Rodez. Le coup de poker de Graine d’Artiste

Le magasin Graine d'Artiste, qui avait déménagé de Sébazac au centre-ville de Rodez pour « aider à revitaliser le centre-ville », se trouve aujourd'hui dans l'obligation de fermer en raison du confinement, en priant pour que les clients reviennent pour les achats de Noël...

Le magasin ferme ses portes pendant le confinement. ©ADN12

Alors que les trois derniers mois avaient plutôt réussi à ce magasin qui vend du matériel d’art et de loisirs créatifs, l’annonce de ce nouveau confinement a été dure à supporter pour Cynthia, sa responsable : « on a l’impression qu’il y a des gens qui jouent avec notre vie » affirme-t-elle. Si les clients ont profité du dernier jour autorisé pour faire le plein, la gérante espère qu’ils seront aussi au rendez-vous pour la réouverture, espérons-le, en décembre.

Novembre et décembre, des mois décisifs

Car les mois de novembre et décembre sont justement les deux meilleurs mois du magasin, qui s’appuie beaucoup sur Noël : « l’année se joue sur ces deux mois » insiste Cynthia qui doit choisir entre refuser les commandes passées pour le mois de décembre, avec le risque de ne rien avoir à vendre le mois d’après, ou les accepter en pariant sur un déconfinement pour les fêtes de fin d’année.

« C’est un coup de poker : je fais le choix d’y croire et de réceptionner les commandes, et surtout de croire que les gens nous attendent pour les cadeaux de Noël… »

La période est d’autant plus difficile que Cynthia n’a pu obtenir aucune aide financière. Son double statut d’employée dans une autre entreprise et d’indépendante avec Graine d’Artiste ne lui a pas permis de toucher les 1 500€ d’aides de l’Etat, ni d’aucune collectivité locale. « C’est pareil pour un retraité qui aurait un commerce à côté… » souligne-t-elle en faisant remarquer qu’il lui aurait suffi de n’avoir qu’un seul emploi pour être plus à l’aise financièrement. « J’ai l’impression qu’on est dans un pays qui ne valorise pas le travail » regrette la jeune femme qui fait travailler trois salariées.

De matériel pour occuper petits et grands pendant le confinement. ©ADN12

Le choix du local

Alors pour ce confinement comme pour l’ancien, ce sera commandes via les réseaux sociaux ou par téléphone, puis livraisons à domicile. « J’ai fait le choix de ne pas avoir de site internet marchand » indique Cynthia qui prône l’économie locale. C’était d’ailleurs pour ça qu’elle était revenue depuis un an en centre-ville, malgré la bonne santé de son commerce dans la zone de Sébazac : le sentiment d’être devenu un supermarché parmi d’autres lui a donné envie d’être à nouveau « dans un échange de services ».

Cynthia a fait le choix de s’installer en centre-ville pour contribuer à son dynamisme. ©ADN12

La question est maintenant de savoir si les Ruthénois vont jouer le jeu du local. « Il y a eu une prise de conscience pendant le premier confinement mais les gens oublient vite, les achats sur internet n’ont jamais aussi bien marché ! » regrette la gérante qui espère que sa clientèle pensera à elle pour ses cadeaux de Noël plutôt qu’à Amazon…

« La seule chose qu’on demande, c’est de pouvoir travailler ! »

Elle choisit donc de proposer la livraison à domicile gratuite dans les 40km autour de Rodez sans minimum d’achat. Avec, comme pour le premier confinement, des propositions d’activités manuelles sur les réseaux sociaux pour occuper les petits, qui ne seront qu’un pâle reflet des ateliers qui se tenaient toutes les semaines au magasin.

Un peu amère, Cynthia constate qu’entre la crise des Gilets Jaunes et le confinement, « le sort s’acharne » sur les petits commerces et compte sur sa clientèle fidèle pour remonter la pente lorsque les commerces pourront rouvrir.