Rodez. Philippe Geluck : « Le musée Soulages est le plus beau musée du monde ! » [EN IMAGE]

Philippe Geluck, le Maître du Chat, était de passage au musée Soulages ce vendredi 23 octobre après-midi en vue de l'ouverture du nouveau parcours « Le Chat de Geluck dans l’univers de Soulages ». Il en a profité pour chanter les louanges du maître, mais aussi de son musée ruthénois...

Le parcours du Chat dans l'univers de Soulages a eu le droit à une visite guidée par Philippe Geluck lui-même. ©ADN12

« Je suis ravi de contribuer à lancer ce jeune peintre qui débute ! » Le dessinateur belge de passage sur le piton depuis quelques jours a donné, ce vendredi après-midi, aux journalistes venus des quatre coins de France, une visite guidée pleine d’humour et de tendresse le long du nouveau parcours du musée Soulages.

Triangle amical 

L’admiration de Philippe Geluck pour Pierre Soulages ne date pas d’hier. « Je me rappelle encore parfaitement du moment où j’ai rencontré une œuvre de Pierre Soulages : j’avais cinq ans… » se remémore le dessinateur féru de peinture qui truffe ses albums BD de références artistiques. Les deux artistes ont d’ailleurs fini par se rencontrer sur un plateau de télévision, il y a plusieurs dizaines d’années. Philippe Geluck se rappelle des visites qui ont eu lieu par la suite, dans la maison de Pierre et Colette, à Sète, et dans l’atelier du maître, qui lui ont fourni plusieurs idées de boutades, à retrouver aujourd’hui aux murs du musée Soulages. « Il faut saluer la jeunesse d’esprit de Pierre Soulages : j’arrive à le faire rire avec mes bêtises… » se félicite le dessinateur.

« J’ai essayé de le servir comme je pouvais »

Pour Benoit Decron, le directeur du musée, l’évidence d’une expo Soulages/Geluck est venue devant un des dessins du Chat, affiché dans cette exposition. « Quand j’ai fait la proposition d’une expo à Pierre Soulages, il a été surpris. Il m’a bien fait comprendre que j’étais cinglé, mais que c’était une bonne idée » rapporte le directeur, très fier de ce duo plutôt inattendu.

L’idée de l’exposition est partie de ce premier dessin qui a fait rire Benoît Decron.

Et du côté de la Belgique, quelle a été la première réaction du dessinateur devant la proposition de Benoit Decron ? « Garder mon calme ! » s’exclame-t-il. Car ces deux là sont amis depuis plusieurs années et s’entendent comme larrons en foire, surtout lorsqu’il s’agit de bons mots. « Ses aphorisme, entre Alphonse Allais et Marc Aurèle, font mouche » écrit le directeur dans son introduction à la visite.

« Je ne suis que l’humble serviteur de ce tyran ! » a déclaré Philippe Geluck en parlant du Chat. ©ADN12

Pour Philippe Geluck, c’était aussi l’occasion de découvrir l’envers du décor, de visiter un musée avec ou sans visiteur et de choisir où placer ses toiles – car, oui, ces cases sont bien peintes. L’occasion aussi de monter l’exposition sous les yeux même des spectateurs, alors que le musée était ouvert à la visite, et parfois de leur demander leur avis sur le choix de telle ou telle toile.

« Je ne pratique pas l’humour destructeur » ©ADN12

Le Chat conférencier

Créée comme un parcours plus que comme une expo, cette incursion de la BD dans le temple de Pierre Soulages sonne comme une facétie sympathique ; pourtant, derrière chacun de ces gags se tient une anecdote réelle de la vie de Soulages, de ses décors ou de sa manière de travailler.

« Soulages m’a appris que la lumière existe dans le noir sur le noir, donc aussi dans le blanc sur le blanc » explique Philippe Geluck devant cette peinture. ©ADN12

« Les gens ne doivent pas venir dans un musée avec la trouille de ne pas comprendre : Le Chat est là pour les mettre à l’aise »

Une façon de rentrer dans la peinture en passant par la BD. Une manière aussi de désacraliser le sacré, sujet terriblement d’actualité, surtout en bande dessinée. Condamnant les meurtres liés aux caricatures de Charlie Hebdo, Philippe Geluck a rappelé que si la liberté d’expression était devenue une évidence en France, elle ne l’est toujours pas dans certains pays et que si « le temps de la pédagogie n’est pas terminé », il n’est pas toujours nécessaire de « mettre ces caricatures sous le nez » de personnes pouvant en être blessées. « Il faut réfléchir autrement » précise le dessinateur qui prend l’humour très au sérieux.

« Le droit de rire de tout ne doit être octroyé qu’à celui qui peut rire de lui-même »

« Petit signe à Colette (compagne de Pierre Soulages), une manière de dire que je pense aussi à elle ! » ©ADN12

Ce féru d’art a profité de l’occasion pour mettre une touche de décalé, de tendresse et d’insolence dans ce temple ruthénois de la culture. Une idée saugrenue mais qui fonctionne et qui permettrait, qui sait, de faire venir des habitants curieux qui, sans le Chat, n’auraient peut-être pas osé pousser la porte du musée…