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Elsa Dauphin dans son jardin à Buffières, sur la commune de Belmont-sur-Rance. - ©Le Progrès

Par Romain Luciani
Le 08 mars 2019

Avec son deuxième roman « La compagnie des vaches », Elsa Dauphin a remporté le prix littéraire (catégorie littérature) des Talents d’Aveyron 2018. Une belle reconnaissance pour l’autrice de Buffières (commune de Belmont-sur-Rance), récompensée pour cette fable sociale et politique, qui planche déjà sur ses prochaines œuvres.

Elle est arrivée dans l’Aveyron « presque par hasard », en 2006. Originaire de région parisienne, Elsa Dauphin a fait le choix de la campagne, puis de Buffières (commune de Belmont-sur-Rance), après avoir vécu dans le Gard et dans le Vaucluse. A la recherche d’un « grand bâtiment avec une vue », le petit hameau belmontais lui offre « un coup de cœur » pour une bergerie qu’elle retape, avec son mari, depuis plus de 12 ans.

Après des études d’histoire, une expérience d’archiviste pendant plusieurs années et de nombreux petits boulots, Elsa Dauphin retrouve de la stabilité dans le Sud-Aveyron : « En arrivant ici, j’ai eu la chance de trouver un travail à Radio Saint-Affrique. J’ai d’abord été dans l’administratif puis je suis passée derrière le micro et j’ai réalisé des émissions ». C’est dans cet environnement qu’elle publie ses deux premiers romans.

J’ai écrit des poèmes et des nouvelles jusqu’à l’âge de 20 ans, reprend Elsa Dauphin. Puis j’ai eu un blocage pendant 15 ans. À un moment, j’ai eu un déclic et j’ai écrit mon premier roman en 2014 .

Un premier ouvrage nommé « L’Accident » : « Un huis-clos familial avec une jeune femme handicapée ».

« 5 ans pour l’écrire »

Elsa Dauphin sort ensuite, en 2017, « La Compagnie des vaches ».  

L’idée est venue alors que je faisais une randonnée dans les Pyrénées. Il fallait traverser un champ et il y avait des vaches. En les regardant j’ai eu une sorte de saisissement. Quand on est proche d’une vache on se rend compte de sa puissance, de sa beauté… mais aussi de son éventuelle dangerosité. Le titre m’est alors venu sans avoir aucune idée de ce que j’allais en faire. Il m’a fallu ensuite 5 ans pour l’écrire. »

Pour comprendre le deuxième roman d’Elsa Dauphin, il faut s’imaginer dans une société qui réduit les individus à leur fonction économique. Isabelle Prieur, le personnage pivot du roman, est une « ST » (sans travail) qui refuse de se plier aux exigences de productivité imposées par l’Agence gouvernementale du travail (AGT), qui dépend du ministère de l’Économie humaine. En représailles, son instructrice de l’AGT l’exile dans un endroit isolé en plein montagne pour garder un troupeau de vaches. Isabelle Prieur va rencontrer Pépé et Mémé Pâquerettes, des paysans à la retraite, un vétérinaire… Et bien évidemment, les vaches qui sont traitées comme des personnages à part entière, avec la faculté de s’exprimer. Dans cet environnement, Isabelle Prieur va retrouver du réconfort et un sens à sa vie.

« Le monde animal m’intéresse beaucoup »

Une œuvre dans laquelle Elsa Dauphin assume une vraie dimension sociale et politique. Notamment dans le traitement du chômage dans la société moderne : « J’ai beaucoup fréquenté l’ANPE et Pôle Emploi, j’ai une bonne connaissance de son fonctionnement. C’était une manière de parler du traitement du chômage. Encore aujourd’hui, on voit avec notre gouvernement actuel que ça continue avec la surveillance et la culpabilisation... On peut aller jusqu’à la criminalisation des chômeurs ». Ou encore dans l’utilisation des nouvelles technologies, et en particulier le téléphone portable. « Il a une importance dans le roman… Même si moi je n’en ai pas, sourit Elsa Dauphin. Il est le symbole de la surveillance. Même s’il mène un peu à sa perte la contrôleuse d’Isabelle Prieur. »

Et les vaches dans tout ça ? « Le monde animal m’intéresse beaucoup, reprend l’autrice. J’ai lu beaucoup de choses là-dessus et sur notre rapport animal-humain. J’avais beaucoup aimé le livre de Frans de Waal “Sommes-nous trop bêtes pour comprendre l’intelligence des animaux”. La question qu’il pose est : comment on perçoit les animaux et comment eux nous perçoivent ? »

Des vaches « poétiques »

L’histoire de « La compagnie des vaches » se tisse à travers la parole de chaque personnage. Qu’il s’agisse des hommes, mais aussi de la parole plus « poétique » des vaches.

Ils parlent tous à la première personne. Et ces histoires individuelles finissent par former un “nous” collectif et solidaire.

Le roman se lit aussi avec les œuvres de l’artiste Michel Juillard qui a illustré le travail d’Elsa Dauphin d’une vingtaine de tableaux, incorporés au fil des pages par un graphiste.

Pour ce deuxième roman, la Belmontaise a été récompensée d’un prix littéraire lors des Talents d’Aveyron 2018 : « Une forme de reconnaissance ». L’évènement, organisé par le Conseil départemental, a pour objectif de mettre en lumière les initiatives individuelles ou projets associatifs développés dans le domaine des arts et de la culture. Avec à la clé, un chèque de 1.000 euros pour encourager et accompagner les artistes dans leurs futurs projets.

Justement, des projets littéraires, Elsa Dauphin n’en manque pas, elle qui anime déjà des ateliers d’écriture créative. « Il y en a déjà un nouveau livre d’écrit. Mais je cherche un autre éditeur car il ne rentre pas du tout dans la ligne éditoriale – très précise sur les thématiques écologiques – des éditions du Larzac. Et j’en ai un autre que je suis en train d’écrire ».



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