Rodez. Station A dit au revoir à ses Centraliens !

Pendant cinq semaines, le tiers-lieu ruthénois Station A a pu compter sur dix stagiaires venus tout droit de l'Ecole Centrale Supélec de Paris. Petits portraits de ces étudiants de première année qui ont donné de l'huile de coude pendant plus d'un mois pour permettre au tiers-lieu d'avancer, tout en apprenant la débrouillardise, l'autonomie... et à passer la tondeuse !

Les huit centraliens restants sont repartis aujourd'hui en laissant un grand vide à Station A... ©ADN12

Ils étaient dix à l’origine, mais deux sont repartis plus tôt vers d’autres horizons… Pendant cinq semaines, les stagiaires de cette grande école d’ingénieur parisienne ont pu sortir la tête de leurs livres de cours pour plonger dans le grand bain des chantiers participatifs. Refaire des barrières, construire un vélo-boîte à outils, entretenir les jardins, faire le service au restaurant, inventer des volets pour le bar… mais aussi faire à manger pour tout le monde, travailler en équipe et s’habituer à la vie en collectivité, voilà ce que ces jeunes entre vingt et vingt-deux ans ont dû apprendre pendant plus d’un mois de stage à Station A.

« Au tout début, avec notre association Africa Unite on devait partir au Togo en mission humanitaire », explique Bilal. Mais la Covid a eu raison de leur projet et c’est par le biais de du tiers-lieu d’Arvieu « qui ne pouvait pas nous accueillir et qui nous a recommandé Station A », continue Paloma, que ces dix stagiaires se sont retrouvés à Rodez pour leur mois de stage ouvrier obligatoire.

Bilal, 22 ans, Casablanca

« Station A vient de commencer et continue de se développer : on a pu apporter une aide bénéfique à ce projet. On a refait les barrières de la prairie, les enclos, des tâches ménagères, aidés au restaurant… le fait de travailler sur le bricolage mais aussi la restauration, c’était enrichissant, ça permettait de toucher à tout. »

« Je ne me suis jamais ennuyé, on nous proposait toujours plein d’activités et on a appris plein de choses »

  • Les plus : « le service au restaurant. Je suis un passionné de cuisine et je suis content d’avoir rencontré Luc qui est un grand Chef. Ça m’a permit de découvrir de nouvelles recettes que je pourrais refaire à ma famille ! »
  • Les moins : « faire le ménage de la cuisine… mais on est obligé de le faire, ça fait partie du travail ! Ici j’ai appris qu’il faut aller au bout des choses : faire la préparation, la cuisine, le ménage, la plonge, le service… si une tâche n’est pas faite, on ne peut pas finir le travail. »

Paloma, 22 ans, banlieue parisienne (95)

« Ce que j’ai aimé dans Station A, c’est ce travail dans la transition énergétique et dans le côté social, on rencontre beaucoup de monde. »

« Ici j’ai appris à gérer mon temps et à être autonome »

  • Les plus : « la diversité des tâches : refaire les barrières, tondre la pelouse, conduire un tractopelle, couper des planches à la scie… j’ai bien aimé chaque tâches parce qu’elles changeaient tous les jours. »
  • Les moins : « au début on pouvait être dépassés et perdus, il y avait trop de choses à faire ! Et puis il faut savoir se dire « je prends les devants et je choisis par moi-même ce que je vais faire aujourd’hui ». »

Lucie, 22 ans, Paris

« J’ai tout de suite été emballée par le projet : il fallait attirer du monde et dynamiser Rodez, il y avait plein de choses variées à faire. Et on a été très bien encadrés : Alan, Luc, Arnaud, ils nous ont expliqués puis nous ont laissé nous débrouiller. Pour le projet de créer des volets pour fermer le bar, ils nous ont laissé trouver le moyen de les mettre en place, puis nous ont montrer comment utiliser les outils pour la fabrication. »

« C’est cool qu’ils nous fassent confiance comme ça »

  • Les plus : « aider à la cuisine et travailler avec Arnaud au bricolage : j’ai beaucoup aimé le côté mentor de Luc et d’Arnaud ! »
  • Les moins : « nettoyer les toilettes ! »

Cyrian, 22 ans, région parisienne (91)

« Station A c’est un projet qui fait son maximum pour être éco-responsable : on doit attirer des entreprises, c’est un lieu de rencontre mais pour tout ça on récupère des matériaux. On est pas là pour construire du neuf mais pour réutiliser ce qui existe et en faire quelque chose de plus sympa. Par exemple, pour les chaises de la prairie, elles sont faites en palette : on aurait pu décider de fabriquer des chaises design mais on a réutilisé, on ne pollue pas. Et je n’avais jamais travaillé dans un restaurant avant : il faut apprendre vite parce que le chef n’a pas le temps que je mette cinq semaines pour apprendre à faire une vinaigrette ! »

« Il y a une volonté de réutilisation et on apprend à travailler de nos mains »

  • Les plus : « ça m’a permis de découvrir l’Aveyron : le lac de Pareloup, Rodez… et de mélanger événementiel et cuisine en aidant au restau. »
  • Les moins : « Nettoyer les toilettes et avoir à faire « la police » en faisant le staff pour demander aux gens de respecter les gestes barrière… »

