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Cette année, pour son 4ème Dakar, le pilote saint-affricain Loïc Minaudier a profité de la beauté dunaire du Pérou.

Par Audrey Barat
Le 10 février 2019

Il a franchi la ligne d’arrivée de son 4e Dakar jeudi 17 janvier, profité de sa présence au Pérou pour visiter l’emblématique Machu Picchu, et voilà le pilote saint-affricain Loïc Minaudier de retour « au pays ». Il peut profiter tranquillement de ses résultats en constante progression - 23e au classement général, et 3e dans sa catégorie « Marathon » - faire la tournée des médias pour raconter avec passion son périple, récupérer et profiter des siens… avant de partir vers de nouvelles aventures.

Je suis bien fatigué, mais content d’avoir pu faire la totalité de la course, puisque c’était mon objectif premier.

Voilà les premiers mots de Loïc Minaudier quand on lui demande comment il se porte, quelques jours après la fin du Dakar.

Une édition que le pilote saint-affricain a trouvée particulièrement difficile, avec des pièges et des dangers cachés, sur un parcours fourbe « dû au terrain, qui était vraiment plus technique et plus dangereux que les années précédentes », à cause du fameux « fesh-fesh, une sorte de farine poussièreuse, qui recouvre les cailloux cachés dessous », explique Loïc Minaudier. Plus d’un motard sur deux s’y sont d’ailleurs cassés le nez, la moitié seulement des pilotes ayant franchi la ligne d’arrivée.

Le Dakar, ça tient à rien… sur la piste on a besoin d’une petite étoile pour sortir indemne. On passe son temps à voir des véhicules au bord de la piste. On se demande toujours si on ne sera pas le prochain sur la liste.

Une gestion fine de la course

La chance fait donc partie du jeu, mais il faut quand même savoir la provoquer, admet Loïc Minaudier qui estime que « la préparation mentale représente 40 % de la course. A la vitesse où on va, il faut arriver à se maîtriser, à avaler les mauvais moments, à se canaliser. Quand je rentre dans mon côté négatif, la vigilance baisse, et c’est là que les accidents arrivent. Si on pète un plomb sur le Dakar, c’est plié ».

Mais Loïc Minaudier n’a pas toujours été aussi sage… La maturité est arrivée avec l’expérience et les bons conseils. « J’avais un tempérament un peu fougueux avant de faire du rallye-raid. Je faisais de l’enduro, ça n’a rien à voir. Tout le monde m’a dit, “si tu veux aller faire le Dakar, tu vas te tuer, parce que tu es trop fou-fou”. En enduro, il faut se donner à 120 % sur un laps de temps très court. Au Dakar il faut se donner à 70 %, garder 20 % de sécurité, et 10 % pour donner un peu plus les jours où on se sent vraiment bien. »

Le Dakar devient de plus en plus risqué

Si Loïc Minaudier vit un rêve de gosse en participant au Dakar, lui qui a grandi en suivant avec passion le parcours de Richard Sainct, « captivé devant l’écran tous les mois de janvier », il s’interroge sur l’évolution de la course, qui depuis quelques années, fait prendre de plus en plus de risques aux pilotes.

C’est mon premier Dakar où je me suis vraiment demandé ce que je faisais sur la piste. Prendre de tels risques, ne pas vraiment prendre de plaisir, pourquoi faire ? Pour avoir une médaille ? Ça n’a pas de sens… 

Le pilote remarque que depuis quelques années, la course se professionnalise, le matériel devient plus puissant, l’argent rentre de plus en plus en jeu. Il semble loin le côté baroudeur des débuts. « Quand j’entends des discours “Le Dakar, à la vie à la mort”, je ne cautionne pas ça. De plus en plus de coureurs demandent à ce qu’il y ait du changement », poursuit Loïc Minaudier faisant le parallèle avec les débats qui secouent le rugby en ce moment. « Les corps sont les mêmes, mais on leur en demande toujours plus. Et la puissance est décuplée. Ça a ses limites ». 

Loïc Minaudier s’interroge donc sur la suite.

Je suis à un seuil. Si je veux aller plus haut, il faut que je prenne plus de risques. Mais ai-je envie ? Je n’en suis pas sûr .

