec amusement Séverine. Tous deux ont grandi loin de l’agriculture et du grand air, elle « dans une cité », lui dans une petite ville. « Quand on allait au marché, tous les fermiers qui vendaient leurs produits, ça nous faisait rêver… », confie-t-elle.Séverine passe alors un bac horticole par correspondance, et se forme en herboristerie… et Charles en apprend autant en lui faisant réviser ses cours ! De fil en aiguille, la culture de plantes aromatiques médicinales est devenue une évidence.

On savait qu’il fallait qu’on change de région, parce que le Centre, à l’époque, était trop humide, pas assez chaud. Et le monde du bio était quasiment inexistant là-bas. On visait donc le grand Sud. 

Dans leur quête, ils se retrouvent hébergés quelques mois chez des amis près de Bournac à Saint-Affrique. C’est pendant ce séjour aveyronnais qu’ils trouvent un terrain à vendre du côté de Saint-Laurent-de-Lévezou.

 On ne pensait pas que ça irait si vite. On avait prévu trois ans pour monter notre entreprise avant de nous installer, mais on a eu un coup de foudre pour le terrain. 

Le couple démarre donc son aventure en 2004, d’abord installé dans une caravane posée sur le terrain. Puis ils ont construit une yourte, plus confortable, tout en créant leur jardin. « Les deux premières années, on a lancé une gamme de Pam pour faire tester aux amis, comme une étude de marché. » Une expérience concluante, puisqu’à l’été 2007, la gamme « Naturellement Simples » voit officiellement le jour.

(Presque) pas de Pac pour les producteurs de Pam…

« On est parti de rien, on a acheté un terrain qui était nu… On commence à voir le bout des travaux, à se poser un peu ». Quinze ans d’effort, mais toujours pas de salaire pour le couple, malgré des ventes satisfaisantes. Une situation que connaissent la plupart des producteurs de Pam qui ne peuvent pas compter sur la Pac pour les soutenir. Tout comme les maraîchers, ils exploitent des petites surfaces qui ne donnent droit qu’à une poignée d’euros… Le temps passé à remplir le dossier ne couvrant même pas la somme allouée. Le couple ne peut donc compter que sur le produit de leurs ventes. « En vente directe, nous vendons nos tisanes 4,20 €, ce qui pour certaines personnes est déjà cher. Mais pour tirer un revenu, il faudrait qu’on les vende au moins 8 €. Et à la campagne, ce n’est pas possible », explique Séverine.

Après une phase difficile en 2013-2014, où l’entreprise a frôlé la faillite juridique, le couple, soutenu par ses amis, a changé de stratégie. Ils se sont orientés vers la vente en ligne, et ont développé la vente dans les boutiques bio ou spécialisées, et des stages pour les particuliers, ou les personnes en reconversion professionnelle. Ils ont dû renoncer, à contrecœur, à faire les marchés. « Le contact direct avec les clients nous manque, mais il a fallu faire des choix pour pouvoir continuer cette activité qui, même si elle est difficile, nous passionne. »

« On a d’autres richesses que le pouvoir d’achat »

Malgré les difficultés matérielles, Séverine Pioffet garde le sourire. Ce qui la motive avant tout, c’est la passion du végétal.

La nature, c’est un petit miracle. On met une graine dans la terre, et ça crée une plante qui nous offre ses parfums, ses vertus, sa beauté. La nature est hyper généreuse, elle donne énormément. Dans notre jardin, c’est le ballet des insectes, et du coup il y a des oiseaux, de la vie. Donc la richesse n’est pas dans les euros. On a vécu des moments difficiles, mais on a tenu bon, parce qu’on sait qu’on a une quantité de vie que les autres n’ont pas forcément. Combien de gens vont au travail la boule au ventre ? 

Des plantes, des tisanes, des baumes… et un livre

La créativité de Séverine n’a pas de limites. Inspirée par la magie de son jardin, et la force de ses plantes, la voilà désormais écrivain, presque malgré elle. Ce sont ces clientes qui l’ont poussée vers cette nouvelle aventure. « Pendant les stages, nous faisons une table paysanne, où nous cuisinons nous-mêmes, avec des produits du jardin, et beaucoup de plantes aromatiques. » Dès le début, les stagiaires encouragent Séverine à écrire un livre de recettes.

Moi, écrire un livre ? Je n’imaginais même pas c’était possible !

Puis les années défilent, et les clientes reviennent à l’assaut… « J’ai alors commencé à mettre mes recettes sur un carnet, pour ne pas les oublier, parce que je cuisine de façon instinctive. Puis je me suis dit que je pouvais peut-être donner un petit fascicule… Et pourquoi pas publier mes recettes sur un blog, Facebook… ». Son mari lui suggère également de raconter l’histoire du jardin, avec toutes les photos qu’elle a prises depuis le début de leur aventure. De fil en aiguille, Séverine Pioffet décide de franchir le cap. Une campagne de souscription est lancée, « ce qui nous a permis de faire appel à des graphistes, et d’éditer un beau livre ». Intitulé Ma table paysanne, il est sorti en novembre et joliment préfacé par Alain Desjardins. Et comme rien n’arrête Séverine, « qui n’aura jamais d’une seule vie pour faire tout ce qu’elle aimerait faire », d’autres tomes sont en cours d’écriture… Avis aux gourmands, aux amoureux de nature, et aux esprits qui se sentent inspirés par le parcours rafraîchissant de Séverine Pioffet.

« Ma table paysanne, cuisine aux plantes aromatiques », par Séverine Pioffet. Ouvrage en auto-édition. Renseignements sur le site de Naturellement simples

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