Rodez. Des mesures difficiles à avaler pour les restaurateurs

Alors qu'un rassemblement s'est tenu ce mercredi soir à Rodez contre les dernières mesures de fermeture décidées par la Préfecture, les professionnels de la restauration s'adaptent et modifient leur manière de travailler, sans être très optimistes pour les mois à venir...

Eric et Catherine de la Cantina ont constaté une nette baisse de fréquentation au début du mois. ©ADN12

Sur le boulevard François Fabié comme partout dans l’agglomération de Rodez, les restaurateurs font contre mauvaise fortune bon cœur. A la Cantina, Catherine et Eric De Seguins, les patrons, ont adapté leur organisation pour respecter les nouvelles mesures : distance minimale d’un mètre entre les chaises (et non plus entre les tables !), six personnes maximum par table, mise en place de fiches de rappel, capacité maximale d’accueil affichée et visible depuis la rue…

« La distanciation, ça divise notre chiffre d’affaire par deux, et on est obligé de refuser du monde »

Juste à côté, chez Angkor, Chan Ing et sa femme Sreymom ont même pris la décision d’arrêter la restauration sur place et de ne proposer que de la vente à emporter. En cause : « Le manque de place, les contraintes… ». Notamment le fameux cahier de rappel, dont l’application complique la vie des deux patrons : « Qu’est-ce qui se passe quand il y a un cas de Covid au restaurant ? Qui doit-on appeler ? » interroge Chan.

Quant à l’obligation de fermeture de 22h, les deux restaurants ne se sentent pas particulièrement touchés : « c’est raisonnable en semaine pour nous : par contre, le week-end, c’est plus compliqué… » précise Catherine.

« Il y a eu une cassure en octobre »

La Cantina a préféré la fiche de rappel au cahier : conservée 15 jours, elle permet de garder traces des éventuels cas contact. ©ADN12

Les deux voisins sont plutôt du même avis : si l’été après le confinement leur a remis du baume au cœur, ils ont tout de même constaté une forte baisse de la fréquentation de leurs établissements à partir de fin septembre-début octobre.

Le développement du télétravail a bien sûr réduit la clientèle de midi. Mais la faute incombe aussi selon eux à l’ambiance anxiogène induites par les mesures sanitaires, et la taille réduite des deux établissements ne rassure pas forcément les clients. « Tout ceux qui ont une petite capacité d’accueil souffrent par rapport aux plus grands : la clientèle préfère peut-être aller dans un grand restaurant avec plus d’espace… » pense Catherine qui trouve que l’ambiance, depuis la crise, rend difficile les moments de détente au restaurant.

« Ils nous ont enlevé le restaurant de loisir »

Pourtant, les deux établissements ont suivi les règles en réorganisant l’espace pour permettre la distanciation sociale, passant de 34 à 24 couverts pour la Cantina et de 32 à 16 places pour Angkor. Ce dernier a donc choisi de se concentrer sur la vente à emporter, devenue de toute façon deux fois plus importante que la restauration sur place depuis quelques semaines. Pour Eric et Christine de la Cantina en revanche, une chose est sure : « La vente à emporter ne suffira pas ».

Chan, Sreymom et Sorya ont choisi la solution de la vente à emporter. ©ADN12

Des aides pour les restaurateurs ?

Comme les nouvelles règles sanitaires l’exigent, la Cantina a bien affiché le nombre de personnes maximum autorisées dans son établissement. ©ADN12

Sans aide, le patron de la Cantina estime pouvoir tenir encore trois mois sur sa trésorerie : le restaurant qui tourne habituellement avec le couple, un serveur et un chef, s’est passé depuis quelques semaines d’un de ses employés. « Le gouvernement a fait ce qu’il fallait pour le chômage partiel, mais je ne sais pas comment on va faire sans aide en plus » se demande Eric.

« Depuis un mois on est dans l’incertitude complète : on sait que ça va nous tomber dessus, mais on ne sait pas quoi »

Comme beaucoup, les deux voisins du tour de ville ont du mal à imaginer l’avenir. « C’est compliqué de se projeter tant qu’il n’y a pas de vaccin : on vit au jour le jour » estime Chan qui, malgré tout, garde le sourire… derrière le masque.

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