Famille Aveyron Service : « Cette période a mis en lumière les dysfonctionnements sociétaux »

Depuis 2007, Famille Service Aveyron propose des prestations de service à la personne (aide à domicile, garde d'enfant, ménages...). Pour Catherien Hamel, sa créatrice, cette période particulièrement dangereuse et difficile pour les personnes âgées ou isolées est l'occasion idéale de revoir la place des plus faibles dans notre société.

Les trois membres de l'équipe administrative de Famille Aveyron Service : Ludovic, Catherine et Virginie. ©ADN12

« Je suis partie du constat qu’il y avait un besoin qui n’était pas pourvu », commence Catherine pour expliquer la création de la société Famille Aveyron Service en 2007. La directrice avait bien noté que les personnes en demande d’aide à domicile pendant des horaires atypiques (week-end, tard le soir…) n’avaient, à l’époque, pas d’interlocuteurs.

« J’ai aussi constaté que certains couples de 50, 55 ans, étaient écartelés entre s’occuper de leurs parents, mais aussi de leurs enfants et petits enfants : ils ont parfois besoin de souffler »

Catherine Hamel, gérante de Famille Aveyron Service

C’est pourquoi Famille Aveyron Service compte aujourd’hui environ 45 salariés, principalement des auxiliaires et des assistantes de vie, qui prennent soin des 250 bénéficiaires, à domicile, un peu partout en Aveyron. Si la demande est grande en Aveyron, « notre but n’est pas de faire du chiffre » explique Catherine qui insiste sur le salaire valorisé de ses salariés. Un bon moyen de les motiver, quitte à «maintenir une trésorerie à l’équilibre » pour l’entreprise, sans chercher plus.

Sur le pont aussi pendant le confinement

Catherine Hamel, gérante de Famille Aveyron Service. ©ADN12

Malgré un ralentissement, l’entreprise a continué à tourner pendant le confinement : les 15% de l’activité que représentent la garde d’enfant et le ménage ont disparu pour des raisons évidentes. L’activité auprès des personnes âgées a également baissée de 30%, obligeant Catherine à mettre une partie de ses salariés en chômage partiel. Pour le reste des bénéficiaires, les auxiliaires de vie ont continué à se rendre à leurs domiciles pour les toilettes, les courses et l’accompagnement aux personnes âgées isolées.

« On essaye de faire preuve de beaucoup de proximité et de souplesse »

Malgré la psychose générale, aucun des 45 salariés de Famille Aveyron Service n’a demandé à faire exercer son droit de retrait. Et s’ils se sont parfois retrouvés face à des personnes soit « très très inquiètes », soit « très très détendues », le protocole sanitaire délivré par la ARS a pu les rassurer aussi les professionnels. Les plannings ont été retravaillés pour faire en sorte que les mêmes salariés s’occupent des mêmes personnes afin d’éviter de multiplier les flux de circulation.

Et ce travail de visite quotidienne a parfois été vital pour des personnes dont la pandémie a multiplié l’isolement (lire le témoignage de Pascale, auxiliaire de vie, du 14 avril dernier). « Certaines salariées ont spontanément pris contact par téléphone avec des personnes qui ont arrêté de faire appel à nos services, pour prendre des nouvelles », explique Catherine qui souhaiterait que ce travail « pas facile » soit revalorisé dans la société.

Et si le confinement a permis à beaucoup de constater les vertus du télétravail, la demande de garde d’enfants a malgré tout repris. Soit parce que les parents sont retournés au bureau, soit parce qu’ils ont réalisé que le baby-sitting rime difficilement avec les réunions en visio-conférence !

La place des personnes âgées dans la société

En 2015 en Aveyron, 28 % de la population avait plus de 60 ans. Photo : creative common

Si l’entreprise reprend peu à peu son activité normale, Catherine estime que cette crise doit faire évoluer la vision de la société sur les aides à domicile, mais aussi sur les personnes âgées. « Cette période a mis en lumière les dysfonctionnements sociétaux, dans l’aide à la personne comme ailleurs » affirme la gérante qui voudrait que les personnes âgées ne soient plus mises de côté. « Il faudrait travailler sur des projets de maisons de vie ou d’habitat partagé, qui permettrait de lutter contre l’isolement tout en gardant une intimité », affirme-t-elle. « Il y a énormément de choses à réfléchir ».

« Les personnes âgées sont des gens comme vous et moi que la société a mis de côté »

Catherine et Virginie, son employée, ont constaté dans les appels de nouveaux clients, certains qui, dès le début de confinement, souhaitaient faire sortir leur proche de la maison de retraite qui l’accueillait, pour le faire revenir à domicile. Pour Catherine, c’est un signe révélateur que les maisons de retraite, même avant la pandémie, avaient des difficultés avec des moyens financiers de plus en plus réduits.

La gérante souhaiterait que les personnes âgées soient réintégrées au sein de la société, et non plus mise de côté dans des EHPAD : pour elle, « la vieillesse n’est pas une maladie ! »

« Il faut remettre une place pour les personnes âgées dans la société »

Elles espère également que, par la suite, les métiers de l’aide à la personne seront revalorisés : « c’est un secteur dont on aura toujours besoin. C’est une vraie vocation et on manque de personnel alors que les besoins vont êtres exponentiels… c’est un enjeux national » affirme-t-elle.