Aveyron. Les enseignants au bord de la saturation

L'intersyndicale aveyronnaise (FSU12, CGT éduc'action 12, SUD Education, SNE-FSU) alerte sur cette rentrée 2020 qui a été « catastrophique » tant du point de vue humain que pédagogique.

Les syndicats enseignants ont déposé une alerte sociale auprès de la Direction Académique et n'exclue pas des journées de mobilisation. ©ADN12

Suite aux rentrées de septembre et de la Toussaint qui ont été « très problématiques » d’après Julie Bernat-Sandragné, secrétaire départementale de la FSU12, une alerte sociale a été déposée auprès de la DASEN par l’intersyndicale.

Pas assez de remplaçants pour les profs cas contact

Julie Bernat-Sandragné , secrétaire
départementale FSU12. ©ADN12

Principale problématique pour les syndicats : le manque de personnel. Le protocole sanitaire, les cas contacts qui se multiplient chez les enseignants comme chez les élèves ou le personnel administratif ont alourdi la charge de travail, notamment des directeurs et directrices d’écoles du premier degré avec un « besoin de temps que les directeurs n’ont pas eu » indique la porte-parole de la FSU12.

Le manque de personnel reste la problématique conjointe à tous les établissements. « Le personnel remplaçant est sollicité pour remplacer des enseignants cas contact ou qui ont le Covid » rappelle Julie Bernat-Sandragné, en précisant qu’il n’y en a déjà plus de disponible. « Les formations ont été mises entre parenthèses pour récupérer du personnel remplaçant et pallier des manques » rajoute cette dernière, qui déplore aussi la perte du jour de carence : « si on attrape le Covid, on perd un jour de congé ».

« On porte haut et fort le besoin de moyens » (Julie Bernat-Sandragné)

« Rien n’a été préparé pour cette rentrée, alors qu’on savait que la crise Covid n’allait pas s’arrêter » renchérit Cyril Féougier, secrétaire départemental de la CGT éduc’action 12 et enseignant en collège. « Dès la rentrée de septembre, aucun moyen supplémentaire n’a été donné dans l’Education Nationale. Il faut plus de moyens humains, notamment sur les vies scolaires car c’est là que ça a posé le plus de problème, avec des absences de personnes vulnérables, qui ont le Covid ou qui sont cas contact » insiste ce dernier en précisant le fort impact sur la surveillance des élèves hors classe.

Un protocole sanitaire « livré au local et soumis à l’hypothétique »

Sylvain Lagarde, porte-parole SNE-FSU de l’Aveyron. ©ADN12

Le protocole sanitaire, organisé localement est lui aussi pointé du doigt, surtout depuis son « renforcement » qui, d’après Sylvain Lagarde, porte-parole SNE-FSU « n’avait de renforcé que de nom car tout est livré au local et soumis à l’hypothétique ». En effet, les commandes de gel dépendent des établissements qui, parfois, ne peuvent pas en proposer aux élèves.

« Quand on va dans le privé, on est mieux protégé que dans l’Education Nationale » (Sylvain Lagarde)

Dans le premier degré, le brassage des classes, au début interdit, devient une nécessité pour compenser les enseignants non remplacés. « On est obligé de mélanger les classes pour leur donner cours » précise Virginie Le Floch de SUD Education. Cette dernière alerte sur « la fatigue des enseignants due aux conditions de travail qui sont de plus en plus difficiles ».

Décrochage scolaire massif

D’autant que le premier confinement a été « douloureux sur le plan psychologique et pédagogique avec des constats de décrochages massifs malgré la bonne volonté des enseignants » rappelle Sylvain Lagarde. « On est en moyenne nationale autour de 25% d’élèves décrocheurs, avec des contrastes très importants et des analyses à nuancer : les élèves les plus défavorisés, dans des contextes familiaux et sociaux-économiques sont les plus en rupture. Mais il faut aussi prendre en compte la dimension plus psychologique avec des élèves qui, en présentiel, ne posaient pas de problème. L’enseignement a distance a aujourd’hui fait la preuve qu’il est un facteur de décrochage, même pour des élèves qui, sur le papier, n’auraient pas rempli les critères » révèle ce dernier.

« C’est compliqué pour les élèves d’être autonome derrière un ordinateur » (Cyril  Feougier)

Cyril Feougier : « on ne veut pas le même modelé que dans les universités ! ». Photo © Myriam Albouy

Des moyens à venir insuffisants ?

Si Jean-Michel Blanquer, le Ministre de l’Éducation Nationale a bel et bien annoncé lundi 16 novembre dernier 500 millions d’euros d’aides, l’intersyndicale estime qu’elles ne suffiront pas.

D’abord, la revalorisation de salaire sous forme de primes de 30% des enseignants, principalement en début de carrière, fait bondir les syndicats. « C’est presque de la provocation ! » estime Sylvain Lagarde qui réclame plutôt une revalorisation du point d’indice. « Ca représente 50€ par mois net, il faudrait 240€ pour répondre à l’inflation. 500 millions d’euros, c’est dérisoire, il faudrait 10 milliards pour revaloriser les salaires » estime Julie Bernat-Sandragné. « Et on oublie le personnel administratif et les AESH qui accompagnent les enfants handicapés, ils n’ont pas été mis dans les négociations ! » s’indique Cyril Féougier.

« La crise n’aura été qu’un révélateur de difficultés plus importantes » (Virginie Le Floch)

Sans parler de l’annonce de recrutement d’AED (assistants d’éducation) en soutien pour quelques mois. « On va recruter des étudiants pour deux mois » soupire Sylvain Lagarde dont le syndicat exige « une réponse structurelle et non conjoncturelle ».

Et si la demande des syndicats de tester les enseignants va enfin être appliquée, ce sera avec « un temps en retard » estime le porte-parole de la CGT, qui rappelle que cette dernière date de juin dernier. Avec l’interrogation du comment, du quand, et du qui. « En Aveyron, beaucoup de médecins scolaires vont partir à la retraite dans l’année qui vient et je ne pense pas qu’on va les remplacer » explique Cyril Féougier. Reste les infirmières scolaires… dans les établissements qui en ont encore. 

500 millions d’euros d’aides ont été débloqués pour l’année 2021. ©ADN12

« Je n’ai jamais vu une telle rupture entre la profession et le ministre » affirme Sylvain Lagarde, « il y a un sentiment de défiance énorme ». Alors, d’après l’intersyndicale, « oui, il y aura des mobilisations », sans dates encore mais envisagées avant les Fêtes de Noël.

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