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Hélène Fournier et Chanelle Deboes lancent leur activité maraîchage sur le site de la "couveuse", ou espace test. - ©Le Progrès

Par Audrey Barat
Le 10 mars 2019

Mardi 26 février, la communauté de communes du Saint-Affricain, Roquefort, Sept Vallons organisait une rencontre avec ses partenaires, sur le site de la couveuse maraîchère de La Combe, à St-Affrique. Au bout de deux années d’activité, le premier maraîcher « couvé » vole de ses propres ailes, et deux duos ont déjà bien avancé dans leur projet.

Bien connues dans le milieu artisanal ou commercial, les couveuses d’activité ont pour objectif de tester la faisabilité des projets. La couveuse de La Combe, encore appelée espace test, fait partie des rares couveuses du secteur agricole. Elle permet aux aspirants maraîchers de développer leur activité de façon sécurisée et progressive. Pour une mise de départ de 6.000€, et l’apport de semences et de petit matériel, les candidats élus sèment et récoltent sur des terres mises à disposition par le lycée agricole de La Cazotte. Ils bénéficient d’un accompagnement technique et juridique pendant trois ans maximum, jusqu’à leur l’installation en tant qu’exploitant agricole.

Né de la volonté de redynamiser les circuits-courts, l’agriculture biologique, et de renouer avec la tradition maraîchère du territoire, ce projet a germé dans l’esprit des élus et acteurs locaux il y a plus de dix ans. A l’époque, ce type de dispositif n’existait pas en France, et le projet saint-affricain fait partie des précurseurs au niveau national. Une délégation de Brive (Chambre d’agriculture, lycée agricole, Agglomération) avait d’ailleurs fait le déplacement pour assister à cette journée d’échanges et profiter de l’expérience sud-aveyronnaise pour lancer leur propre couveuse.

Une démarche longue, mais qui porte… ses fruits

Il aura donc fallu de la patience et de la persévérance pour que la démarche porte ses fruits (et ses légumes). Aujourd’hui, Le premier maraîcher de la couveuse, Thibaut Fournier, est désormais installé du côté de Montlaur, et quatre personnes sont à mi-parcours de leur course vers l’installation. La satisfaction est donc de mise pour tous ceux qui croyaient à ce projet un peu fou, parmi lesquels Alain Fauconnier, « qui a tout fait pour que cela aboutisse », a salué Michel Bernat, qui représentait le maire et président de la communauté de communes. Fanny Romiguier, agent administratif à la communauté de communes, rappelle les étapes qu'il aura fallu franchir avant de voir la couveuse sortir de terre.

Ce fut un long parcours pour convaincre les partenaires du bien-fondé de cette initiative, totalement insolite. Il a ensuite fallu tâtonner pour trouver la formule juridique adaptée, et le terrain approprié.

 « Sans compter l’épisode des inondations qui a perturbé notre calendrier, puisque le premier terrain choisi à St-Rome-de-Cernon est passé sous les eaux », rappelle Michel Vergely, conseiller communautaire saint-affricain, en charge de ce dossier depuis le début de l’aventure. C’est finalement un partenariat solide avec le lycée agricole et la Région qui a permis à la couveuse de prendre racine, comme l'ont rappelé les élus Michel Bernat et Michel Vergely.  

Une des forces de ce projet, c’est la collaboration étroite avec le lycée La Cazotte, qui met à disposition les terres. Le lycée a créé une formation maraîchage, et se sert de la couveuse comme support pédagogique.

« Un parcours qui permet d’éviter les erreurs »

Mais les premiers résultats sont là, et ils sont encourageants. Thibault Fournier, le premier hôte de la couveuse maraîchère est installé à Montlaur. Deux des trois parcelles disponibles sont aujourd’hui occupées par quatre porteurs de projets. Margot et Mathieu Debruyne, arrivés en juillet 2017, reprendront une exploitation au Viala-du-Tarn en décembre 2019. Hélène Fournier et Chanelle Delbos ont intégré l’espace test en décembre 2017. Elles ont bien rôdé leur production, et s’attellent désormais à la commercialisation. Une candidature sera prochainement lancée pour recruter un ou deux candidats sur la parcelle restante.

Tous les cinq bénéficient (ou ont bénéficié) donc de ce dispositif spécifique, appelé couveuse d’activités. Le principe est simple, comme le résume Evelyne Thévenet, consultante-formatrice BGE, qui accompagne les maraîchers sur la partie gestion d’entreprise :

Ils ont trois ans pour tester l’activité maraichage, en apprenant le métier de chef d’entreprise.

Côté technique, c’est Pierre-Yves Bonet, dit « Pierrot le maraîcher », qui prodigue conseils et soutien. Quand on demande aux cinq couvés l’intérêt de ce dispositif, la réponse est claire et unanime.

Cela nous permet d’éviter pas mal d’erreurs, ou d’en faire sans que cela soit catastrophique.

« Avant de rentrer à la couveuse, nous pensions investir dans un certain type de matériel, explique Mathieu Debruyne. Avec la pratique, les échanges avec Pierrot, on fait le tri dans ce qui nous convient le mieux. Et on évite des dépenses inutiles pour la suite. ».

Un statut juridique sécurisant

Autre avantage du dispositif de couveuse, un statut particulier à mi-chemin entre le statut de salarié et d’entrepreneur. « Les candidats signent un contrat CAPE (Contrat d’appui au projet d’entreprise). Ils bénéficient du numéro SIRET de BGE, qui est la structure d’hébergement juridique et d’accompagnement à la création de leur entreprise. Pendant trois ans, ils ont la possibilité de conserver leurs droits actuels (Pole Emploi ou RSA), et d’utiliser leur chiffre d’affaires pour investir », explique Evelyne Thévenet. Chanelle Delabos se réjouit des perspectives ouvertes par ce dispositif.

Au bout de deux ans, nous aurons pu faire la moitié des investissements, grâce à l’argent de la vente de nos légumes.

Pas besoin d’avoir recours de suite à un crédit, que les banques ont d’ailleurs du mal à octroyer pour ce genre de projets. « Une mise de départ de 6.000 € est nécessaire pour intégrer la couveuse », précise toutefois Fanny Romiguier, mais les risques sont limités. Et si besoin, la couveuse s’appuie sur l’Adie, un organisme de micro-crédit pour les créateurs d’entreprise.

Entraide, partage et convivialité

Autre effet positif de l’espace test, c’est la force du groupe, qui stimule, rassure, motive. Thibaut Fournier a été ravi de l’arrivée des quatre autres maraîchers.

 Chacun est indépendant par rapport à ses cultures, mais on partage, on échange, on se file des coups de main. C’est très agréable.

Partage d’expériences, échanges de trucs et astuces, les pratiques et les savoirs circulent. A la couveuse maraîchère, on cultive donc des légumes, mais aussi des relations humaines riches. « Sans ce dispositif, nous aurions pu facilement baisser les bras je crois », admet Hélène. Un démarrage sécurisant, convivial et professionnel, la couveuse maraîchère offre les conditions d’une installation agricole réussie.

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