Séverac-d’A. L’incendiaire de 73 ans condamné pour huit départs de feux en cinq ans

L'homme avait déjà été arrêté en 2019 à la suite de plusieurs incendies dans la zone artisanale des Marteliez. @Gendarmerie_Aveyron

C’est un profil peu commun qui était jugé ce jeudi 6 août par le tribunal correctionnel de Rodez sous procédure de comparution immédiate : un homme de 73 ans, ancien conducteur de train à la retraite, marié, père et grand-père, au casier judiciaire vierge, et que la justice soupçonne de 19 incendies volontaires entre 2016 et ces derniers jours sur la commune de Séverac d’Aveyron.

L’homme, -qui se trouvait sous contrôle judiciaire depuis l’été dernier pour des incendies antérieurs-, avait été arrêté et placé en détention à la suite de ses deux derniers méfaits : jeudi 30 juillet à Séverac et lundi 3 août à Campagnac, deux départs de feux heureusement rapidement maîtrisés grâce à l’intervention des gendarmes et pompiers.

Une rancœur comme mobile ? 

« Nous ne sommes pas devant un profil pyromane, il n’y a pas de fascination pour le feu ni de pathologie psychiatrique mais il existe une dangerosité liée à une rancœur de l’accusé envers la mairie de Séverac et l’usine de granulés COGRA » : s’appuyant sur l’expertise psychiatrique, la présidente du tribunal cherche à savoir les raisons qui ont poussé cet homme à allumer ces feux.

Des feux qui ont tous été allumés à l’aide d’un briquet et d’herbes sèches dans le périmètre de la zone artisanale des Marteliez, où se trouve l’usine à granulés COGRA, à laquelle l’accusé reproche de « polluer », et où il a l’habitude de promener son chien.

Aux nombreuses questions du tribunal et du parquet, l’accusé fournit des réponses décousues et évasives, expliquant tantôt ne pas savoir pourquoi il a fait ça, tantôt vouloir « brûler des papiers », tantôt vouloir « leur donner une leçon ».

« Il est difficile de trouver un mobile cohérent : est-ce sa rancœur envers la mairie à qui il reproche un mauvais entretien des chemins, envers la COGRA à qui il reproche les nuisances, une contrariété, la volonté d’acquérir le terrain du voisin ? Il y a un véritable paradoxe entre le mode opératoire, -ses gestes précis et réfléchis-, et l’absence de mobile… voilà de quoi soulever mon inquiétude quant à sa dangerosité. »

(Le Procureur de la République)

Pour son avocate, Maitre Camille Jammes, l’accusé est en « lourde dépression » : « mon client présente selon moi une fragilité psychologique et je ne suis pas certaine qu’il soit conscient de ce qu’il fait. Il a besoin de soins plutôt que d’aller en détention ». Suite à son arrestation l’été dernier, l’homme a été placé sous traitement et est suivi par un psychiatre.

Relaxé pour 11 incendies

Sur les 19 incendies pour lesquels il comparaissaient ce jeudi, le septuagénaire en reconnaît uniquement cinq. « Ce n’est pas parce qu’ils ont tous été commis dans la même zone que c’est lui » a plaidé son avocate, arguant du manque de preuves matérielles avancées par l’accusation.

Les juges lui en imputent finalement huit et le condamne à deux ans de prison, dont six mois sous bracelet électronique et 18 mois avec sursis. Il devra également poursuivre les soins et indemniser les parties civiles pour les dégâts matériels engendrés.

L’ensemble de ces incendies n’a heureusement fait aucune victime.