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Ils étaient douze au départ de Mende, cinq ont prévu de faire tout le trajet. - ©ADN12

Par Célian Guignard
Le 03 décembre 2018

Douze gilets jaunes sont partis de Mende, à pied, ce lundi matin, à 8 h. Cinq d’entre eux ont l’ambition de faire tout le parcours à la force de leurs jambes (764 km !) et de rejoindre le palais de l’Élysée, résidence du président de la République. Leur but : y déposer les « doléances » des Français, qu’ils auront rencontrés. Parmi ces « marcheurs », figure Sébastien Potrich, Aveyronnais de Saint-Laurent-d’Olt et également accordéoniste du groupe D’Accord Léone. Interview.

Aveyron Digital News : Comment vous êtes-vous retrouvé dans cette aventure un peu folle ?

Sébastien Potrich : Je me suis mobilisé au début des manifestations, au troisième ou au quatrième jour. J’ai décidé de venir à Mende (Lozère) pour voir ce qu'il s’y passait. J’ai fait deux belles rencontres : Ricou et Patrice. À la sortie du discours d’Emmanuel Macron, mardi dernier (27 novembre), on s’est dit qu’il fallait faire quelque chose et que l’on ne pouvait pas rester sur notre rond-point, comme ça, ad vitam æternam. Et en même temps, j’ai fait un rêve. J’ai vu le peuple français qui sortait de chez lui, qui prenait ses tracteurs, ses voitures, ses camions, ses poules, ses lapins, ses ânes, ses vaches, ses enfants, les parents, les grands-parents, les vieux en fauteuil roulant et tout ce monde qui montait ensemble à Paris, à pied. Du coup, c’est ce que j’ai proposé. Et voilà, on est parti !

Que va-t-il se passer sur le trajet ?

L’objectif du trajet, c’est de rencontrer des gens sur notre route, en traversant les villages, de les écouter, d’entendre ce qu’ils ont à dire, leurs souffrances, leurs revendications… Essayer aussi, nous-mêmes, d’éprouver nos convictions et notre courage. On a lancé un appel, samedi dernier (1er décembre), devant la préfecture de Mende. On disait tout simplement que M. Macron avait jusqu’au 25 décembre, jour de notre arrivée à l’Élysée, pour démissionner. C’est un préavis qu’on lui donne.

Donc l’objectif de votre groupe, c’est la démission du président de la République…

La démission d’Emmanuel Macron et de son gouvernement, ainsi que la création d’une assemblée constituante, qui referait une constitution et qui permettrait de limiter le pouvoir de l’exécutif.

Nombreux sont ceux qui nous disent, déjà, qu’ils veulent faire les derniers jours avec nous, avant d'entrer dans Paris.

Vous êtes clairement dans un processus révolutionnaire à l’ancienne…

On est d’accord…

Avez-vous des soutiens ?

On a eu une aide du maire de Mende (Laurent Suau) pour le gasoil (une camionnette avec des vivres et des vêtements accompagne le groupe). Mais aussi de beaucoup d’autres gens en nourriture, en vêtements, en chaussures de marche, en argent…

Sur les douze gilets jaunes au départ de Mende, vous n’êtes que cinq avec l’ambition de faire tout le parcours...

Oui, certains ne feront qu’un bout avec nous. Il y aussi de nombreuses personnes, qui auraient voulu partir aujourd’hui, mais qui n’ont pas pu, et qui vont nous rejoindre petit à petit, dans quelques jours, dans une semaine. Peut-être des gens qui resteront deux ou trois jours et qui reviendront plus tard. Nombreux sont ceux qui nous disent, déjà, qu’ils veulent faire les derniers jours avec nous, avant d'entrer dans Paris.

Qu'ils voient que l'on se bat, que l'on y croit.

Comment comptez-vous fédérer autour de votre marche ?

Notre objectif, maintenant, c’est de médiatiser notre initiative pour donner envie à des gens de nous rejoindre. Et pourquoi ne pas donner envie à d’autres gilets jaunes, ailleurs en France, de faire d’autres marches.

Il y a eu la Marche pour l’égalité et contre le racisme de 1983. Avez-vous l’objectif, vous aussi, d’arriver à plusieurs milliers à Paris ?

On n’a pas d’objectifs chiffrés. L’engouement, qu’il y a, déjà, avant ce départ, nous fait plaisir. Moi je pense qu'il est important que les gens, que l’on a laissés au rond-point à Mende et qui ont confiance en nous, voient que l’on y croit et que l’on se bat. Ce sont, pour la plupart, des personnes qui n’ont plus grand-chose dans leur vie et qui sont dans des situations très très précaires. Ils ne viennent pas, soit parce qu’ils sont trop âgés pour faire la route, soit parce qu’ils ont des enfants et qu’ils ne peuvent pas bouger… Aujourd’hui, j’ai un peu de temps devant moi. Je me sens le devoir de le faire.

Quel message voulez-vous faire passer, alors que le mouvement entame sa troisième semaine de mobilisation ?

Je veux dire que l’on a déjà gagné. Les gens ont éteint leur télé. Ils sont descendus dans la rue. Ils se sont rencontrés. Ils ont parlé entre eux. Ils ont exprimé leurs différences. Et, rien que ça, ça les rend plus beaux. Ça veut dire que demain, le monde ne sera plus pareil qu’avant.

On arrive pour Noël. C'est le cadeau de Macron. 

Dans un mouvement très hétéroclite, où vous situez-vous ?

Au début, je ne savais pas quoi en penser. J’étais un peu comme tout le monde devant ma télé. J’ai commencé à appeler des amis en qui j’ai confiance. Des gens dont l’engagement ne fait pas de doute pour moi. Tout le monde était un peu dans cette retenue. Les grands médias nous ont orientés pour ne voir que les propos racistes qui ont été tenus ou les actes violents, alors qu’il y avait aussi des milliers d’initiatives positives. En descendant dans la rue, ce que j’ai vu, ce sont des gens qui sont unis par la même souffrance, à qui les politiciens et les médias n’ont pas cessé de dire : "Si vous n’êtes pas bien, c’est de la faute des patrons ; si vous n’êtes pas bien c’est de la faute des étrangers ; si vous n’êtes pas bien c’est de la faute des voisins ; c’est de la faute des chômeurs ; de ceux qui sont aux minimas sociaux." Et aujourd’hui la vérité éclate aux yeux du peuple.

Quelle est cette vérité, selon vous ?

Les gens commencent à voir ce qu'il se passe à l’Assemblée nationale, dans les lois. On commence à savoir ce que cela veut dire 40 milliards d’euros. On se rend compte que tout n’est pas la faute du mec qui est au chômage, du mec qui est au RSA, de l’étranger… C’est juste la faute de ces types qui sont là-haut et qui se partagent l’argent entre eux et qui continuent de nous taxer, nous les plus pauvres, pour nous maintenir dans une précarité qui fait que l’on ne peut pas faire autrement, que l’on est coincés. Et ça, moi, je n’en peux plus.

Quelles sont vos prévisions en matière de kilomètres à parcourir et de durée du voyage ?

Sept cent soixante-quatre kilomètres, 23 étapes… On arrive pour Noël. C’est le cadeau de Macron. J’invite tout le monde à faire Noël sur la terrasse de l’Élysée.



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