Sud-Aveyron. Ils s’insultent devant leurs enfants

Un ancien militaire de carrière devenu agriculteur entre Millau et le Lévézou a été condamné ce mercredi 16 septembre par le tribunal correctionnel de Rodez pour des violences sur sa compagne.

@ADN12

Violences domestiques

L’histoire semble tristement banale : en juillet 2019, une mère de famille dépose plainte à la gendarmerie locale et dénonce les violences physiques et psychologiques quotidiennes qu’elle subit depuis plusieurs années. Parlant de pressions, de rabaissements et d’insultes, elle indique aussi avoir subi des violences lors des disputes que vit régulièrement le couple, parfois en présence de leurs trois enfants.

C’est d’ailleurs une dispute à propos de l’éducation des enfants qui fait déborder le vase pour la victime en juin 2019 : malgré une montée en tension entre les deux compagnons depuis plusieurs années, ce jour-là, le prévenu l’aurait attrapée « par le cou » et jetée à terre. Entendu en garde-à-vue, le prévenu avait affirmé que les insultes avaient lieu des deux côtés et insisté sur le fait qu’il ne l’avait jamais frappée. « Je l’ai juste repoussée » a expliqué ce dernier devant le tribunal, en précisant « quand on vous donne des coups répétés sur le torse Madame la Présidente, que voulez-vous que je fasse ? »

« On est victimes tous les deux de la situation »

Estimant n’avoir jamais commis de violence envers sa compagne, le prévenu de 41 ans affirme s’être simplement défendu : « elle est hystérique » indique-t-il au tribunal pendant son audience. Le sujet de dispute le plus fréquent : l’éducation des enfants. Évoquant des moments où les enfants sont renvoyés au lit sans manger en cas de caprice à table, des gifles, des pincements, le prévenu avait même déposé une main courante envers son ex-compagne qui avait fait l’objet d’une Information préoccupante (courrier envoyé au service chargé de protection de l’enfance) qui n’avait pas aboutie.

« Il a beaucoup de colère en lui »

Bouleversée, la victime appelée à la barre a évoqué un climat de tension grandissant : « Il m’attrapait par le bras, me secouait dès que je n’étais pas d’accord avec ce qu’il disait » a-t-elle expliqué aux juges. « Quand il est revenu d’Afghanistan en 2011, c’était déjà plus la même personne » a-t-elle ajouté, « il cassait des objets à côté de moi et ça, je ne savais pas que c’était de la violence : c’est les gendarmes qui m’ont dit que c’était de la violence », « il vous rabaisse tellement que vous finissez par penser que c’est normal qu’il vous traite comme ça »… des propos qui se sont clos par une demande de dédommagements de 2 000 €.

Les enfants, premières victimes

Si aucune des deux parties ne semblait toute blanche ou toute noire ce jour-là devant les juges du tribunal, le constat était unanime : ce climat de violence installé depuis longtemps n’est pas bon pour les enfants. « Pour les enfants, voir au quotidien des violences verbales contribue à altérer leur développement » a indiqué la procureure en requérant de la prison avec sursis pour le prévenu.

Le couple étant aujourd’hui séparé et en garde alternée et le prévenu n’ayant pas d’antécédents, le tribunal a opté ce mercredi pour une obligation de suivre un stage de responsabilisation « pour la prévention et la lutte contre les violences au sein du couple » à faire dans les 6 mois, et un dédommagement de 200 € pour la victime. En cas de refus de suivre ce stage, le prévenu encourt 500 € d’amende. Il a en revanche été relaxé pour la détention d’arme blanche : il s’agissait d’un sabre d’abati (sorte de machette) qui lui servait d’outil de travail, récupéré en Afrique « quand j’étais militaire en brousse » a indiqué le prévenu.