L’association de défense des animaux L214, connue pour avoir déclenché de nombreux scandales avec ses vidéos chocs en caméra cachée dans des abattoirs, vise aujourd’hui la filière Roquefort et l’abattoir Arcadie de Rodez. Une vidéo a été mise en ligne hier soir dénonçant les conditions d’élevage des brebis donnant le lait des fromages Roquefort, ainsi que les conditions d’abattage des agneaux au sein de l’abattoir Arcadie, situé sur la commune de Sainte-Radegonde.

Une vidéo choc

La vidéo en question, filmée en caméra cachée entre janvier et février 2020 dans l’élevage SARL Grimal à Rullac-Saint-Cirq dans le Sud-Aveyron, pointe du doigt les conditions d’élevage des agneaux. On y voit notamment des bêtes mourantes au milieu d’un enclos, ou encore des agneaux boiteux. D’autres images tournées cette fois dans l’abattoir Arcadie de Sainte-Radegonde montrent la mise à mort des bêtes, sur lesquelles on constate des manquements dans l’utilisation des pinces électriques censées les étourdir, (parfois même l’absence de pince), et des égorgements que la vidéo qualifie de réalisés « en pleine conscience ».

La L214 condamne également la manière de produire le lait : les agneaux sont gardés avec la mère jusqu’à la lactation avant de leur être retirés pour la traite. Les agneaux eux, sont soit utilisés comme brebis allaitantes pour remplacer les mères, soit engraissés et destinés à l’industrie de la viande. « Chaque année, plus d’un million d’agneaux naissent et seulement un quart d’entre eux sont gardés sur les exploitations pour renouveler le cheptel. Les autres sont envoyés dans des élevages intensifs pour y être engraissés, puis transportés à l’abattoir » expliquent ainsi les membres de l’association.

Des dysfonctionnements déjà signalés

L214 explique que les irrégularités constatées dans la mise à mort des bêtes avaient été relevées dans un rapport de la DDCSPP de l’Aveyron (Direction Départementale de la Cohésion Sociale et de la Protection des Populations) établi en 2016…

Le rapport vétérinaire de 2016 comportait déjà des éléments non-conformes. (Extrait du rapport)

Interpellée, la Préfecture de l’Aveyron (de laquelle dépend la DDCSPP) n’a pas souhaité faire de commentaire, indiquant que seul le Ministère de l’Agriculture fournira une réponse adaptée.

Une pétition pour fermer les abattoirs

La L214 a porté plainte auprès du procureur de la République de Rodez « pour sévices graves envers des animaux » et demande la fermeture de l’abattoir, qui présenterait selon elle « de graves problèmes structurels et des pratiques d’abattage grandement déficientes ». Une pétition a été mise en ligne pour demander la fermeture d’Arcadie, alors que la société, qui emploie 1 000 personnes, se trouve actuellement dans une situation financière préoccupante.

L’organisation en profite pour interpeller les candidats aux élections municipales, les encourageant à signer la charte de L214 « Une ville pour les animaux ».

« C’est profondément injuste »

De son côté, Jérôme Faramond, le Président de la Confédération générale de Roquefort qualifie toute cette polémique de « profondément injuste » : « accuser le Roquefort parce qu’un abattoir fait mal son travail et que ça dépend de la filière viande, c’est une appropriation, un coup médiatique de la part de L214 qui avait pour but d’être repris au niveau national ».

« Je suis à l’aise avec mon cahier des charges. On est la plus vieille appellation AOP de France, on tient compte du bien-être animal depuis des générations, c’est au cœur de notre métier. »

(Jérôme Faramond, président de la Confédération Roquefort)

Rappelant que les producteurs de la filière Roquefort ne vendent leurs agneaux que lorsqu’ils sont en âge d’être des ruminants, et donc d’être séparés de leur mère, Jérôme Faramont insiste aussi sur la différence entre les filières :

« Il y a une filière laitière et une filière viande : pour le lait, on fait naître des veaux, des agneaux, des chevaux. Et puis il y a la filière viande avec ses propres réglementations. Comment voulez-vous qu’on puisse interférer avec cette filière, dans notre périmètre qui est le lait ? Ce serait plutôt à eux de répondre. Nous condamnons la maltraitance animale, mais ça ne fait plus partie de notre périmètre »

(Jérôme Faramond)

De plus, il rappelle que les agneaux montrés dans cet abattoir ne proviennent pas tous des élevages approvisionnant la filière Roquefort, qui compte moins de 1 500 points de collectes pour le lait en Aveyron et principalement des petits exploitants. « Associer l’industriel et la maltraitance animale à Roquefort, à notre filière et à nous, éleveurs, c’est une baffe… » résume son président.

Attention au pouvoir des images…

Interrogé sur la question, le président des Jeunes Agriculteurs de l’Aveyron (qui n’avait pas encore pu visionner la vidéo), a une position claire : condamner ce qui est condamnable tout en restant prudent.

« En tant qu’éleveur, nous ne sommes pas responsables de ce qui se passe dans les abattoirs, mais nous sommes évidemment attentifs à la manière dont nos animaux sont mis à mort. Nous n’avons pas peur de balayer devant notre porte et nous condamnerons si nécessaire. Il faut aussi faire attention à la manière dont les images sont montées par cette association, qui agit avec des pratiques illégales et dont l’objectif est d’abolir l’élevage. »

(Romain Déléris, Président des Jeunes Agriculteurs de l’Aveyron)

En Aveyron, s’est créé depuis plusieurs années le groupe CoSE!, une association qui permet aux éleveurs de communiquer sur leurs pratiques et de répondre aux inquiétudes des citoyens en toute transparence. La totalité des éleveurs aveyronnais que nous avons rencontrés semblent en effet attentifs au bien-être de leurs troupeaux mais cette vidéo de L214 risque de rejaillir sur toutes les exploitations, quelles que soient leur taille et leur éthique, et d’aller bien au-delà des frontières aveyronnaises…