Aveyron. Les aides à domicile interpellent le Conseil départemental

Les travailleurs de l'aide à domicile de l'Aveyron, largement impactés par la crise du Covid interpellent le Conseil Départemental. Ces derniers réclament depuis des semaines d'être pris en compte pour la prime Covid annoncé par le Président de la République, et depuis des mois une revalorisation de leur salaire qui peine souvent à dépasser les 1 000€ par mois.

Sylvie Brunel, salariée ADMR à Lanuejoul et responsable syndical FO, Yves Marty, responsable syndical FO action sociale, Emmanuel Dumas, secrétaire général FO Aveyron et Catherine Foucault, aide à domicile à l'UMM de Millau et déléguée syndicale FO. ©ADN12

Ils se sentent abandonnés. Malgré la multiplication d’actions pour faire entendre leur voix (une pétition, la sensibilisation de la population, un pique-nique géant…), les 4 000 travailleurs aveyronnais des branches de l’aide à domicile ne sont finalement pas compris dans la prime Covid annoncé le 15 avril dernier par Emmanuel Macron. Au même titre que les soignants du secteur de la Santé privée à but non lucratif, ils demandent à ce que leur travail pendant le confinement ne soit pas oublié.

Pour faire bouger les lignes, les organisations syndicales, mais aussi les employeurs de cette branche, tentent de négocier une entrevue avec le Conseil départemental pour obtenir d’apparaître dans les critères de la prime Covid. « Ça c’est fait dans le Nord, dans la Somme ou en Dordogne, où ils ont pris sur les finances du Conseil départemental pour financer cette prime » explique Emmanuel Dumas, secrétaire général FO Aveyron.

« On aimerait une reconnaissance pour avoir été là et avoir évité aux hôpitaux d’être débordés »

Des conditions de travail difficiles

Ces professionnels du soin à domicile mettent en avant des conditions de travail éreintantes avec une amplitude horaire de 13h, des déplacements partout sur le territoire avec leur véhicule personnel, un remboursement de frais kilométriques dérisoire (0,35 centime de l’heure), des repas pris à la va-vite dans la voiture, le glissement progressif des tâches, un stress constant qu’ils doivent cacher aux bénéficiaires déjà fragiles et aucune valorisation de salaire avant la 17e année de travail.

A cela se rajoute un salaire dépassant rarement 1 000€ par mois, car n’étant presque jamais employés à plein temps et une différence de 50 centimes de l’heure entre un salarié de catégorie A et de catégorie B, décourageant les nouveaux arrivés de se former.

C’est pourquoi les aides à domicile réclament depuis des années une revalorisation de salaire pour leur profession « moins connue » que celle des soignants. La situation est telle que les employeurs, devant l’impossibilité de recruter les 200 aides à domiciles manquants dans l’Aveyron, sont solidaires avec les revendications de leurs salariés.

« Je suis frappé par le professionnalisme de ce secteur : ce sont des professionnelles consciencieuses qui s’attachent aux bénéficiaires » 

Yves Marty, responsable syndical FO action sociale

Un stress pendant et après le Covid

Et l’arrivée du Covid n’a pas arrangé leur quotidien, au contraire : « on a même des frais en plus : on nous demande de laver nos vêtements tous les jours, de désinfecter notre téléphone, notre voiture tous les jours, et ça, à nos frais » explique Catherine qui se dit désormais « experte du Sanytol ».

Sans compter le stress quotidien de contaminer les bénéficiaires, et celui, post-traumatique, ressenti par ces derniers, que les aides à domicile doivent gérer. « Ils veulent sortir, mais les consignes sont « les plus de 65 ans, restez chez vous ! » » rapporte Catherine qui a du mal à expliquer à certains que ce confinement continu est imposé pour leur propre bien : « ils nous répondent qu’ils n’en ont rien à faire, ils nous disent « mourir de ça ou d’autre chose… » : ils en sont arrivés là ! ».

Un geste du département

C’est pourquoi, dès ce lundi 15 juin, le secrétaire général FO Aveyron compte envoyer un courrier d’alerte non plus au Président Jean-François Galliard, mais à tous les élus du Conseil départemental. « Ils sont dans tous les cantons et les territoires, comme les aides à domicile » explique Emmanuel Dumas.

« Les collectivités aveyronnaises doivent intervenir pour faire un geste  : depuis septembre, on attend un rendez-vous avec le Conseil départemental sans avoir de réponse. Qu’ils nous donnent signe de vie ! »

Emmanuel Dumas

Car si les grilles de salaire sont nationales, les montants des prestations pour les aides départementales (l’ADMR compte 1 600 aides à domiciles en Aveyron) sont décidés par le Conseil départemental. Ils s’élèvent actuellement à 20,96€ de l’heure contre 23€ chez certains voisins. Et il y a de fortes chances pour que la prime Covid annoncée le 15 avril dernier par le Président de la République sorte de la poche… des départements.

Les aides à domicile peuvent difficilement se mettre en grève sans en faire pâtir les bénéficiaires, alors même qu’ils ne sont pas considérés comme une profession essentielle au même titre que les soignants. Et si la question de fond est nationale, le syndicat FO estime qu’ « il y a quelque chose à faire en Aveyron » en rappelant que certains départements, au début du confinement, ont même augmenté les tarifs des prestations de 1€, pour ensuite les reverser au personnel sous forme de prime. De quoi donner du grain à moudre au Département…