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« Je suis passé d’un paysan qui n’intéresse personne, à un paysan que tout le monde regarde. » - ©ThomasPadilla

Par Audrey Barat
Le 05 décembre 2018

Où en sont les candidats de la saison 13 de « L’amour est dans le pré ? ». C’est la question que se posaient tous les aficionados de l’émission, jusqu’à la diffusion du bilan de la saison, lundi 26 novembre sur M6. Si certains sont repartis seuls, pour Jean-Claude Pujol, le Sud-Aveyronnais de l’étape, tout est bien qui finit bien. Chantal et lui continuent de tisser leur relation, presque un an après leur rencontre. Avec sagesse, audace, et sensibilité, Jean-Claude Pujol, éleveur de brebis à Versols, a accepté de partager cette expérience hors-norme.

Pourquoi avez-vous choisi de vous inscrire à l’émission ?

Jean-Claude Pujol : Je n’ai rien choisi. C’est une amie qui m’a inscrit, je n’y croyais pas. Je me disais que je n’avais aucune chance de passer. Quatre mois après avoir envoyé la lettre, pas de nouvelles. Puis finalement, une personne est venue pour filmer. Elle devait rester quatre ou cinq heures, mais au bout d’une heure, tout était torché, alors je me suis vraiment dit que c’était fichu. Je lui ai même dit « désolé de vous avoir fait déplacer pour rien ». Elle m’a répondu que j’étais un bon client, et qu’elle me garantissait que je passerai à l’émission. Je croyais qu’elle disait ça pour me faire plaisir. Et puis de fil en aiguille, une sélection, deux sélections, et à la troisième, j’y étais toujours. Alors j’ai commencé à me dire qu’elle ne m’avait pas menti.

C’est une bonne thérapie.

Vous n’avez pas eu de doutes par rapport au fait d’être filmé et vu dans votre intimité ?

Au début, quand je me voyais, je me trouvais horrible, quand je m’entendais parler, je ne reconnaissais pas ma voix. Mais aujourd’hui, je le prends différemment. C’est une bonne thérapie. Ca aide à avancer dans la vie ce genre d’expérience, par rapport au regard des autres. Parce que quand tu te lèves, qu’on te met un micro jusqu’à ce que tu te couches, et qu’un caméraman te suit non stop, tu essayes de donner une bonne image, il faut bien le reconnaître... Jusqu’à ce que bien sûr, tu fasses la connerie que tu ne voulais pas faire, mais qui est filmée. Tu as beau dire « coupez », c’est garanti que ça passera dans l’émission, parce que c’est leur fond de commerce. Tu vois tes défauts, et ça fait avancer. Parce que quand tu as fait quelque chose que tu aurais aimé ne pas faire, et que tu as donné ton droit à l’image, tu ne contrôles plus rien. Alors après, tu fais attention. Tu en apprends pas mal sur toi. C’est une sacrée école de sagesse.

J’y suis allé pour représenter les éleveurs.

Vous avez accepté de participer parce que vous aviez vraiment envie de trouver l’amour ?

Non, pas du tout. J’y suis allé pour représenter mon métier, essayer de faire passer un truc positif par rapport à l’élevage, au GIE que j’ai monté avec un groupe de paysans. Parce qu’il y a beaucoup de détracteurs à notre égard, et là en passant à la télé, on peut rétablir quelques vérités.
Et toute expérience est bonne à prendre. Et je suis assez kamikaze pour ce genre de choses. Avoir l’occasion de passer à la télé, ça ne se représentera pas deux fois, alors j’ai foncé. Je l’ai pris comme un jeu, pour m’amuser. Je pense que ça se voit.

Alors Chantal, c’est une belle surprise ?

Oui. C’est un cœur en or. Tout est bien. Elle est cultivée, et on s’apporte l’un l’autre. C’est une belle histoire. Quand tu es en couple, quand tu n’as pas de courage, l’autre t’en donne, et vice-versa. Et j’ai fait le constat que tous ceux qui venaient pour trouver quelqu’un, sont repartis seuls. Alors que Vincent ou moi, on y était allés pour « faire les cons », et lui comme moi, et bien on a trouvé une compagne !

Je me suis reconnu dans ce qu’ils ont montré.

Comment l’entourage, les connaissances, ont pris les choses quand ils ont su que vous participiez à l’amour est dans le pré ?

