Rodez. Les librairies, commerces de première nécessité ?

Benoit Bougerol, le directeur de la Maison du Livre à Rodez se fait le relais d'un message national du Syndicat de la Librairie française appelant à rouvrir les librairies pour « maintenir un accès à la lecture et à la culture dans des conditions sanitaires sécurisées ».

@ADN12

Ce jeudi 29 octobre, veille de confinement national, la Maison du Livre de Rodez offrait un spectacle plutôt plaisant : beaucoup de Ruthénois se sont précipités pour récupérer leurs commandes et faire des stocks de provisions culturelles, histoire de changer des pâtes et de la farine.

« Les magasins de bricolage ou de jardinage son considérés comme des commerces de premières nécessité : pourquoi pas la culture ? »

« On a eu une journée d’avant Noël, et ça a été le cas pour la plupart des autres commerces » annonce Benoit Bougerol. « Hier on a vendu 6 000 livres dans la journée, sur un stock 60 000 livres (58 000 titres différents), ce qui prouve bien que les gens se sont inquiétés et qu’il y a un vrai rapport au livre » indique le directeur, pourtant très inquiet.

« Une librairie peut en crever »

Car les acteurs du livre ont discuté en amont du confinement avec le Ministère de la Culture et celui de l’Economie et ceux-ci auraient donné leur feu vert pour laisser ouvertes les librairies. Pourtant, « ça coince au niveau de l’Elysée » indique le directeur qui a dû fermer boutique ce jeudi à 19h, comme les autres commerces non essentiels…

Benoit Bougerol, directeur de la Maison du livre ©archives ADN12

Le confinement de mars s’était lui aussi fait dans la précipitation mais les mois du printemps restent des mois de moindre importance pour les commerces. En revanche, novembre et décembre sont des mois essentiels : pour la Maison du livre, décembre représente un quart du chiffre d’affaire de l’année.

 

« Une libraire devient rentable le 27 décembre »

« Une librairie peut en crever » insiste son directeur : « une librairie a une rentabilité de 0,6%. Depuis le début de l’année, nous sommes à -7% à cause des six semaines de fermeture et en comptant les aides. Novembre et surtout décembre, c’est le moment où se joue toute l’année : si on rate une marche ou une journée, on est d’emblée dans le rouge et qu’est-ce qu’on doit faire alors ? ». Selon Benoît Bougerol, avec un tel scénario et même en licenciant certains de ses 20 employés, il serait impossible de faire tourner la boutique au moment de la réouverture…

 

Grandes surfaces VS petits commerces

Bien qu’il comprenne les mesures sanitaires nécessaires, Benoit Bougerol regrette que « les grandes surfaces s’assoient sur les consignes départementales : les Fnac sont ouvertes à Toulouse… à Rodez le Leclerc et l’Espace Culturel sont aussi ouverts sous prétexte qu’ils vendent des ordinateurs ».

« Il faudrait ne laisser que l’alimentaire au sens strict, là c’est scandaleux »

Le libraire se demande dans quelle mesure il peut lui aussi rouvrir sa librairie sous prétexte d’avoir un espace papeterie (puisque les marchands de journaux et papeterie sont, eux-aussi, bien ouverts). Ce paradoxe s’applique à toutes les grandes surfaces qui semblent tirer leur épingle du jeu par rapport aux petits commerces : « il faut décider où on met la barre et pourquoi : tous les rassemblements de petites tailles dans des endroit où les gens sont peu nombreux doivent fermer et les grandes surfaces s’en exonèrent ».

Place à l’action

Au niveau national, la création d’une pétition pour faire rouvrir les librairies pendant le confinement est en cours. Soutenue par les grands groupes d’éditions et les jury des grands prix littéraires (le prix Goncourt a été reporté), les librairies attendent maintenant un geste de l’Elysée qui semble bloqué sur ses positions.

Quant à la Maison du livre, elle relancera à partir de demain samedi 31 octobre le « click & collect », comme lors du premier confinement. Les lecteurs avides peuvent toujours commander sur le site de la libraire, les plateformes de distribution n’ayant pas été fermées, puis venir les chercher en magasin ou se les faire livrer à domicile.

Benoit Bougerol renouvelle son message à destination des habitants, les appelant à ne pas oublier les commerces de centre ville : « s’il n’y a plus de commerçant en centre-ville, les gens seront pieds et poings liés à Amazon, comme aujourd’hui ceux des petits villages qui doivent aller dans les grandes surfaces pour faire leurs courses, et subir leurs prix ».

Peu de chance que cela arrive pour le livre cependant car, pour rappel, le prix du livre est le même partout grâce à la loi sur le Prix Unique du livre de 1981.