Les 80 sculptures de Claude Villefranque, artisan forgeron

A 74 ans, Claude Villefranque est un créateur de personnages en fer forgé. Il s'est installé au Vibal à 25 ans comme forgeron du village à la demande des agriculteurs. Rencontre dans son univers pacifiste et onirique.

Claude Villefranque, artisan forgeron, depuis 1968 au Vibal. ©ADN12

Entouré de Pont de Salars, Prades de Salars et Arques, Le Vibal se situe sur la départementale 523 au centre du Lévezou et héberge dans son cocon, 520 habitants. Du haut de ses 900 mètres d’altitude, Le Vibal domine le lac de Pont-de-Salars et sa plage aménagée des Moulinoches.

Si la commune du Vibal compte beaucoup d’attraits pour le tourisme, le village a en son cœur un lieu incontournable : « La maison des sculptures ».

« L’Ouvrier ». ©ADN12

En traversant Le Vibal, si vous rencontrez un homme qui vous dit « je ne supporte pas l’injustice, la misère, la guerre et la violence », c’est que vous êtes au bon endroit. Ne demandez pas son nom, le voici : il s’agit de Claude Villefranque. A 74 ans, cet artiste, autodidacte et natif du village, a été élevé avec 11 frères et sœurs. « Je suis la sixième génération de forgeron au village et la dernière puisque j’ai trois filles qui ne s’intéressent pas à ce métier qui se perd », regrette Claude.

Un révolté humaniste

Créateur de personnages en fer forgé, il s’est installé à 25 ans comme forgeron du village à la demande des agriculteurs. Car depuis l’arrêt de l’activité de son père, malade, il n’y avait plus personne pour entretenir et réparer le matériel agricole. Il explique : « j‘ai pris la suite de mon père mais comme forgeron, alors que mon père, mon grand père et les autres générations avant moi, étaient maréchaux-ferrant et travaillaient avec les agriculteurs. En 1968, je ne m’occupais pas des chevaux, je ne ferrais pas. Je travaillais les outils : burin, pioche, socle de charrue, machines agricoles… »

Le visiteur peut s’offrir un petit souvenir de sa visite chez Claude. ©ADN12

Depuis les premières heures de son métier de forgeron, Claude Villefranque voyait le potentiel artistique qu’il pouvait tirer de la forge… « La sculpture m’a toujours inspiré. Dès mon début à la forge, pour me changer les idées, après mes journées du lundi au samedi, je passais du travail à la détente pour faire une sculpture selon mon inspiration. »

S’estimant « révolté » depuis son plus jeune âge, Claude Villefranque se définit comme « un homme en colère, mais loin d’être agressif ».

« Je n’aime pas l’injustice, la misère, la pauvreté, la guerre, la violence. Je ne suis pas un violent donc ma colère, je la transmets au travers de mes sculptures, mes personnages et je leur donne un sens, une expression. J’extériorise ma révolte, non pas par des mots mais par des sculptures qui en expriment les raisons. La violence ne sert à rien »

(Claude Villefranque)

A raison de deux sculptures par an, l’artiste en a plus de 80 exposées dans le local loué à la commune. « Pour restaurer la grange, j’ai investi personnellement 50 000€ pour rendre les lieux dignes d’une exposition. Avec un artiste sur faïence et un tourneur sur bois, on a fondé l’association « La maison créative ». Aujourd’hui, je suis seul à exposer dans ce que j’appelle « La maison des sculptures » .

20 000 heures de travail

Le Meunier (1968), la première sculpture de Claude Villefranque. ©ADN12

Perfectionniste, Claude transforme une tôle en animal, en personnage, en vêtement, en outil, en scène de vie. En 1968, il réalise sa première sculpture « sur de la ferraille » dit-il. « Je voyais un paysan, un meunier, un curé, alors je me suis testé à faire un meunier » explique-t-il, avant d’enchaîner sur le curé, puis le laboureur… Tout cela au marteau sur l’enclume, lime, chalumeau. Fort de sa réussite, Claude change de matière et se met à utiliser de la tôle : il s’y tiendra pour toutes ses œuvres suivantes.

« Chaque objet, chaque sculpture est né d’un événement, d’une information, d’un fait divers ou d’une observation qui a capté mon regard ou mon ressenti… et souvent aussi sur de la colère. Parfois, je partais après avoir soupé à la forge pour me lancer dans une réaction à une information du journal télévisé, la guerre, la pauvreté… » explique-t-il intarissable.

Claude, sur demande, servira de guide aux visiteurs intéressés pendant 1h30 sur les trois étages d’exposition. De Renaud à Coluche en passant par le pape, Gainsbourg ou Marcel Pagnol, le maître des lieux vous racontera quelques anecdotes. Artisan passionné par la forge, il n’en est pas moins poète affable.

« J’ai fait un livre qui raconte chaque sculpture. A chaque fois que je peux, je guide le visiteur. Sinon, j’ai prévu un enregistrement qui explique chaque étape de mon travail »

(Claude Villefranque)

Mais c’est surtout l’imaginaire qui fait du forgeron, l’humaniste qu’il est. Du toréador soulevé par le taureau à l’homme mourant soutenu par le regard de son chien, en passant par le boxeur épuisé ou l’ouvrier aux mains démesurées qui traînent au sol, son travail pousse le visiteur au frisson émotionnel.

L’Homo Faber, oeuvre fétiche

Homo Faber, un hommage aux forgerons.©ADN12

Impossible de manquer cette œuvre gigantesque d’une tonne et de dix mètres de haut : « L’Homo Faber » (homme qui fabrique des outils) sur le chemin gallo-romain au croisement des trois communes : le Vibal, Gages et Bertholène, visible de la route départementale D29 près de Aujols. Au pied de la sculpture, la vue à 360° sur les monts d’Aubrac, sur le lac, sur le Lévezou et sur Rodez, pousse à la réflexion.

A l’écouter commenter ses ouvrages, on comprend mieux la passion et l’enthousiasme qui habitent le sculpteur, que les années n’ont pas ébréchés.

« Je voulais rendre hommage aux forgerons : le marteau est direction soleil levant pour la lumière, le jour où il sera de l’autre coté, il tombera sur Rodez et ce sera la fin du monde. La tête est penchée, au centre il y a un œil, du pied de la sculpture à travers cet œil, vous voyez nos anciens, nos parents, vous leur rendrez un hommage »

(Claude Villefranque)

Claude aimerait que quelqu’un lui propose un lieu d’exposition pour valoriser son travail. « A 74 ans, j’aimerais qu’on prenne en charge mes œuvres, quitte à les exporter dans une salle plus grande pour les visiteurs » explique-t-il.

Si aucune sculpture n’est à vendre, Claude Villefranque a tout de même réalisé quelques petits souvenirs sculptés dans la tôle. « Je fais des papillons, des fleurs, des coccinelles, des insectes, des animaux de basse-cour et je fais la peinture. Les gens veulent un souvenir, en partant je leur offre un morceau de fouace et une boisson » .