Il y en a qui se préparaient à se foutre de moi, mais je crois que je les ai déçus. Parce que l’émission m’a permis de montrer qui je suis, et sans me vanter, j’ai donné une image positive. On se méfie toujours avec ce genre d’émissions, parce qu’évidemment, ils choisissent des situations qui peuvent faire du buzz, et qui font que les téléspectateurs ont envie de rester. Mais je me suis reconnu dans ce qu’ils ont montré, et tous ceux qui me connaissent me disent qu’ils ne m’ont pas égratigné.

C’était le risque, vous aviez peur du traitement médiatique des producteurs ?

Oui. La première interview que j’ai donnée, pour un journal syndical, ça s’est très mal passé. Tu dis blanc, et le journaliste il écrit noir. C’est horrible, invivable, c’est un manque de respect. C’est pour ça que je me méfie. Tu te demandes à quelle sauce tu vas être massacré, mais non, je suis content du résultat. Vous n’allez pas me pourrir vous j’espère (rires).

Les raisons de l’absence de Chantal au bilan

Et quels genres de retours avez-vous ?

Ho vous savez, c’est comme pour tout. Il y a ceux qui sont contents, les autres qui s’en fichent pas mal et d’autres qui sont contre, quoi que l’on fasse. Il faut d’abord faire les choses pour soi. Moi je suis croyant, je fais en fonction des dix commandements. Tout le monde n’a pas à être d’accord avec tes initiatives, du moment que tu n’es pas hors-la-loi. C’est une histoire de respect des uns envers les autres. Mais ce qui m’a le plus étonné, c’est que c’est sacrément regardé. Venez au marché un samedi matin avec moi, et vous verrez ! C’est fou, les gens me reconnaissent, viennent me parler. Je comprends maintenant pourquoi les politiques veulent y passer (rires). Et j’ai aussi fait le constat que les mecs ne regardent pas cette émission, mais que les femmes oui. Et après cette émission, tu passes bien dans la gente féminine. C’est amusant (rires). Je suis passé d’un paysan qui n’intéresse personne, à un paysan que tout le monde regarde. Ça fait drôle quand même…

Pourquoi Chantal n’était pas au bilan ?

Chantal n’a pas pu être présente pour le tournage du bilan, parce qu’elle avait pris des congés bonifiés pour pouvoir rentrer en Martinique (ndlr : c’est un type de congé pour les agents de la fonction publique originaire des Dom-Tom, comme c’est le cas de Chantal). Elle a beaucoup hésité, et la production a essayé de la faire changer d’avis. Mais elle avait peur de perdre ces congés qu’elle avait posés il y a longtemps. Et comme elle ne rentre pas souvent voir sa famille, elle n’a pas voulu prendre de risques, et elle est partie quand même.

Vendre sa ferme…et carpe diem

Quels sont vos projets pour la suite ?

Le premier, c’est de transmettre ma ferme et acheter une autre maison, parce que je ne m’entends plus avec mon voisin, qui ne supporte pas d’avoir une ferme à côté de chez lui. Je vais rester un temps avec le repreneur, pour le mettre en piste, et après, « au revoir et merci ». Et avec Chantal, on vit au jour le jour. Elle vient ici le week-end. Pour l’instant, c’est des supers moments qu’on passe, c’est magnifique. Après, on verra bien ce que la vie nous réserve.

Avec le recul, vous savez pourquoi ils vous ont sélectionné ?

La production cherche des « personnages », des personnes qui ont un certain caractère. Les gens qui me connaissent savent que j’en ai… Quand la vie vous a égratigné, il y a deux façons de réagir : devenir aigri, ou bouffer la vie. Moi j’ai choisi d’en profiter. Et je ne regrette rien. J’y suis allé en dilettante, et c’est un trésor que j’ai trouvé. Si ça dure, c’est bien, si ça ne dure pas, c’est comme ça. C’est peut-être ça qui leur a plu. C’est la philosophie d’un vieux ça (rires)…ou de quelqu’un qui a de l’expérience disons.

Savoir prendre les bonnes choses où elles sont.

Et si c’était à refaire ?

Je le referai, ça c’est sûr. J’ai vécu un truc que je n’aurais jamais imaginé vivre. Etre dans les coulisses d’une émission de télé, ça n’arrive pas à tout le monde. Et une occasion comme ça, ça ne se refuse pas. Je fais mes choix par rapport à ce que je ressens, sans me comparer, sans avoir peur du regard des autres. Et je peux dire que je suis content de mes choix. L’émission, ça m’a ouvert des portes, c’est magnifique. Les gens viennent vers toi, ça crée du lien. Il ne faut pas se prendre au sérieux, ne pas avoir la grosse tête. On n’est pas des stars. On a vécu une belle expérience. Il faut savoir prendre les bonnes choses là où elles sont.



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