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Claude Liron (au centre), lors de l'inauguration de la nouvelle salle. - ©adn12

Par Yannick Périé
Le 09 décembre 2018

Le Musée de Millau célèbre à nouveau le travail de ganterie avec l’ouverture d’une nouvelle salle dédiée à la Maison Guibert Frères. Ce nouvel espace, inauguré vendredi soir, met à l’honneur la créativité des maisons gantières millavoises à travers la dernière collection entrée à l’inventaire du Musée.

Cette collection, don de Claude Liron, maître gantier et dernier directeur de la ganterie Guibert Frères (1877-1989), est riche de plus de 4.000 gants. Elle présente aussi de nombreux documents sur leurs différentes étapes de création et de fabrication - esquisses, cartons, dessins, publicités : autant de témoins de l’inventivité et de la vivacité des créateurs à travers le temps.

L’ensemble du premier étage consacré au travail de la peau

Plus de deux ans de travail ont été nécessaires afin d’inventorier, classer, documenter la collection Liron et préparer une nouvelle salle d’exposition des collections permanentes. Désormais, l’ensemble du premier étage de l’hôtel de Pégayrolles est consacré au travail de la peau et offre aux visiteurs un parcours complet. De la mégisserie aux gants les plus récents du Musée, en passant par l’atelier et les créations de haute couture, le public pourra découvrir tout ce qui se rapporte à la ganterie à Millau.

Il y avait beaucoup de monde, vendredi soir, pour découvrir cette collection. (Photo : © Gérard Rouquette)Il y avait beaucoup de monde, vendredi soir, pour découvrir cette collection. (Photo : © Gérard Rouquette)

« Nous remercions Monsieur Liron pour l'ensemble des travaux que nous avons réalisés ensemble, afin de pouvoir présenter aujourd'hui une partie de la collection du Gant Guibert Frères », a souligné Ghislaine Rabier, assistante de conservation, à l'occasion de l'inauguration. « Dans un premier temps, nous avons établi un inventaire sommaire des pièces, photographié les gants, les outils, les machines et les documents. Nous avons ensuite effectué la sélection des gants à présenter en tenant compte de ce qui était déjà exposé au sein de la collection permanente du Musée et les points forts de la collection Guibert Frères. »

Une société familiale fondée en 1877

Guibert Frères a été l'une des plus importantes manufactures de gants de Millau, durant le XXe siècle, aux côtés des Gants Buscarlet, Lauret et Jonquet. C'est une société familiale fondée en 1877 par deux frères, Aimé et Victorin Guibert. Au côté de la fabrication des gants s'ajouteront rapidement les activités de teinturerie et de mégisserie, afin de maîtriser la qualité des peausseries.

Au début des années 1920, Paul Guibert, le fils ainé d'Aimé, met au point une le doeskin, peausserie d'agneau effleurée et veloutée qui possède la propriété d'être lavable. Les gants en doeskin vont être commercialisés sous la marque Edelweiss et vont contribuer à l'essor et à la renommée importante du Gant Guibert Frères.

Une présence dans le monde entier

Vers 1925, Victor Guibert, fils cadet d'Aimé, crée la Société Anonyme de Ganterie Française pour la diffusion de la marque Guibert Frères et ouvre vingt-trois magasins de gants en France dont quatre à Paris ; en outre, cent vingt boutiques de luxe sont approvisionnées par Jacques Bonnardot, le représentant en Province. Guibert Frères est également présent en Europe, à New York, au Canada, en Australie et en Afrique.

En 1945, la Société Guibert Frères emploie 545 personnes à Millau et plus de 600 couturières à domicile, dans les campagnes pour le cousu main.

En 1968, suite à une baisse de production et aux accords de Grenelle pour l'augmentation des salaires, Guibert Frères cesse son activité de ganterie et licencie 215 salariés.

