Aveyron. « On a tous une personne atteinte de troubles psychiatriques autour de nous »

Jacqueline Frayssine et Jean-Pierre Flack, les co-présidents de l'UNAFAM Aveyron, pour lancer la semaine d’information sur la santé mentale en 2019. ©ADN12

L’UNAFAM est une association qui soutient les personnes atteintes de troubles psychiatriques (bipolarité, schizophrénie, dépression…) et leurs proches. Jacqueline Fraissenet, Présidente de UNAFAM Aveyron, fait le point sur les conséquences du confinement pour des personnes au mental déjà fragile.

Accompagnement et oreille attentive

Jacqueline Fraissenet, Présidente de UNAFAM Aveyron. ©ADN12

Si à l’origine, l’UNAFAM est une association nationale qui a pour but d’accompagner les familles de personnes atteintes de troubles psychiatriques, ses missions se sont élargies, allant jusqu’à écouter et orienter les malades eux-mêmes.

« Les bénévoles sont tous concernés par ce thème, ils ont tous une personne atteinte de troubles psychiatriques autour d’eux » assure la Président de la délégation aveyronnaise. Les proches sont reçus avec la possibilité de parler et d’exprimer ce qu’ils ressentent via des groupes de parole, des moments d’échanges et de partage, mais aussi grâce à des formations qui ont lieu toute l’année.

Confinement oblige, les formations ont été décalées mais les groupes de paroles ont, eux, continué à distance, par téléphone. « Les personnes ont vraiment été ravies d’avoir une forme de lien » précise Jacqueline, en ajoutant que cette nouvelle forme a même encouragé certaines personnes qui ne pouvaient se déplacer auparavant, à participer. Un groupe est déjà mis en place à Rodez et à Villefranche : un autre va démarrer à Millau au mois de juin.

Les effets du confinement

Si la délégation aveyronnaise n’a relevé que très peu d’appels pendant ce confinement, elle n’en déduit pas pour autant que les personnes atteintes n’ont pas été en souffrance. Si certaines ont très bien vécu le confinement, d’autres « ont repris des addictions, ont fait des crises d’angoisse… » témoigne Jacqueline.

« Se projeter dans l’inconnu »

Pour ceux qui avaient besoin de s’exprimer, les groupes de parole a distance ont été accueillis avec beaucoup de soulagement, permettant même à de nouveaux bénévoles de se manifester : « ça permet à plus de personnes d’être présentes régulièrement » constate la présidente.

Et s’il est encore trop tôt pour se prononcer sur les conséquences psychologiques du déconfinement, nul doute qu’il y en aura, pour les patients mais aussi pour les membres du personnel soignant, comme l’annonce un communiqué national de l’UNAFAM : « Tous, nous sommes perturbés de ne pouvoir nous mouvoir librement, de craindre les lendemains, de perdre un proche, de ne plus pouvoir « faire comme avant », de se projeter dans l’inconnu. La dépression tenace guette. Déjà en première ligne de par leur métier altruiste, les personnels soignants sont les premiers, à subir ces chocs traumatiques ».

Avec au final, la crainte que les établissements hospitaliers spécialisés dans les troubles psychiatriques ne subissent le retour de bâton de cette période :

« Les établissements spécialisés en psychiatrie continuent à soigner et accompagner les patients habituels, selon des modalités adaptées à la situation. Mais ils craignent un effet rebond de cette interminable crise en se préparant déjà à une nette augmentation de prises en charge de nouveaux patients. Le terrible virus a aussi de sérieux impacts sur la santé mentale de la population. Comme tout le secteur sanitaire qui fait face avec peu de moyens, la psychiatrie déjà en surchauffe avant la pandémie sera fortement sollicitée avec de plus en plus de patients à prendre en charge. »

Communiqué de l’UNAFAM

Des activités décalées à l’automne

La formation sur les troubles bipolaires prévue à Millau en juin a été reportée au 10 ou 11 octobre. La séance théâtrale sur la santé mentale prévue à Rodez sera aussi décalée au 10 ou 11 octobre. Une soirée autour des discriminations est aussi prévue à Villefanche le même mois. Une autre sera dédiée aux parents de collégiens ou lycéens atteints de troubles mentaux, ainsi qu’une autre sur la schizophrénie.

« On a des incertitudes à trouver des salles à cause des élections qui ne sont pas terminées »

En attendant d’en savoir plus, il existe à Rodez un groupe d’entraide mutuelle, le GEM Métamorphose qui permet aux malades d’échanger entre eux. L’UNAFAM est parrain de cette association qui est gérée par l’Adpepa (L’Association Départementale des Pupilles de l’Enseignement Public de l’Aveyron).

Que vous soyez accompagnant ou vous-mêmes victime de troubles psychiatriques, le numéro aveyronnais est à votre disposition : 07 77 38 96 00. L’association recherche des bénévoles, n’hésitez pas à vous renseigner au même numéro, sur le site internet de l’UNAFAM ou encore sur leur page Facebook.