« Le Bleu de Brebis a l’apparence trompeuse du Roquefort »

Alors que la Confédération générale de Roquefort, Organisme de défense et de gestion de l’AOP Roquefort, a donné son feu vert à la Société des caves pour la commercialisation du Bleu de brebis, la Confédération paysanne de l’Aveyron a envoyé un courrier à l’attention du conseil d’administration de l’INAO, de la direction générale de l’INAO (Marie Guittard, André Barlier et Patricia Caristan) et de la délégation territoriale Auvergne-Limousin (Emmanuel Vergnol et Dominique Lanaud). Nous le reproduisons ici.

« Ces pourcentages viennent confirmer nos craintes : le Bleu de Brebis a l’apparence trompeuse du Roquefort et créé une véritable confusion pour le consommateur. »

« Hostiles à l’initiative de l’entreprise Société de commercialiser un bleu de brebis sous sa marque, nous avons attendu le verdict de la Confédération Générale de Roquefort (CGR), Organisme de Défense et de Gestion (ODG) du Roquefort.

En mai 2019, l’Institut National de l’Origine et de la Qualité avait rappelé la CGR à ses obligations « La confédération a en vertu de la réglementation ainsi que de ses statuts pour mission de participer aux actions de défense et de protection du nom du produit et du territoire ainsi qu’à la valorisation du produit. En conséquence, sauf à manquer à ses missions statutaires et légales, la Confédération a l’obligation de prendre les mesures nécessaires tendant à assurer la protection de l’AOP Roquefort ».

Or, après avoir mis en place une « commission de conciliation », mené une étude organoleptique et une enquête consommateurs, le conseil d’administration de la CGR a tranché. Le 31 août 2020, la CGR a reconnu possible la coexistence du Bleu de brebis avec le Roquefort. Pourtant, pour nous, par bien des aspects (pâte persillée au lait de brebis, emballage similaire, logo vert bien connu de la marque Société…) le produit est trop semblable au Roquefort et risque fort de faire du tort à l’Appellation d’Origine Protégée (AOP).

Cette décision de la part de l’ODG, censé veiller sur la valeur ajoutée, l’éthique, l’économique et le symbolique de l’AOP Roquefort, est une atteinte grave à la pérennité de cette filière. Cette imitation pasteurisée du Roquefort risque en effet de saborder l’AOP en imposant des produits de moins bonne qualité et en générant une baisse du prix du lait. En outre, ce produit ne répond à aucun cahier des charges, il est donc aisément délocalisable et sa recette modifiable à souhait, au risque de devenir bon et de se rapprocher du Roquefort.

Sebastien Persec, représentant de la Confédération Paysanne. ©ADN12

La Confédération paysanne de l’Aveyron dénonce les arguments fallacieux utilisés pour justifier cet accord, ainsi que la prise de décision hâtive, le jour même de la découverte des résultats et sans laisser le temps à l’ensemble des acteurs de la filière de les consulter, de se les approprier et de prendre avis auprès de leur base.

Soulignons, avant tout, que la convocation de la commission organoleptique par la commission de conciliation Bleu Société n’a pas sa place ici, en effet une analyse sensorielle n’apporte pas de réponse au problème marketing soulevé : packaging et utilisation du logo Société sur un fromage persillé au lait de brebis.

En plus de ne pas avoir de raison d’être dans ce dossier, cette analyse est critiquable sur plusieurs points.

Premièrement, nous considérons que l’ajout d’un échantillon de Saint-Agur à la comparaison – sans en avertir les experts qui n’étaient là que pour débusquer le Bleu Société – remet en cause la qualité des résultats obtenus. En effet, la pertinence d’une analyse organoleptique dépend de la bonne compréhension par le jury des objectifs de l’étude.

Deuxièmement, plus de la moitié du jury (8 personnes sur 15) a considéré que le Saint-Agur (fromage au lait pasteurisé de vache), était « Conforme à l’AOP Roquefort » (fromage au lait cru de brebis)… Un résultat qui peut faire douter de la capacité des dégustateurs à évaluer objectivement les produits proposés.

Troisièmement, il semblerait que lors de la dégustation, les échantillons aient été découpés de manières différentes du fait de leur conditionnement à l’arrivée dans les locaux de l’ODG. Comme tout outil scientifique, l’analyse sensorielle demande de la rigueur pour garantir des résultats fiables et de qualité. Les normes AFNOR imposent le respect de consignes précises dont l’une d’elles est la présentation homogène des échantillons testés.

Concernant l’enquête consommateurs, 700 personnes expertes y ont participé. Après avoir vu pendant 15 secondes l’image du Bleu Société, 3 questions leur ont été posées.
A la question « De quel produit s’agissait-il ? » 10 % répondent « Roquefort » ou « Genre, imitation de Roquefort ». A la question « Selon vous, s’agissait-il de Roquefort ? » 43 % répondent « Oui ».

Enfin, ces enquêtes constituent les seules pièces du dossier. Devons-nous rappeler à la CGR qu’une prise de décision responsable et robuste dans le temps ne se prend pas sur la base d’un unique sondage ?

Nous invitons l’INAO à prendre en compte tous ces éléments et à bien analyser la décision de la CGR, afin que l’AOP Roquefort ne soit pas l’objet d’un détournement de notoriété et pour protéger la filière Roquefort, rémunératrice, créatrice de richesse sur notre territoire et qui contribue au maintien d’un tissu rural dynamique.

Espérant que vous serez attentifs à notre position, nous restons à votre disposition pour en discuter. Veuillez recevoir, Mesdames, Messieurs, nos salutations les meilleures ».

Pour les paysannes et paysans de la Confédération paysanne de l’Aveyron,
les membres du comité départemental et Sébastien Persec, porte-parole