Pas question pour autant de faire une croix sur le Dakar, « parce qu’une fois qu’on en a fait un, on est possédé par cette course ». Mais pourquoi pas concourir en « malle-moto », une épreuve où le pilote est vraiment seul, sans mécano, et qui est encore plus dure mentalement et physiquement : « Certes, je jouerai la gagne, parce que j’aurai un statut de favori si je vais sur cette course-là, mais ce serait vraiment pour me faire un défi personnel. Le côté danger me ferait moins peur, la gestion de course serait complètement différente, parce qu’il faut rester lucide tout le long. Ça a un charme finalement, celui du Dakar des origines, et c’est ça qui me plaît. » 

Une aventure humaine avant tout


En écoutant Loïc Minaudier raconter son quatrième Dakar, la performance sportive passerait presque au second rang. Certes, la course est épuisante, et demande de sacrées compétences. Oui, il faut faire preuve d’une force mentale et physique de haut vol. Mais ce qui permet au pilote saint-affricain de tenir le coup, c’est avant tout l’aspect humain. Il évoque le soutien indéfectible de ses partenaires, chefs d’entreprises locaux, personnes rencontrées au fil des expériences, et « qui jouent le jeu de manière désinteressée », et qui lui donnent « une force incroyable ». Il rend hommage à Mathias, le mecano qui s’occupe de son matériel depuis deux ans, et à qui il fait « à 200 % confiance ».

Il raconte les centaines de milliers de personnes qui acclament les coureurs au bord des routes. « Les gens ont tous le sourire alors qu’ils ont un niveau de vie qui est très bas, c’est un sacré moment de partage. Ils nous acclament comme des héros, mais les héros, ce sont eux, qui nous accueillent à bras ouvert, avec un enthousiasme délirant, un peu comme la folie du Tour de France ici

Les deux coureurs aveyronnais, Loïc Minaudier et Florent Vayssade ont formé un beau duo tout au long de ce Rallye Dakar 2019. Les deux coureurs aveyronnais, Loïc Minaudier et Florent Vayssade ont formé un beau duo tout au long de ce Rallye Dakar 2019.

Et puis il y a eu la complicité avec Florent Vayssade, pilote espalionnais que Loïc Minaudier a surnommé son « garde du corps ».

On a fait une équipe de choc avec Florent. Être tous les deux, ça nous a donné de la force. Quand l’un avait un coup de mou, l’autre était là, et inversement.

Le duo a profité des réseaux sociaux pour rester en contact avec les personnes qui les suivaient et les encourageaient. « On tournait une vidéo tous les soirs, pour faire vivre le Dakar de l’intérieur. C’était aussi un moment où on se lâchait, où on se détendait. Mais une fois la vidéo terminée, on replongeait dans le sérieux de la préparation. »

Une source de plaisir dans laquelle puise Loïc Minaudier, pour dépasser les difficultés, comme sa chute au 6e jour, qui lui a causé une déchirure du quadriceps, avec un hématome encore douloureux. 

Un mode de vie exigeant

« Ça reste la course la plus dure. On ne prend pas beaucoup de plaisir par rapport à l’énergie dépensée. On se raccroche aux moments d’émotions qui ne durent pas longtemps. Quand on est dans le dur, on se dit c’est fini, qu’on ne fera plus jamais un Dakar… Mais ça fait à peine 10 jours que c’est fini, je cogite déjà et je me projette sur la suite… »

S’il reste mordu, Loïc Minaudier ne cache pas les difficultés de la préparation, et reste lucide sur les conséquences de son rêve sur sa vie personnelle, qui induit « un mode de vie qui t’isole un peu des autres, qui fait faire des concessions à tout le monde. Quand on se lance dans des épreuves comme ça, on sait qu’on n’apporte pas du bonheur partout… ». En disant cela, il pense d’abord à ses proches.

C’est dur pour eux, parce que je ne fais pas cette course par simple amusement, je la fais pour la compétition, et pour faire un résultat, donc je me rajoute du danger. Je sais que le moment où je pars au Dakar, c’est toujours délicat…

De nouvelles pistes en vue

« Je ne regrette rien, sur la piste j’ai donné mon maximum. Avant de penser à la suite, j’essaye de savourer ce Dakar au maximum, parce qu’il a été plus dur, plus stressant et plus nerveux ». Pour la suite, Loïc Minaudier devient fin stratège dans la gestion de sa carrière, et fait des choix plus en accord avec lui-même. Il ne rempilera pas avec l’équipe italienne avec laquelle il a décroché le titre de champion d’Europe en rallye tout terrain en 2018. « Cette année, j’en ferai peut-être beaucoup moins, mais je ciblerai plus en fonction de ce que j’ai à travailler. Plus j’avance, plus j’accède à une meilleure connaissance de moi-même », explique Loïc Minaudier.

Il pense aussi à sa carrière professionnelle, « car le métier de pilote, même avec les résultats que j’ai, ce n’est pas suffisant ». Des portes s’ouvrent à lui, dans le milieu sportif, où ses qualités de navigation et ses compétences techniques lui permettent de décrocher des missions en tant que co-pilote. Un nouveau terrain de jeu pour Loïc Minaudier qui le mènera sur de nouvelles pistes, tout aussi passionnantes…

Loïc Minaudier a signé sa meilleure performance sur le Dakar, en se classant à la 23e position au général. Loïc Minaudier a signé sa meilleure performance sur le Dakar, en se classant à la 23e position au général.



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