photos/1145.jpg

Le gilet jaune posé sur le tableau de bord est l'un des signes de ralliement au mouvement. - ©ADN12

Par Célian Guignard
Le 15 novembre 2018
4

Certes, les gilets jaunes se déclarent apolitiques et représentatifs de la diversité de la France. Cependant, leurs revendications, elles, sont bien d'ordre politique. Nous avons sollicité les trois députés et les deux sénateurs du département. En tant que législateurs, ils donnent leur point de vue sur le mouvement.

Arnaud Viala : « Nous avons besoin d’alternatives »

Député de la troisième circonscription de l’Aveyron – Les Républicains.

Cela fait des mois que je dénonce l’envolée des taxes sur les carburants. Surtout, parce qu’il n’y a aucune alternative. Nous sommes restreints dans nos déplacements, sans aucune alternative technologique derrière. De plus, les recettes fiscales ne vont pas à la transition énergétique. Elles vont au budget général de l’État. Nous avons besoin d’alternatives et d’aides à l’industrie. Nous avons une entreprise, Bosch (Onet-le-Château), spécialisée dans le moteur diesel, qui est en grande difficulté.

La réaction à chaud du gouvernement n’est pas à la hauteur de l’attente des Français. Doubler la prime à la conversion, cela ne correspond pas aux besoins des ruraux. Avec l’électrique, actuellement, dans nos campagnes, nous n’allons nulle part.

J’ai eu des contacts avec les coordonnateurs du mouvement des gilets jaunes. Samedi, sans me mettre en première ligne et sans faire de récupération, j’irai à leur rencontre à Millau et à Saint-Affrique, en fonction de ma capacité à me déplacer.

Alain Marc : « Une exaspération générale »

Sénateur de l’Aveyron – Indépendant, centre droit.

Je pense que le mouvement des gilets jaunes manifeste une exaspération générale. Les Français ne sont pas des râleurs. Cela montre que les élites doivent entendre le peuple. Trop occupées à débattre sur de grands sujets sociétaux, comme la PMA (procréation médicalement assistée) ou la GPA (gestion pour autrui) – qui sont des sujets importants – elles ne se sont pas rendu compte de la réalité. Il y a aussi l’attitude du président Macron et de ses proches, qui traduit un certain mépris envers la province en général. Les gilets jaunes sont le reflet de cette exaspération.

Concernant les taxes, notamment sur le carburant, nous n’avons pas d’autres moyens que la voiture pour nous déplacer à la campagne. Comment faites-vous si vous habitez à dix kilomètres de Rodez ou de Millau, pour aller travailler ? On ne va pas mettre des trains partout.

Samedi, je dois me rendre à Sauveterre-de-Rouergue pour inaugurer une maison de santé. Si je croise des gilets jaunes, je les saluerai, mais je ne veux rien récupérer.

Anne Blanc : « L’augmentation est une tendance inéluctable »

Députée de la deuxième circonscription de l’Aveyron – La République en marche.

Je peux comprendre les gilets jaunes. Ce n’est jamais agréable ce genre d’augmentations. Cependant, il faut expliquer que les taxes ne sont responsables que de 25 % de l’augmentation totale. Le reste est dû au prix du baril de pétrole brut.

Nous devons nous donner les moyens de la transition énergétique. Nous sommes face à un enjeu environnemental majeur. Nous ne pouvons pas faire la politique de l’autruche.

Nous devons tous être responsables. Le gouvernement a renforcé certaines dispositions. Le chèque énergie a été augmenté. La prime à la conversion a été doublée. Localement, ensuite, nous avons des solutions. Il y a le covoiturage, même si nous avons été habitués à être très indépendants. Il y a aussi le télétravail, qu’il faudra rendre obligatoire dans certaines entreprises et administrations. Des tiers lieux et des espaces de coworking se développent, pour travailler autrement, notamment à Decazeville ou à Naucelle.

Il faut aussi avoir l’esprit critique et dépassionner le débat. Aujourd’hui, avec une heure de Smic nous achetons six litres d’essence, contre trois il y a quarante ans et à cette époque les voitures consommaient plus. Regardons également que le carburant est plus cher dans d’autres pays, comme l'Italie, la Belgique ou la Suède. L’augmentation est une tendance inéluctable.

Je n’exclus pas d’aller, samedi, à la rencontre des gilets jaunes. Mais je ne pense pas que ce soit le meilleur moment pour discuter.

Stéphane Mazars : « Nous devons décarboner notre économie »

Député de la première circonscription de l’Aveyron – La République en marche.

Je pense que les actions des gilets jaunes vont être assez suivies. Nous sommes dans un département rural, donc particulièrement impacté par ces augmentations. Je respecte le mouvement.

Par le passé, nous avons déjà eu des augmentations du prix du carburant, mais il n’y avait pas toutes les mesures d’accompagnement des pouvoirs publics que nous avons aujourd’hui.

Nous devons décarboner notre économie. Cette réflexion date du Grenelle de l’environnement, sous le gouvernement Fillon (2007). Sous Hollande (dès 2012), il y a eu la convergence du prix de l’essence et du diesel. C’est vrai que cela est accentué à présent. Il y a un enjeu climatique évident. Il faut changer les comportements et accompagner ces transformations. Cela prendra dix, quinze ou vingt ans. Je comprends que ce soit difficile, pour celui qui habite à Espalion et qui doit faire 30 km par jour, d’entendre que l’augmentation du prix du carburant c’est sa contribution à la transition énergétique. Mon regret, c’est que ce soit ce gouvernement qui s’attèle à tous ces gros chantiers parce que les autres ne l’ont pas fait avant.

Il faut aussi que l’on arrête d’opposer les métropoles aux campagnes. Oui, il faut prendre sa voiture. Mais, ici, l’immobilier est moins cher. Nous avons la sécurité. Le prix de la vie est plus bas. L’éducation pour nos enfants est meilleure. Mettons en avant nos qualités.

Jean-Claude Luche : « L’Écologie a bon dos »

Sénateur de l’Aveyron – Indépendant, centre droit.

J’entends la manifestation des Français. Je comprends les inquiétudes. Je ne pourrai pas être avec eux samedi, car j’ai (aussi) l’inauguration de la maison de santé à Sauveterre-de-Rouergue.

Je suis intervenu plusieurs fois au Sénat, où j’ai interpellé les ministres de l’Économie et de l’Environnement. Le rapport de fin 2018 montre que les taxes sur le gasoil rapportent 3,9 milliards d’euros à l’État. Seulement 13 % vont à l’écologie. Soit environ 500 millions d’euros. L’écologie a bon dos.

La transition énergétique est indispensable, mais nous ne pouvons pas aller si vite. Nous ne résoudrons pas en un quinquennat ce qui a été détruit en une génération. Je pense notamment aux taxes sur le gasoil pour les entreprises du BTP au 1er janvier 2019. Cela va trop vite.

Sur le même sujet 

À Saint-Affrique, les gilets jaunes s'organisent

Rodez. Les gilets jaunes bloqueront deux ronds-points

Blocages du 17 novembre. Ce qui vous attend en Aveyron



Recevoir notre Newsletter
S'abonner
News letter

Recevez l'info quotidiennement et gratuitement !

Se connecter



Pas encore de compte ? Cliquez-ici !