Sébastien Arsac, co-créateur de L214 : « Nous, on fait notre job d’ONG »

Sébastien Arsac, co-créateur de l'organisation L214 a accepté de nous rencontrer pour une interview au sujet du scandale soulevé par la dernière vidéo diffusée par son association visant la filière Roquefort et l’abattoir Arcadie de Rodez.

Sebastien Arsac, cofondateur de l'organisation L214, à Rodez ce mercredi 24 juin.©ADN12

Après la bombe lâchée dans la nuit par L214, Sébastien Arsac, son co-créateur, était en déplacement à Rodez ce mercredi 24 juin. Il a accepté d’expliquer l’objectif poursuivi par son association en diffusant cette vidéo…

Pourquoi avoir choisi la filière de Roquefort en particulier pour votre dernière vidéo ?

Quel était le but de cette vidéo ?

Le but recherché de L214 en général, c’est d’informer le grand public sur les pratiques d’élevage les plus majoritaires. Ici, on est sur ce qu’on appelle de la maltraitance structurelle, c’est-à-dire que ce n’est pas forcément un éleveur qui va être maltraitant avec des animaux, mais c’est l’organisation même, la structure même de l’élevage qui pose problème. Ici, on est sur de l’élevage intensif. Notre premier but est d’informer. Après, les consommateurs, en leur âme et conscience, décident ou pas de changer leur mode d’alimentation. On essaye d’agir pour relever les standards et lutter contre les pires élevages : les élevages intensifs.

On essaye aussi de promouvoir une alimentation la plus végétale possible. C’est une conséquence de l’élevage des animaux : l’élevage, le transport, l’abattage… on se rend compte qu’il y a énormément de souffrance et on se pose la question de l’utilisation même des animaux pour notre alimentation.

« modifier notre alimentation pour éviter les souffrances de ces animaux »

Dans votre vidéo, on voit que vous parlez à la fois de la filière viande et de la filière lait, pourquoi ce mélange ?

C’est vraiment le message qu’on veut faire passer aujourd’hui : le Roquefort et les produits laitiers en général sont des produits un peu anodins. Ce qu’on veut montrer par cette enquête, c’est que : que ce soit pour l’élevage de vaches laitières, de chèvres ou ici de brebis, tous les animaux ne produisent pas du lait spontanément. Pour provoquer la lactation, il faut qu’ils aient des petits chaque année. Et sur ces petits, ici un million pour la filière Roquefort, il y a une petite partie qui reste sur les exploitations pour remplacer les mères, mais la grande majorité est élevée et engraissée pour finir dans des abattoirs pour la viande.

« Le Lait et la viande sont des filières qui sont indissociables »

Donc quand on consomme des produits laitiers, on génère, malgré nous, des animaux qui sont engraissés dans des élevages intensifs et qui partent à l’abattoir. Donc on ne peut pas se dire « OK, je comprend que pour la viande il y ait du sang versé etc, mais le lait, ça va ». Non, en fait, les deux sont très liés et l’une ne peut pas vivre sans l’autre.

Vous en appelez à la responsabilité des producteurs de lait ?

Là, on s’est focalisé sur l’industrie Roquefort, parce qu’il y a une partie qui est plutôt valeureuse dans cette filière où les brebis ont accès à l’extérieur : ce n’est pas une filière qui est très intensive au départ, mais il y a un angle mort, c’est le sort des agneaux. Nous, on estime que c’est de la responsabilité de la filière de se soucier aussi de ce que deviennent les agneaux qui naissent pour la production de Roquefort. Parce que sans agneau, pas de lait, pas de Roquefort.

La fermeture, même temporaire, de l’abattoir d’Arcadie risque de mettre une centaine d’employés au chômage. Ça ne vous pose pas de cas de conscience ?

C’est toujours un problème quand on montre des images et que la conséquence va être une fermeture provisoire d’un abattoir. Ça veut dire qu’il va y avoir des personnes qui vont être au chômage partiel pendant la fermeture de l’activité de l’abattoir… Pour nous, la question qu’on pose c’est : où est la responsabilité ? Est-ce qu’elle est de notre part, nous qui faisons notre boulot de lanceur d’alerte, ou est-ce qu’elle est au niveau de l’abattoir qui n’a pas fait ce qu’il fallait ? Parce que si l’abattoir respectait la réglementation, on n’aurait pas fait ces images là, elles ne seraient pas aujourd’hui dans l’espace public et il n’y aurait pas ce risque de fermeture. Donc pour nous, la responsabilité première revient à l’établissement : c’est à eux de respecter les règles ! Nous, on ne fait que montrer des pratiques routinières d’abattage, et si on ne le fait pas, ça va continuer : tous les jours, on aura des agneaux qui seront tués dans ces conditions, avec énormément de souffrance.

Vous profitez également des élections municipales pour appeler les candidats à signer la charte « Une ville pour les animaux ».

Les élections municipales, c’est une échéance qui est importante : on va élire une équipe qui va avoir un certain pouvoir pendant 6 ans et dans ces pouvoirs là, il y a pas mal de choses qui peuvent être faites pour améliorer la condition animale. On a déjà plus de 300 candidats qui ont signé cette charte. Elle comporte une série de mesures très concrètes pour venir en aide aux animaux, notamment au niveau de la commande publique c’est-à-dire pour la restauration, pour les écoles. Elles peuvent décider que les cantines scolaires ne soient pas approvisionnées avec des produits de l’élevage intensif. C’est pour ça que, en signant cette charte, les candidats s’engagent à faire attention aux approvisionnements. Il y a des leviers à tous les niveaux : au niveau municipal, du gouvernement, des députés, des sénateurs, des consommateurs, de l’Europe.

Découvrez le reste de l’interview de Sébastien Arsac sur la chaîne Youtube d’ADN.