La reprise par Claude Liron

Au mois de décembre de la même année, Claude Liron reprend le Gant Guibert Frères sous le nom de « Les Petits-Fils d'Aimé Guibert » avec 52 personnes et connaît des années prospères jusqu'en 1971. Claude Liron, est le petit-fils du fondateur Aimé. Il avait intégré Guibert Frères à 22 ans, en 1944. Employé au classement des peaux, il avait appris le métier de gantier. Dès 1946, il assurait la codirection du département ganterie avant d'en prendre la tête. A partir de 1972, Claude Liron se tourne vers la fabrication de vêtements de peau tout en continuant sa passion la fabrication de gants jusqu'à son départ en retraite en 1989. A noter que Claude Liron a épousé Janine Carrière, arrière-petite-fille d'Emile Carrière, le formateur des frères Guibert. A Millau, la ganterie, c'est une histoire de famille…

A 96 ans, Claude Liron a gardé l'art du coup de ciseau… (Photo : © Gérard Rouquette)A 96 ans, Claude Liron a gardé l'art du coup de ciseau… (Photo : © Gérard Rouquette)

Le premier modèle des Gants Edelweiss exposé au musée

Les gants et les documents qui sont présentés dans la salle du Gant Guibert Frères témoignent de la grande renommée du Gant Guibert Frères, due à ses innovations et à sa créativité infinie.

L'innovation la plus importante a été la création du gant Edelweiss en doeskin dont le velouté de la peau rappelle effectivement celui de cette fleur des montagnes. Le doeskin — littéralement peau de faon - était obtenu par un tannage au formol de peaux d'agneau des hautes vallées de Provence. La texture très dense et serrée de ces peaux permettait de velouter les deux côtés fleur et chair de la peau tout en conservant sa solidité.

Vous pourrez percevoir la finesse et la douceur des gants Edelweiss présentés en vitrine, en particulier le premier modèle des Gants Edelweiss réalisé au début des années 1920.

Créativité et fantaisies

Autre innovation, les progrès techniques en matière de teinture à partir des années 1920 qui vont permettre au Gant Guibert Frères de proposer une palette de nuances de plus d'une centaine de coloris pour ses collections de gants Edelweiss mais aussi les glacés : Edeltan (agneau), Edelkid (chevreau) et Métis (agneau des Tropiques).

La grande créativité du gant Guibert Frères se révèle à travers les nombreuses et diverses fantaisies présentes dans la collection de gants : broderies, motifs perforés, motifs appliqués en particulier des motifs « peau sur peau » (c'était la fantaisie noble jusqu'en 1968), des motifs en métal ou tout autre matériau, comme les logos des créateurs et des grands couturiers.

Vous pourrez ainsi découvrir un échantillonnage des gants fantaisie Guibert Frères s'échelonnant de la fin du XIXe siècle aux années 1980.

(Photo : © Gérard Rouquette)(Photo : © Gérard Rouquette)

Comme dans une boutique

Ces gants sont présentés, comme dans une boutique, à l'abri de la lumière dans des meubles à tiroirs, les couleurs étant sensibles aux UV de la lumière naturelle et à une trop forte lumière artificielle.

Sont également présentés, en vitrine, quelques créations particulières du Gant Guibert Frères comme les gants extravagants réalisés pour les cocktails de la Ganterie à l'Hôtel Georges V à Paris dans les années 1950 et les gantelets des années Courrèges, en agneau ou chevreau glacé blanc agrémenté de motifs géométriques rouge ou noir, réalisés en 1966 et 1967.

La créativité du Gant Guibert Frères se révèle aussi au sein des cahiers de fabrication, que vous pourrez découvrir en vitrine, où sont mentionnés pour chacun des modèles de gants, les éléments techniques de fabrication et de réalisation des fantaisies.

Ces cahiers de fabrication ont été enrichis successivement par Augusta Cartes, Madeleine Foubert, Claude Liron qui assuraient la création des gants fantaisie chez Guibert Frères.

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