Aveyron. L’élevage de chèvres a la cote !

Si sa place reste minoritaire dans l'agriculture aveyronnaise, la filière caprine séduit de plus en plus de nouveaux installés, et le département fait même aujourd'hui figure de modèle sur le plan national...

Eleveur à La Primaube, Joël Mazars s'investit pour le développement de la filière caprine dans le département, mais aussi aux niveaux régional et national. @ADN12

Après une carrière dans la banque, Joël Mazars s’est tourné vers l’agriculture. Il est, depuis l’an 2000, producteur de lait de chèvres à La Primaube et préside aujourd’hui la filière caprine aveyronnaise, et la représente même jusqu’au niveau national.

« L’Aveyron est le premier département français en termes d’installations caprines ! »

Pour lui, la filière caprine se porte bien, particulièrement en Aveyron, et il compte bien le faire savoir, car des opportunités existent…

Une filière dynamique

Rien que sur la région Occitanie, l’Aveyron, avec ses plus de 200 producteurs, représente 70 % du volume global de production de lait de chèvres.

« En Aveyron, les éleveurs de chèvres sont jeunes et dynamiques, avec 45 ans de moyenne d’âge ; et on compte entre 10 et 20 nouvelles installations chaque année depuis 4 ou 5 ans… En 10 ans, le nombre de producteurs de lait de chèvre a quasiment doublé sur le département ! »

(Joël Mazars, président de la Filière Caprine aveyronnaise)

40% de producteurs en plus en Aveyron, quand l’augmentation nationale n’a pas été au-delà de 10%… Un dynamisme de la filière locale que Joël Mazars explique par le travail effectué pour la faire mieux connaître : « je me souviens notamment de la campagne de pub réalisée avec Jean-Claude Luche quand il était président du Département. Elle s’intitulait « Devenir éleveur de chèvres : un champ de possibilités » ».

« Les gens se sont dits : il y a des débouchés ! »

« Ça a suscité de l’intérêt chez les agriculteurs eux-mêmes et parmi les gens en recherche de reconversion »

La campagne de 2015 « Devenir éleveur de chèvres : un champ de possibilités » a permis d’attirer de nouveaux porteurs de projets. (crédit photo : Conseil_départemental_aveyron)

On manque de lait de chèvres !

Et si l’élevage de chèvres séduit de plus en plus d’actifs, c’est parce que la filière offre des débouchés intéressants. « Actuellement, le lait de chèvre se consomme partout : sous forme de fromages ou dans les desserts, il est même devenu la star des restaurants » sourit l’éleveur primaubois, « chaque année, nous sommes obligés de faire appel à de nouveaux producteurs car on manque de lait ! ».

« On a gagné plus de 100€ sur les 1 000L en 5 ans ! »

En 2020, les éleveurs de chèvres aveyronnais sont surtout distributeurs : leur lait est collecté par des entreprises, parmi lesquelles Lactalis occupe un quasi monopole. « On est dans une relation de confiance depuis des années. Il y a peu de sociétés de collecte ici mise à part la coopérative Terra Lacta »

« En Aveyron, seuls 15% des éleveurs de chèvres sont transformateurs. Cela s’explique notamment par l’absence d’AOP, à part quelques-uns qui font un peu de Rocamadour. On se bat d’ailleurs auprès de Lactalis pour que soit créé un produit typiquement aveyronnais, qui favorise les producteurs »

(Joël Mazars)

« Aujourd’hui, le prix de vente moyen des 1 000 litres de lait de chèvre est à 750 € » détaille Joel Mazars, « il y a 20 ans, on était plutôt aux alentours des 480 € ! ». Un argument de poids pour les futurs installés…

De nouvelles installations à venir ? 

Quand on lui demande si n’importe qui peut se lancer dans l’élevage de chèvres, Joel Mazars veut rester prudent : « les chèvres sont très techniques à conduire et le travail est particulièrement astreignant » prévient-il, « si on n’a pas les reins solides, le rêve s’éteint vite et les néo-ruraux que l’on voit s’installer avec 50 chèvres ne passent généralement pas les 7 ans »…

« Il faut plus que de l’envie »

Le président de la filière aveyronnaise nous décrit le portrait moyen d’un éleveur de chèvres dans notre département : « 40 hectares de bonne terre pour cultiver l’alimentation des bêtes, 200 à 250 chèvres, 50 heures de travail par semaine… et 800 000 € d’investissement minimum » sans oublier une bonne étude de marché et le travail en coopérative… « Avec une gestion rigoureuse, il est possible d’obtenir une rémunération supérieure à 1 500 € » assure Joel Mazars. Particularité de cette filière caprine : en raison de la facilité à manipuler les animaux, les femmes y occupent une bonne place, représentant 30 % des chefs d’exploitation.

Des dossiers sur la table

Elu au bureau national de la FDSEA, Joel Mazars ne compte pas ses heures pour vanter les mérites de sa filière au niveau national. « Il y a un potentiel énorme pour cette filière » insiste-t-il, même s’il conçoit que la place est difficile à trouver entre les filières bovines et céréalières.

« Conserver notre leadership mondial »

Alimentation, bien-être animal, écornage, intégration de la filière dans la Politique Agricole Commune, valorisation de la viande caprine… les dossiers sont nombreux et petit à petit, la filière remporte des batailles.

« Au niveau régional, on souhaite développer un programme de recherche sur des plantations répondant aux spécificités caprines. On s’est battu et on a réussi à obtenir 430 000 € de financement, c’est une vraie victoire pour améliorer l’alimentation de nos bêtes et s’adapter aux changements climatiques » s’enthousiasme Joel Mazars.

Objectif : « garder et développer le leadership mondial que l’on a en France sur la filière caprine » et auquel participe grandement les éleveurs aveyronnais !