Pierre, 20 ans, Bordeaux

« Je ne connaissais pas du tout les tiers-lieux, c’était une belle découverte avec un esprit différent. J’ai découvert que les gens qui géraient le lieux étaient sympathiques, chaleureux, qu’ils ne cherchaient pas à mettre une distance. Il y a une hiérarchie horizontale, tout le monde participe pour que le lieu devienne meilleur. En quelques semaines, avec le recul, on peut voir que le lieu a beaucoup bougé, c’est plutôt gratifiant ! »

« C’était de belles rencontres avec des personnes passionnées et compétentes »

  • Les plus : « le service au restaurant ! Il y a l’excitation du moment, on est à fond pour servir, c’était un vrai challenge pour réussir à ce que tout le monde soit satisfait. Le bricolage aussi, c’est agréable de le voir fini. Il y a un décalage entre le restaurant où l’action est immédiate et le bricolage où on ne voit pas tout de suite les résultats mais où la gratification arrive plus tard. »
  • Les moins : « quand on est dans la tâche, c’est dur, c’est fatiguant, c’est pas que du plaisir de bosser au soleil ! Mais ça vaut le coup pour le résultat à la fin : j’en ai bavé pendant trois jours, voilà le résultat, c’est gratifiant ! »

Romàn, 21 ans, Pyrénées-Orientales

« On avait deux gros projets : celui de mettre en place des volets pour fermer le marcheur le soir (lieu du bar-restaurant, ndlr) et construire un vélo-boîte à outils pour pouvoir aller d’un endroit à l’autre du lieu en ayant tout sous la main. Il n’y avait pas grand monde de bricoleur parmi nous, on a appris à couper des planches à la scie, à souder, à couper du métal… »

« J’ai laissé le service du restaurant à ceux qui aimaient ça et j’ai préféré entretenir le lieu avec des tâches ponctuelles »

  • Les plus : « créer les volets ! Il fallait qu’on trouve l’idée à cinq, on avait chacun la nôtre, c’était difficile de s’entendre mais à deux ça marchait mieux ! Pour le restau, j’ai bien aimé Luc qui est très sympa, qui nous raconte ses histoires, sa vie à Paris… J’ai bien aimé travailler en équipe, trouver par nous-même quoi faire et nous répartir entre nous les tâches. Même s’il y a eu des mini-tensions parce que se gérer tout seul, c’est difficile ! »
  • Les moins : « Je n’ai pas trop aimé peindre les barrières, il fallait mettre une bâche au sol pour protéger, ça s’envolait… mais j’ai bien aimé les gratter pour enlever les vieilles peintures, et ça fait faire du sport ! »

Aurore, 21 ans, Paris

« On a toujours été hyper occupés à faire plein de choses. C’était très varié, avec des gens différents… on était en mode vacances occupées ! Ça tombe bien, je n’aime pas n’avoir rien à faire ! »

« On a fait des choses utiles qui vont servir »

  • Les plus : « j’ai aimé le mélange de tout : le travail manuel, faire des plans… je n’aurais pas pu faire la même chose pendant cinq semaines ! Et on a visité Millau, Arvieu, les gorges du Tarn, Pareloup, Rodez… »
  • Les moins : « j’ai moins aimé de ne pas pouvoir compter sur tout le monde pour faire avancer les tâches : quand il y en a un qui ne fait pas ce qu’il doit faire, on ne peut pas finir le projet… Même si j’ai été la première à ne pas faire ce qu’il fallait et à bloquer tout le monde ! Les tensions sont inévitables mais ça reste une super expérience. »

Emma, 21 ans, Paris

« Quand on est arrivés, tout venait de commencer : le bar venait d’ouvrir, tout était nouveau pour nous, mais aussi pour eux ! On a pris nos marques, on a gagné en autonomie, on a pris plus d’initiatives… On nous a fait faire des choses de nos mains alors qu’on est pas très manuels. On a appris à commencer un projet et à le finir. On est tous tristes de partir, de quitter l’endroit mais aussi les gens ! »

« C’était pratique d’être logés là, ça nous a permis de plutôt bien nous intégrer »

  • Les plus : « j’ai adoré faire le service au restau, mais aussi passer la tondeuse ! Je n’avais jamais conduit une tondeuse, je me suis bien amusée ! J’ai adoré essayé plein de choses, tout tester, voir les relations entre les personnes, comment elles interagissent entre elles… »
  • Les moins : « j’ai pas aimé porter des trucs lourds, surtout quand il fait chaud ! Porter une brouette pleine de pierres sous 30° c’était dur ! J’ai pas trop aimé faire les plans non plus : je préfère construire avec les Lego plutôt que d’écrire le mode d’emploi ! »
Lors du dernier débat A Vos voix, Lucie a pu interpeller les candidats aux dernière élections municipales ruthénoise sur les projets d’attractivité de Rodez pour les jeunes. ©ADN12

Bravo aux jeunes stagiaires qui ont essuyé les plâtres du chantier participatif et du statut de Station A comme maître de stage ! Si les huit étudiants sont repartis aujourd’hui vers Paris ou ailleurs, Station A continue à accueillir des stagiaires pour participer à la construction du tiers-lieu : les stagiaire ou bénévoles intéressés peuvent écrire à contact@station-a.fr.